[DOSSIER] Les défis des experts d'assurés 3/3

Un terrain à entretenir

Un terrain à entretenir

C'est en cultivant leur indépendance et leurs compétences techniques que les experts d'assurés pourront maintenir la confiance que leur accordent les entreprises.

En expertise après sinistre, les experts d'assurés interviennent sur un nombre plus restreint de dossier que par le passé, mais leur plus-value n'est pas remise en cause. Au contraire. « Les grandes entreprises ayant acquis une meilleure maîtrise des mécanismes de l'assurance, leurs demandes sont moins systématiques, elles se concentrent sur des sinistres à fort enjeux techniques ou financiers, ce qui se répercute sur notre activité mais valorise notre rôle », constate Patrice Devimeux, président de Dantard Expertises.

Si les entreprises tendent à s'affranchir des experts d'assurés pour les sinistres de faible ampleur ou couverts par des dispositifs d'auto-assurance, elles ne peuvent se passer de leurs compétences techniques sur des dossiers complexes. Leur expertise va bien au-delà de l'évaluation des dommages. « Dans la phase de réparation, le rôle de l'expert d'assurés peut s'avérer important en termes d'assistance au chef de projets, et de validation assurantielle des choix opérés », constate Laurent Barbagli, risk manager et administrateur de l'Amrae.

Objectivité et autonomie

Autre atout de taille aux yeux des entreprises : leur capacité à suivre les dossiers dans la durée, et leur indépendance ; indépendance, face aux assureurs et à leurs experts mais aussi vis-à-vis des structures internes de leurs clients. « L'expert d'assurés apporte une autonomie et une objectivité qui permet d'éviter les éventuels conflits d'intérêts en interne, de sensibiliser d'une manière différente et complémentaire les opérationnels sur les mesures à prendre pour sauvegarder les preuves, minimiser les coûts de sinistre, apporter un retour d'expérience complémentaire,... », souligne Jean-Christophe Rodier, responsable assurances du groupe CNIM.

L'estimation préalable

Si les experts d'assurés ont vu leur champ d'intervention se réduire en expertise après sinistre, l'autre pan de leur activité, l'estimation préalable, connaît un regain d'intérêt. Et là encore, c'est avant tout pour leurs compétences et leur indépendance, que les entreprises se tournent vers eux. « Dans le travail de valorisation des biens de l'entreprise, il peut être nécessaire que nous puissions nous appuyer sur des tiers indépendants. Et parce qu'ils interviennent aussi après la survenance d'un sinistre, les experts d'assurés ont un atout par rapport à d'autres prestataires proposant des services similaires : leur maîtrise du contexte assurantiel », analyse Laurent Barbagli, de l'Amrae.

Les assureurs, qui s'avèrent critiques vis-à-vis de la profession dans le cadre des sinistres de masse, reconnaissent volontier la plus-value qu'ils apportent dans des dossiers complexes aux assurés mais pas seulement. « À travers l'estimation préalable, les experts qui accompagnent nos clients entreprises, nous permettent d'avoir des éléments sur lesquels nous appuyer dans la phase de calcul de l'indemnité. Après le sinistre, ils aident les entreprises à constituer leur état de pertes et facilitent les relations entre les différents intervenants », souligne Franck Le Vallois, d'Allianz France.

Le terrain des risques d'entreprises leur est donc très favorable. La pertinence technique de leur prestation se situe au coeur des attentes des directions assurances et gestion des risques. Mais ce n'est pas seulement sur le fonds qu'ils sont jugés, la forme aussi a de l'importance, comme le dit Laurent Barbagli. « Nous attendons d'eux qu'ils nous fournissent des échéances et des points de repères dans le déroulé d'une mission, qu'ils anticipent les difficultés et les mesures à prendre lorsqu'elles surviennent, et qu'ils nous les signalent rapidement. Ce reporting est important parce que nous sommes, de notre côté, tenus de fournir des informations fiables en interne. » Pour de petites structures qui mettent l'accent sur la technicité de leurs prestations, être project management minded, comme le résume Laurent Barbagli, peut s'avérer plus complexe qu'il n'y paraît. Les experts d'assurés qui font la différence sont aussi ceux qui savent adopter la culture d'entreprises qui ne leur ressemblent pas.

Anticiper le transfert des compétences

Autre point de vigilance : la relation intuitu personae qu'entretiennent les experts d'assurés avec leurs clients peut se révéler un handicap lorsque celui ou celle dont les compétences sont reconnues quitte l'entreprise. D'où l'importance des dispositifs destinés à favoriser le transfert de compétences, tels que celui mis en place au sein du cabinet Collomé Frères. « Nous avons anticipé les départs en retraite en créant avec l'accord des clients concernés, des binômes composés de seniors et de juniors, pour intervenir en estimation préalable », explique Stéphane Debeauve. Les jeunes recrues formées sur le terrain évolueront ensuite vers l'encadrement ou vers la gestion de sinistre. Une bonne façon de préparer l'avenir.

JEAN-CHRISTOPHE RODIER, responsable assurances du groupe CNIM (1) « Estimer la valeur des biens assurés relève d'une décision stratégique»

« L'intervention des experts d'assurés en estimation préalable est fréquente et l'a toujours été au sein du groupe. Nous avons en effet pris la décision de faire estimer l'ensemble de nos sites y compris ceux que nous exploitons pour le compte de nos clients, et de faire actualiser ces estimations tous les trois à cinq ans. Ce que nous attendons de nos prestataires - un nombre réduit pour des raisons de gestion - c'est qu'ils réalisent un travail précis, détaillé et concret, et nous fournissent un état des lieux des valeurs assurées qui soient le plus proche possible de la « réalité » au sens assurantiel. La valeur assurée, et sa décomposition site par site, est un élément fondamental qui entre dans les discussions que nous avons avec les assureurs. En expertise après sinistre, l'intervention des experts d'assurés est moins fréquente, nous la réservons à des dossiers à forts enjeux techniques ou économiques. » 1. Entreprise industrielle intervenant notamment dans le traitement et la valorisation des déchets, l'énergie, la défense et le nucléaire.

L'INTERNATIONAL : UN SILLON À CREUSER

  • Estimer la valeur des équipements d'une nouvelle filiale créée à l'étranger, évaluer les dommages survenus dans un entrepôt suite à un tremblement de terre qui s'est produit à l'autre bout du monde : les besoins des entreprises françaises dépassent parfois les limites de l'Hexagone. Mais au sein de la profession des experts d'assurés, rares sont les cabinets disposant de ressources à l'étranger. En cas de missions au-delà de nos frontières, leurs experts sont donc amenés à se déplacer ou à gérer le dossier à distance, mais dans les deux cas, il leur faudra connaître les spécificités locales et entretenir de bonnes relations avec les représentants de leurs clients sur place.
  • Le cabinet Roux, lui a choisi d'intégrer un réseau international. Il bénéficie par ce biais du relais de ses partenaires pour accompagner des clients français basés à l'étranger et se voit confier en France des missions provenant d'entreprises étrangères. Les affaires générées par ce réseau représentent 5 à 10% du chiffre d'affaires du cabinet.

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

Commentaires

Un terrain à entretenir

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié