[DOSSIER] L'assurance dans les départements d'outre-mer 2/4

Une autre culture du deuil

Dans les départements d'outre-mer, l'assurance obsèques est un produit historique, presque d'utilité publique, d'abord distribuée par des mutuelles locales, qui ont ensuite élargi leur gamme à la santé. Aujourd'hui, assureurs traditionnels, courtiers et bancassureurs occupent aussi le terrain.

« Jou malè pani pren gad' » (« C'est quand on s'y attend le moins qu'un malheur arrive »), dit un proverbe créole. Dans les quatre départements d'outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion), la culture de la mort est tout à fait différente de celle de la métropole. La prévoyance obsèques est une évidence. La mort n'étant pas considérée comme une fin, tout est fait pour organiser les obsèques du défunt et soutenir sa famille de la manière la plus honorable et la moins triste qui soit. « C'est quasiment la fête pour accompagner le mort et sa famille. Du coup, ils comprennent l'utilité d'une prévoyance obsèques », constate Patrick Audely, directeur commercial d'Alptis. Les Domiens souscrivent aussi bien des contrats de prévoyance obsèques en prestations qu'en capital. « Les mutuelles historiques offrent souvent des prestations pour la famille du défunt, comme le buffet, le cercueil, la musique... À l'Adep, nous payons un capital, et c'est la famille qui choisit le prestataire, explique son directeur, Yves Hennion. En revanche, les gens des îles ne s'imaginent pas payer pour rien : il leur faut un capital au terme récupérable. Les contrats sont bâtis avec des paiements d'une durée définie et des valeurs de rachat. »  Preuve de la différence d'approche du deuil et de la réceptivité à ce type d'offres, cette anecdote relevée par Patrick Audely : « J'ai vu un jour un courtier poser des flyers allocations obsèques sur les pare-brise des voitures de ceux qui étaient venus assister à un enterrement. Les gens sont ensuite venus le remercier d'avoir attiré leur attention sur ce sujet. »

Première déclaration d'indépendance

Logiquement, les premières présentes sur ce marché des obsèques ont été les petites mutuelles historiques locales. Nées avec l'abolition de l'esclavage, elles revêtent tout un symbole : se constituer un capital pour avoir un enterrement digne est pour les esclaves une sorte de pied de nez fait à leurs maîtres. En 1848, à La Réunion, apparaît la première mutuelle laïque, la Société ouvrière de secours mutuel de Saint-Denis, qui prend en charge les frais médicaux et les obsèques de ses sociétaires. De leur côté, les vingt mutuelles obsèques du réseau de la Mutualité de La Réunion ont d'abord constitué un système de tontine. C'est également le cas des mutuelles historiquement implantées dans les Dom, comme l'Union fraternelle des régions dans les quatre départements, Mare-Gaillard en Guadeloupe ou Réuni-Solidarité à La Réunion.

La fin de la solidarité 

Mais les valeurs mutualistes de solidarité tendent à s'effriter : « Avant, chacun versait une cotisation à sa mutuelle pour répondre aux besoins de tous. Et si le conseil d'administration se rendait compte que la somme réunie ne couvrirait pas les besoins, une augmentation de son montant était votée en assemblée générale. Aujourd'hui, l'adhérent ne décide plus, l'idéal mutualiste n'est plus respecté », constate Germaine Chicot-Marcin, présidente du comité de défense des mutuelles de la Guadeloupe (sur RFO Guadeloupe, 15 octobre 2009).

Si les petites mutuelles locales se sont d'abord créées pour les obsèques, elles se sont ensuite diversifiées vers la santé. Au début des années quatre-vingt, d'autres acteurs viennent les défier : les assureurs traditionnels comme Allianz, Axa, Generali ou Groupama, les courtiers comme l'Adep, Alptis ou April, les mutuelles sans intermédiaire comme la Maaf ou la Maif, les bancassureurs comme la Bred, le Crédit agricole ou le Crédit mutuel. Mais aussi les courtiers locaux comme les Assurances Petrelluzzi en Guadeloupe et en Guyane, René Torpille en Martinique ou DJN assurances, fondé par des Békés (les Blancs descendants des premiers colons) en Guadeloupe.

Pignon sur rue et tiers payant 

En obsèques comme en santé, marchés désormais concurrentiels, « une implantation durable est une source de confiance. Les gens veulent avoir la preuve que vous êtes pérenne. Nous faisons un gros travail de maintien du lien avec les courtiers », affirme Patrick Audely.

