[DOSSIER] Voitures connectées 2/4

Voitures connectées : vers l'assurance auto 3.0

Voitures connectées : vers l'assurance auto 3.0

La télématique automobile, embarquée et nativement intégrée, permet aux assureurs d’interagir en temps réel avec le conducteur. Résultat : de nouveaux contrats voient le jour.

Politiquement, les pouvoirs publics sont… en marche ! Le 20 novem–bre dernier, sur le site de l’équipementier Valeo à Bobigny (Seine-Saint-Denis), le Premier ministre montait dans l’Autonom Shuttle, la navette sans chauffeur de Navya, l’entreprise spécialisée dans la production de véhicules autonomes. À l’occasion du Conseil national de l’industrie qui se tenait ce jour-là, Édouard Philip­pe souhaiterait illustrer la place stratégique que revêt le véhi­cule automatisé dans le cadre du plan pour la nouvelle France industrielle, lancé en 2013. Deux mois plus tôt, comme un symbole, Anne-Marie Idrac, ancienne secrétaire d’État aux Transports (de 1995 à 1997) et ex-présidente de la RATP et de la SNCF, était nommée haute responsable pour la stratégie nationale de développe­ment des véhicules autonomes, et une commission d’éthique et d’acceptabilité était mise en place.

Tests à grande échelle

Cochant toutes les cases – politiques, économiques, sociales, technologiques et réglementaires – la voiture intelligente est un emblème de la quatrième révo­lution industrielle. Anticipant ce chambardement, Allianz et Swiss Re participent, depuis septembre, au premier projet mondial visant à tester à grande échelle (1 000 conducteurs de 100 véhicules d’un niveau d’autonomie 3 et 4 dans 11 pays européens) la viabilité de la conduite très automatisée. La route sera évidemment longue avant que la K 2 000 pilotée par l’acteur David Hasselhoff dans les années 1980 devienne réalité, mais les véhicules connectés truffés d’Adas (Advanced driver-assistance systems) constituent déjà un enjeu pour les assureurs. Allianz l’a bien compris. La compagnie opère des crash-tests en partenariat avec le groupe Volkswagen à Munich dans son centre de techno­logie AZT pour tester, en autres, la solidité des capteurs… « Nous nous sommes aperçus qu’ils étaient situés dans des zones accidentogènes et qu’en les implémentant ailleurs, nous pouvions réduire de 94% le risque qu’ils soient détériorés lors d’un choc (NDLR : diminuant ainsi les coûts élevés de réparation associés) », explique Daniel Muller, consultant senior RC d’Allianz Global Corporate & Specialty.

  • 20,8 Md€ Montant des cotisations en assurance automobile prélevées par les assureurs en 2016.
    Source : FFA
  • 16 millions Nombre de polices d’assurance automobile connectée (usage-based insurance) prévues en 2030 en France.
    Source : Ptolemus UBI Report
  • 30 % Part des véhicules semi-autonomes qui seront produits dans le monde en 2035.
    Source : Oliver Wyman
  • – 16 % Baisse maximale du coût global de la sinistralité auto du fait des systèmes d’assistance et de conduite automatique des véhicules en 2035.
    Source : GDV, 2016

En France, la compagnie a donné corps à ces avancées en étant la première à proposer, en mai 2016, une offre d’assurance destinée aux voitures semi-autonomes, c’est-à-dire équipées d’au moins un système de freinage d’urgence autonome, un dispositif de stationnement automatique ou un régulateur de vitesse adaptatif. Ce qui change ? Le souscripteur obtient une réduction de la prime d’assurance de 25 %, ces bijoux de technologie permettant une baisse de 20 % de la fréquence des sinistres et une diminution de 35 % du coût moyen des sinistres graves. En avril 2017, l’offre était complétée par une garantie vol renforcée (ces voitures sont celles qui se piratent le plus et le mieux), une assistance spécifique afin de les rapatrier dans un garage capa­ble de les réparer et, en option, une protection juridique automobile en cas de litige avec le constructeur, le concepteur du logiciel ou un hackeur.

« Nous avons franchi la barre des 10 000 contrats souscrits depuis le démarrage de l’offre, ce qui est très satisfaisant », explique-t-on chez Allianz France, qui avait déjà frappé fort avec le produit Allianz Conduite Connectée à destination de l’ensemble de ses assurés, en octobre 2015. Vendue en option du contrat d’assurance auto standard, cette solution télématique dite de pay how you drive (PHYD – « payez comme vous conduisez ») permet d’évaluer le comportement au volant du conducteur grâce à un boîtier GPS branché sur la prise OBD (on board diagnostic, « diagnostic à bord ») du véhicule. La « boîte noire » est ensuite reliée au smartphone du chauffeur via une appli­cation par laquelle transitent les données. Depuis fin 2017, une deuxième version de la solution a vu le jour. Ce sont unique­ment les capteurs du téléphone portable qui collectent les données relatives à l’accélération, au freinage, aux virages et à l’allure. S’ils sont jugés prudents, les 25 000 souscripteurs enregistrés peuvent espérer une réduction de leur prime allant jusqu’à 30 %.

