[DOSSIER] Emploi 2/3

Vers la fin de l’âge d’or ?

Vers la fin de l’âge d’or ?

Concentration, réduction des marges, révolution numérique : l’emploi devient une variable d’ajustement dans un secteur de l’assurance, jusqu’ici largement préservé des plans sociaux. Et la pyramide des âges ne restera pas toujours favorable.

Sureffectif, licenciements, plans sociaux… Depuis les épisodes Aréas et Gras Savoye (1) en 2012-2013, ces mots semblaient avoir disparu du vocabulaire des acteurs du monde de l’assurance. Les voilà désormais remis au goût du jour. Le 23 septembre dernier, au lendemain de l’annonce d’un projet visant à optimiser les coûts d’AGCS, le directeur général France de cette branche du groupe Allianz spécialisée dans l’assurance des entreprises, Thierry van Santen, indiquait, dans un message on ne peut plus clair : « S’il le faut, nous mettrons en place un plan de départs volontaires ». Cinq mois plus tard, ce projet – soumis actuellement à l’avis du comité d’entreprise d’AGCS – commence à prendre forme. « Le plan devrait entraîner 51 suppressions d’emploi. Soit environ 15 % des effectifs », s’alarme-t-on, en interne. Cet exemple de tensions autour de l’emploi est loin d’être un cas isolé dans le monde de l’assurance. Au cours des derniers mois, sans aller jusqu’à évoquer des plans sociaux, de grands acteurs du secteur, tels que la Macif ou Axa (voir ci-dessous), ont ainsi ouvertement fait part de leur intention de mettre le frein sur les recrutements. Pourtant, au regard des derniers chiffres publiés, l’emploi ne faiblit pas… du moins jusqu’en 2015, dernière année prise en compte par les Observatoires des métiers. Selon l’Oéma (2), les effectifs étaient stables (+0,3 %) dans l’assurance, la branche comptabilisant 147 100 salariés. Même tendance du côté de la mutualité, où la croissance était en légère hausse (+1,6 %) comparée à l’exercice précédent. Seule la branche Retraite complémentaire et Prévoyance affichait des résultats en net recul : « En six ans, nos entreprises ont perdu 1 500 salariés, passant de plus de 30 000 collaborateurs en 2009 à 28 500 en 2015 », indique Patrick Lalande, président du syndicat CFE-CGC des Institutions de prévoyance et de retraite complémentaire (IPRC).

Le s facteurs qui menacent l’emploi dans l’assurance

  • Les rapprochements de grands groupes pouvant conduire à des restructurations, voire des rationalisations, notamment sur les fonctions doublons.
  • Les pressions réglementaire (Solvabilité 2), économique (taux bas) et concurrentielle (suite à la génération de la complémentaire santé) ayant des impacts sur les marges des acteurs du monde de l’assurance. Ces derniers sont d’ailleurs engagés désormais dans une politique de réduction des coûts, notamment salariaux.
  • Le digital, créateur aujourd’hui de nouveaux métiers, mais pouvant potentiellement en détruire dans les années à venir.

Les fusions, source de pertes d’emploi

Principale cause de ce décrochage : les rapprochements de groupes de protection sociale, comme celui opéré en 2012 entre Aprionis, Novalis Taitbout et Vauban Humanis. « Lors de la fusion, nous avons été obligés de rationaliser les coûts et de nous réorganiser en profondeur. Comme nous avions des ”doublons”, voire des “triplons” sur certains postes, 1 000 salariés sur les 6 200 que comptait alors le groupe ont dû changer de fonctions, explique Ludovic Lézier, directeur des ressources humaines d’Humanis. Nous avons connu 120 départs en 2013. Les deux années suivantes, nous avons cherché à préserver un nombre de recrutements plus limité afin de réduire le nombre de postes. » Mais en parallèle de ce mouvement de concentrations, d’autres aléas bouleversent dorénavant le secteur. « La mise en place de Solvabilité 2 ou les plans d’économies voulus dans les accords nationaux interprofessionnels (ANI) relatifs aux retraites complémentaires ont des conséquences importantes sur les équilibres financiers de nos entreprises », explique Patrick Lalande. En outre, le contexte économique – qui touche, pour le coup, toutes les entreprises du monde de l’assurance – pourrait également peser sur les données sociales à venir. Comme le soulignait Standard & Poor’s dans une étude publiée en août dernier : « La persistance de taux ultra-bas pourrait signifier des résultats ultra-bas pour les assureurs vie français d’ici à 2020 ». Sans compter la pression concurrentielle née de la généralisation de la complémentaire santé qui devrait se traduire, lors des prochains résultats présentés, par des marges réduites pour les assureurs.

De fait, toutes ces raisons poussent les acteurs de l’assurance à se lancer dorénavant dans des démarches de maîtrise des coûts. Avec une ambition commune : réduire la masse salariale, principale charge de leur entreprise. Pour ce faire, « les départs à la retraite peuvent constituer une variable d’ajustement des effectifs, sans heurts sociaux », indique Norbert Girard, secrétaire général de l’Oéma. Il précise que depuis dix ans, jamais la part des plus de 55 ans n’a été aussi élevée (17,2 %) dans la population totale de l’assurance.

Les départs à la retraite peuvent constituer une variable d’ajustement des effectifs, sans heurts sociaux.

