[DOSSIER] Dossier agriculture 3/5

Une culture de la gestion des risques à developper

Une culture de la gestion des risques à developper

Les mutations du secteur agricole interrogent agriculteurs et assureurs. Des questions qui poussent les premiers à mener des réflexions sur la sécurisation de leur activité, et les seconds à s’engager davantage dans l’analyse des risques et la prévention. Mais il reste beaucoup à faire.

Une terre vierge à défricher : voilà ce que serait la gestion des risques agricoles vue du ciel. Jusqu’à récemment, les agriculteurs ont conduit leurs exploitations sans trop s’interroger sur leurs vulnérabilités et les moyens d’accroître leur résilience. Comme l’observe Éric Gelpe, direc­teur général de Groupama Val de Loire, « rares sont ceux qui ont mis en place une réelle démarche de gestion des risques, ou alors elle se résume souvent à l’administration des contrats d’assurance ». Une situation qui tient au système protecteur dont a bénéficié le secteur. « Pendant quarante ans de Politique agricole commune, la question des risques a été gérée par l’État à l’aide de fonds pour l’indemnisation en cas d’accident climatique et d’une politique de prix garantis », analyse Patrick Degiovanni, directeur général adjoint de Pacifica. D’autre part, « dans le passé, une bonne année permettait de compen­ser la survenance d’un aléa et les flux de trésorerie de faire face aux besoins, ajoute Éric Gelpe. Dans ce contexte, la gestion des risques ne se posait pas ».

Évolution des mentalités

Avec le désengagement de l’État, la crise économique et autres facteurs d’augmentation de l’exposition aux risques, la nécessité de sécuriser les exploitations se fait plus prégnante. « Aujourd’hui, les agriculteurs doivent considérer la gestion des risques comme leur deuxième métier », estime Patrick Degiovanni. Sur le terrain, les mentalités évoluent. Par le passé, le cabinet Peri G. qui organise des formations à l’approche globale des risques agricoles ne comptait qu’une vingtaine de participants par an. « Depuis trois ans, la plupart des sessions sont complètes. Nous formons maintenant 200 personnes par an », constate Sébastien Mérat, risk manager au sein du cabinet.

Reste que le sujet de la maîtrise des risques s’avère vaste et comple­xe. « Les risques agricoles s’apparentent aux risques industriels en termes d’enjeux, à la différence que les acteurs de l’agriculture travaillent sur de la matière vivante », observe Jean-Marie Deterre, auteur d’un guide sur la gestion des risques en agri­culture (1). Formations et outils de diagnostic font leur apparition pour guider les exploitants dans leur démarche. En pratique, un projet de souscription d’assurance peut être l’occasion de faire un état des lieux. Pour Jean-­Marie Deterre : « Une analyse des risques est plus particulièrement nécessaire en cas de diversification d’activités, d’introduction de nouvelles technologies, d’embauche de salariés ou de changements d’associés. » Sur le terrain, ce travail de diagnostic conduit à s’interroger sur les possibilités de transfert des risques. Des réflexions qui se traduisent souvent, selon Sébastien Mérat, par une révision des contrats d’assurance : abandon de certaines garanties ou renfort de couverture pour certains risques. « En général, cette réallocation conduit à une augmentation du budget assurance », précise-t-il.

En parallèle, l’approche des assureurs évolue. Ainsi, pour compléter ses services d’analyse des risques avant la souscription, Aviva France travaille à l’élaboration d’un outil de diagnostic global des risques. De son côté, Groupama Val de Loire a opté pour une approche plus prospective en créant il y a trois ans, avec l’Institut polytechnique LaSalle à Beauvais (UniLaSalle), une chaire d’enseignement et de ­recherche sur « le management des risques en agriculture », en partant du constat que l’assurance agricole ne pouvait plus se piloter en regardant dans le rétroviseur. « Le secteur agricole est extrêmement mouvant et innove en permanence. À chaque évolution, il est confronté à de nouveaux risques pour lesquels nous n’avons pas d’historique. Pour pouvoir élaborer l’assurance de demain, il nous faut être en mesure d’analyser ces nouveaux facteurs de risques », explique Éric Gelpe. Dans le cadre de cette chaire, des travaux sont menés par une équipe de sept enseignants chercheurs et une vingtaine d’étudiants, avec pour objectif, entre autres, « de mettre en place des outils pour mesurer la résilience des exploitations. » ­Valérie Leroux, directeur délégué de l’école d’ingénieurs, précise : « Cela passe par des analyses multi­factorielles et des systèmes de ­modélisation des risques intégrant la manière dont les agriculteurs prennent des décisions stratégiques ». Ces travaux contribueront aussi à la diffusion des connaissances au sein des équipes du groupe mutualiste et permettront, in fine, à ses conseillers de devenir des risks managers.