De YouDrive à l’offre native d’Amaguiz

Ce mouvement qui tend à corréler le comportement et la récurrence de conduite avec le montant de la prime est bel et bien enclenché. Pionnier avec YouDrive, Direct Assurance a conservé le principe du boîtier et établit, de son côté, un score mensuel offrant jusqu’à 50 % de rabais aux jeunes. « Avec 27 millions de kilomètres collectés et 1 500 nouveaux clients chaque mois, nous observons une moyenne de 20 % de réduction de la prime et une charge sinistre également 20 % inférieure en fréquen­ce et en coût à celle de nos assurés standards », témoigne Anne-Gaëlle Moisy, directrice marketing de Direct Assurance, qui enrichira prochainement la formule d’un système d’appel d’urgence automatique en cas d’accident, d’une géolocalisation en cas de vol et d’un diagnostic préventif des pannes via l’OBD.

Depuis, les offres que Jean-François Belorgey, associé respon­sable du secteur auto et transport d’EY, assimile à « un système de bonus-malus plus sophis­tiqué » abondent : Groupama On Board, Road Coach chez Amaguiz, MapaDrive à la mutuelle d’assurance des professions alimentaires, Auto Primo pour le courtier April Partenaires, Novys chez AcommeAssur, l’appli­cation affinitaire Wecover soutenue par Suravenir Assurances, et même Michelin ! Le manufacturier de Clermont-Ferrand propose, depuis novem­bre, une offre PHYD clé en main pour les assureurs en partenariat avec l’éditeur Prima Solutions. « Le véhicule est en train d’évoluer au niveau technologique et de son usage et, si nous ne prenons pas cela en compte, nous risquons de jouer en défense », explique Yann Arnaud, directeur du pilotage, performance, produits et tarifs IARD de Macif, qui est conscient que l’enjeu de la voiture connectée se cristallise autour de l’accès aux… données qu’elle génère.

« Les véhicules qui sont produits actuellement transmettent déjà 1 milliard d’octets par jour, c’est 1 000 fois plus qu’il y a deux ans et 30 000 fois moins que les futurs véhicules autonomes. Cette nouvelle data disponible, permettant d’avoir une meilleure connaissance du conducteur fait déjà l’objet d’intenses discussions avec tous les acteurs du véhicule autonome. En effet, cette data sera le moteur de l’économie de demain », confirme Daniel Muller d’AGCS. Yann Arnaud s’inquiète donc qu’un jour, ces données ne soient plus en libre-accès : « Un péage ou une zone contrôlée qui serait celle des constructeurs pourrait poser problème. » En atten­dant, la Macif a investi dans Drust, une plateforme télématique automobile (appli, cloud et intelligence embarquée).

Le véhicule est en train d’évoluer au niveau technologique et de son usage et, si nous ne prenons pas cela en compte, nous risquons de jouer en défense.

Yann Arnaud, directeur du pilotage, performance, produits et tarifs IARD de Macif

Au cœur de la R&D des assureurs

D’une certaine manière, Amaguiz a franchi le Rubicon en s’alliant à Renault pour proposer le premier système de PHYD nativement intégré à la Zoe, transmettant direc­tement des données du véhicule (100 % électrique) à l’assureur. « Nous avons quatre offres dites 4.0. en production et de nombreux POC (NDLR : proof of concept) avec trois axes de travail : le prix en fonction des profils, la prévention et les prestations », confie Nicolas Marescaux, busi­ness transformer de Groupama. « Nous ne ferons pas tout, tout seul », précise, en écho, Bruno Simon, directeur véhicules connectés de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi. Le constructeur franco-japonais produira 9 millions de véhicules connectés d’ici à 2022 et prévoit de mettre en place des plateformes de données ouvertes aux partenaires, dont les assureurs…

« Les constructeurs iront vers les assureurs qui doivent regarder l’automobile connectée par le prisme de la marge, pas du chiffre d’affaires, affirme Cyril Zeller, vice-président de Scope Technology. L’idée, c’est d’avoir un taux de sinistralité qui baisse de manière plus importante que les remises accordées. » D’ici 2030, il faut ainsi s’attendre à ce qu’on atteigne le chiffre de 16 millions de polices d’assurance de voitu­res connectées en France, selon le cabinet de conseil Ptolemus.

D’ailleurs, si Covéa exclut, pour l’heure, de lancer une offre de conduite connectée, l’assureur, leader sur le marché auto, mène tout de même un programme de R&D auprès de 10 000 assurés lui remontant leurs données de conduite via un boîtier. « Nous voulons comprendre la relation qui existe entre le style de conduite et la sinistralité pour objectiver notre réponse sur une analyse actuarielle », relate Romain Cros, responsable du département veille concurrentielle et innovation de Covéa, qui pointe un para­doxe de taille : « Pourquoi sonder le style de conduite alors même que les Adas ont vocation à limiter, sinon neutraliser, le facteur humain ? »

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