Norbert Girard, secrétaire général de l’Oéma

Remplacer… ou non les départs à la retraite

À la Macif, le nouveau plan stratégique prévoit ainsi d’ici 2020 une réduction naturelle de la masse salariale, en raison de 1 000 départs à la retraite prévus. Il en va de même chez Humanis. « Dans le cadre de notre plan stratégique, nous avons l’intention de réduire notre masse salariale, sans pour autant réduire l’emploi », explique Ludovic Lézier. Comment ? En remplaçant les 200 salariés qui partiront à la retraite (en moyenne par an) au cours des trois prochains exercices « par des collaborateurs plus jeunes, moins expérimentés et donc aux salaires moins élevés », répond, sans détour, le DRH du groupe. Mais cette manoeuvre a ses limites. Notamment lorsque les départs, naturels ou à la retraite, ne sont pas tous systématiquement remplacés. « On assiste à une lente érosion de nos effectifs », se lamente ainsi Ricardo Saez, délégué syndical CFDT de la FNMF. « Alors que nous étions 325 à travailler à la Mutualité Française en 2012, nous ne sommes plus que 276 aujourd’hui », ajoute-il. En outre, la vague massive de départs de fin de carrière ne durera pas indéfiniment, l’Oéma constatant déjà que « les effectifs séniors (NDLR : plus de 55 ans) se stabilisent pour atteindre un plateau ». Dès lors, comment les entreprises vont-elles faire pour atteindre leurs objectifs de réduction de masse salariale ? « Jusqu’à présent, la culture de l’assurance a toujours été d’éviter les licenciements secs », remarque Norbert Girard. Mais c’est justement ce « jusqu’à présent » qui inquiète les syndicats. « Aujourd’hui, dans l’assurance, comme par exemple chez Axa (voir L’Argus du 3 février), on voit apparaître un certain durcissement des directions générales sur les avantages sociaux. Or, ce qui pourrait se dessiner ensuite, c’est un durcissement sur l’emploi », s’inquiète Thierry Tisserand, secrétaire national de la CFDT banques et assurances. En mars dernier, la fédération a publié une étude prospective sur l’évolution du secteur financier – banque et assurance – d’ici à 2025. Aucun des trois scénarios envisagés n’est optimiste pour l’emploi. De plus, reste un facteur dont on ne mesure pas encore l’impact réel sur les effectifs : le digital. Car même si le numérique a fait émerger de nouveaux métiers dans l’assurance (voir L’Argus du 18 mars 2016), de nombreuses fonctions pourraient aussi disparaître, ou se réduire considérablement, du fait de l’automatisation des tâches.

Lors de la fusion, nous avons été obligés de rationaliser les coûts et de nous réorganiser en profondeur.

Ludovic Lézier, DRH d’Humanis

Le digital, grand fossoyeur ?

« Dans l’assurance, les emplois cadres de premier niveau – ceux qui sont très industrialisables, peu techniques ou basés sur des tâches répétitives – sont menacés par le numérique. On sait tous que nous parlons ici d’un volume important d’emplois. Ne pas considérer cela comme un enjeu global, c’est s’inscrire dans une démarche aveugle et destructrice », alerte Pascal Nicaud, auteur de « DRH 3.0, face aux défis du numérique » (3). Or, ce mouvement est déjà en marche. Selon le quotidien japonais Mainichi, la société d’assurance vie Fukoku Mutual Insurance va se séparer de 25 % du personnel d’un de ses services pour mettre à la place une intelligence artificielle. Soit 34 personnes remplacées par un robot… dès la fin mars 2017.

  • AGCS, Plan de départs volontaires annoncé
    Un projet baptisé Fit for future visant à optimiser les coûts au sein d’AGCS – entité d’Allianz qui comptait 365 employés fin 2015 – a été soumis à l’avis du comité d’entreprise début janvier 2017. À cette occasion, 51 suppressions d’emplois auraient été annoncées par la direction dans le cadre d’un plan de départs volontaires, selon des sources internes.
  • Axa France, Volume d’emplois en baisse
    Même s’il reste l’un des principaux employeurs de France, l’assureur entend mettre le frein sur les recrutements. « Après avoir embauché 5 300 personnes en 2015, notre volume d’emploi va légèrement baisser », précise Karima Silvent, la DR H d’Axa France (voir L’Argus n° 7485). « Nous devrions désormais être autour de 4 800 recrutements par an tous types de contrats confondus », soit une baisse de 9 % en un an.
  • Macif, Départs en retraite non remplacés
    Présenté le 26 janvier 2016, le plan stratégique 2016-2020 du groupe Macif prévoit la réduction progressive de près de 10 % de la masse salariale. Le non-remplacement systématique des 1 000 départs à la retraite prévus d’ici 2020 constitue notamment une des sources d’économies.
  • FNMF, Diminution significative des effectifs
    À l’occasion du changement de gouvernance à la FNMF en juin dernier, la section syndicale CFDT a fait parvenir à la direction une liste de propositions pour préserver l’emploi. « On entend qu’il faut réduire les coûts. Or, de nombreux départs – que ce soit en retraite, suite à une démission ou une rupture conventionnelle – n’ont jamais été remplacés », s’inquiète Ricardo Saez, délégué syndical CFDT . Selon lui, 49 postes vacants n’auraient ainsi pas été remplacés depuis 2012.
  • MFP services, 4 PS E en dix ans
    Comme annoncé en juin dernier lors de la présentation du plan d’entreprise 2016-2018, l’Union de mutuelles de la fonction publique a connu quatre plans de sauvegarde de l’emploi (PS E) en dix ans ayant entraîné le licenciement de 370 salariés. Au total, au cours de la dernière décennie, MFP Services a été confronté à la sortie de 1 267 salariés (dont des départs naturels), 235 salariés ayant été recrutés dans le même temps.

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