Aurélie Mathieu, agent général Aviva à Brioude (43)
« Sensibiliser les exploitants à la prévention »

« La première visite d’une exploitation est un moment clé. Il faut être en mesure de proposer une analyse globale des risques : comprendre l’organisation de l’exploitation, évaluer l’état des bâtiments, estimer les capitaux à assurer, identifier les mesures de sécurité mises en œuvre. C’est à partir de cette analyse documentée avec l’exploitant que j’aborde le sujet de la prévention. En fonction de sa situation, je préconiserais à l’agriculteur des solutions techniques – mise en place d’extincteurs par exemple – voire l’orienterais vers des prestataires spécialisés. Mais bien souvent, mon rôle consiste à démontrer qu’il y a des mesures assez simples à mettre en œuvre. J’organise aussi des réunions d’information avec des intervenants spécialisés. C’est en ayant une approche globale que l’on peut apporter des réponses en matière de gestion des risques. »

La prévention avant tout

Autre terrain sur lequel les assureurs ont aussi un rôle à jouer : la prévention. « Les besoins d’accompagnement actuels en matière de prévention concernent principalement l’incendie, le vol, la malveillance, le bris de machine », constate Jérôme Laporte, responsable prévention chez Groupama. « Toutefois, en matière de responsabilité, les risques liés à l’activité en tant qu’employeur ou les risques de pollution doivent être également pris en compte dans notre analyse et notre démarche de conseil auprès de l’assuré », poursuit-il.

Mais selon Jean Delcoustal, du cabinet JD Courtage, il reste encore beaucoup à faire : « La culture de la prévention s’est peu installée, alors que de nombreuses solutions pourraient être appliquées au monde agricole ». Le regain d’intérêt pour la gestion des risques devrait contribuer à faire avancer les choses, à condition d’y allouer des moyens. Pour le dirigeant de la société de courtage, le contexte ne s’y prête pas : « Ce qui freine les stratégies de prévention et d’investissement des assureurs, c’est la faible rentabilité de l’assurance agricole. » Pourtant, c’est en investissant dans la connaissance des risques et dans les moyens de les éviter ou de réduire l’impact d’un sinistre, que l’assurance agricole pourra assainir sa situation et se réinventer.

Sébastien Mérat, risk manager au sein du cabinet de conseil Peri G., filiale de Cerfrance
« De nouveaux risques émergent »

  • Existe-t-il une culture du risque agricole ?
    Longtemps, ce sujet n’a pas été au cœur des préoccupations parce que les agriculteurs bénéficiaient du filet de sécurité des aides publiques. D’autre part, la diversification des activités constituait une sorte de gestion naturelle des risques et l’assurance faisait le reste, en couvrant certains risques. Mais les mentalités évoluent car la rentabilité des exploitations baisse et de nouveaux risques émergent du fait des évolutions du secteur.
  • Comment est abordée la gestion des risques ?
    C’est souvent la perte de repères et les interrogations sur des décisions stratégiques à prendre qui poussent les exploitants agricoles à s’intéresser à la question de la gestion des risques. Mais leur approche est encore trop souvent centrée sur la question des rendements. Une analyse globale des risques doit conduire à des réflexions sur des sujets techniques, mais également sur des choix de production. C’est par le cœur de métier que doit se faire l’appropriation de la gestion des risques.
    Propos recueillis pa r E. D. et H.-M. T.

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