Le marché de la santé a réellement commencé à décoller il y a une douzaine d'années, avec des particularités propres aux Dom. « Les gens n'aiment pas avoir à avancer l'argent. Du coup, il faut trouver des conventions de tiers payant avec beaucoup de professionnels de santé. Les clients aiment la simplicité et la prise en charge totale. Ils sont très regardants sur le remboursement », constate Yves Hennion. Le contexte sanitaire est également différent, avec des maladies spécifiques comme la drépanocytose, la dengue, ou le chikungunya et davantage de problèmes liés à l'hypertension, au sang et au diabète. Alptis a d'ailleurs monté deux comités d'adhérents militants bénévoles pour réaliser des actions de prévention. Quant aux frais de santé, ils sont plus élevés qu'en métropole : de 20 à 30% de plus pour les produits pharmaceutiques, de 10 à 20  pour les consultations.

L'assurance vie n'est pas encore le placement préféré des îliens « Le Domien a davantage le profil du consommateur que celui de l'épargnant », remarque Yves Hennion. En revanche, les produits mixtes se vendent bien, comme ceux à capital garanti au terme avec une couverture de prévoyance. Notons que la même fiscalité s'applique aux résidents de métropole et d'outre-mer.

Une hécatombe et cinq ans de conflit 

Solvabilité 2 constitue un défi de taille pour les Dom : « Adapter la directive dans les îles ne va pas être facile. Cela va complètement changer le mode de gestion et de financement des mutuelles », prédit Yves Hennion. Déjà, en juin 2005 en Guadeloupe, 51 mutuelles avaient été liquidées par l'administrateur provisoire nommé par la Commission de contrôle des mutuelles et institutions de prévoyance pour défaut de mise en conformité avec les normes européennes, notamment en termes de provisions nécessaires à leurs garanties obsèques. Le conflit est toujours d'actualité : le comité de défense des mutuelles de la Guadeloupe a déposé plainte contre X. en février 2009 pour « atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation », et pour « détournement de fonds publics », d'une valeur estimée à 657 M€. Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire, confiée aux policiers de la brigade financière. « Nous attendons que justice soit faite aux adhérents, qu'il y ait des éclaircissements, que les mutualistes soient dédommagés et qu'on reconstitue dans leurs droits les mutuelles qui avaient les fonds nécessaires pour avoir leur agrément », souhaite Germaine Chicot-Marcin (sur franceantilles.fr du 20 avril 2009).

3 Questions à

Patrick Aouate,agent général Allianz à Saint-Denis-de-La réunion

"Il y'a un gros potentiel pour l'assurance vie

Quels types de produits proposez-vous à vos clients ?

Nous distribuons tous les produits vie et dommages de la gamme Allianz, avec quelques adaptations au marché local. La communauté musulmane étant importante et à la tête de nombreuses affaires, nous distribuons une formule de placement halal, c'est-à-dire une assurance vie classique labellisée>à la fois par les autorités religieuses locales et par le Shariah Board de Londres. Nous disposons aussi de la formule obsèques Goom (garantie obsèques Outre-mer).

L'assurance vie a-t-elle un avenir dans les Dom ?

Il y a un gros potentiel pour l'assurance vie. Culturellement, le Réunionnais investit dans la pierre, et la part de l'immobilier dans le patrimoine est traditionnellement élevée ici. Toutefois, c'est en train d'évoluer : la défiscalisation est régulièrement remise en cause, et les clients commencent à se tourner vers des placements plus liquides. Et avec le débat sur les retraites, les gens sont attentifs aux discours sur l'épargne. J'utilise beaucoup l'argument successoral pour les faire venir à l'assurance vie, en réalisant des diagnostics successoraux.

Le contact avec le client est-il différent ?

Les clients sont nombreux à venir à l'agence pour payer leurs primes. Ils se déplacent énormément, et c'est une aubaine pour la relation clients. Les Domiens ont besoin d'un contact verbal, fruit d'une tradition orale importante.

Dans les îles, la puce a la cote

- Plusieurs mutuelles santé des Dom se sont mises à la carte à puce. Leurs adhérents peuvent suivre plus facilement leurs remboursements, ne pas avancer d'argent, et les professionnels de santé s'informer sur les garanties de leurs clients. De même, les prises en charge sont automatisées. La carte de tiers payant en papier pour l'Union fraternelle des régions (UFR) est arrêtée depuis plus de trois ans (lire l'Argus de l'assurance n° 7177 du 9 juillet 2010). L'UFR Pass+ a été diffusée à ses 40 000 adhérents, offrant même des réductions chez des partenaires commerciaux et des services à la personne. En janvier 2010, la Caisse réunionnaise de prévoyance (CRP) est passée à la carte Service Plus de Progexia. Des bornes facilitant la mise à jour ou la consultation des droits seront déployées chez ses partenaires. Le 1er janvier 2011, c'est l'Adep qui équipera ses adhérents d'une carte à puce, ce qui lui permettra d'améliorer la qualité de sa gestion. Dans un marché très concentré, ce service apporte indéniablement aux mutuelles qui le développent un véritable avantage concurrentiel.

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