Brigitte Bouquot, présidente de l'AMRAE : « Assureurs et courtiers ont progressé en technicité »

Reconduite l'an passé à la présidence de l'Association pour le management des risques et des assurances de l'entreprise (Amrae), la directrice de la gestion des risques et des assurances du groupe Thales se félicite du rôle accordé aux risk managers dans l'élaboration de la stratégie de leurs entreprises. Propos recueillis par Sébastien Acedo et Olivier Baccuzat.

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Brigitte Bouquot, présidente de l'AMRAE : « Assureurs et courtiers ont progressé en technicité »
Présidente de l'Amrae depuis 2015, Brigitte Bouquot a été reconduite, en mai 2018, pour un deuxième mandat à la tête de l'association.

Argus de l'Assurance : Quels sont les sujets de l'Amrae pour 2019 ?

Brigitte Bouquot Mon deuxième mandat à la tête de l'association est axé sur le fait de continuer à progresser sur le volet risk management et sur le transfert de risques aux marchés de l'assurance. On est passé d'une posture défensive du risk management où ce dernier protège l'exécution de la feuille de route de sa société, à une posture stratégique, voire offensive, où le top management prend en compte la dimension risque dans l'élaboration de sa stratégie.

Le risk management a-t-il désormais une dimension prospective ?

B. B. Absolument. Le premier risque d'une entreprise, c'est de ne pas appréhender la société dans laquelle elle évolue. Le risk management doit comprendre le monde dans lequel il vit, être pointu et disposer de la connaissance technique des métiers de son entreprise, être capable de concevoir des programmes d'assurance robustes, être à l'écoute et avoir l'oreille de l'ensemble de ses dirigeants.

Cette fonction est-elle entrain de sortir de l'ombre dans les grandes entreprises ?

B. B. Les entreprises qui réussissent sont celles dans lesquelles vous avez une très bonne articulation entre l'élan créateur de la direction générale et une équipe de risk management , qui est le reflet de la vision stratégique et des valeurs du dirigeant. Je ne veux pas opposer l'importance du risk management par rapport à celle d'une direction financière, juridique ou des opérations. Les lignes de maîtrise des risques s'articulent à tous les étages de l'entreprise mais il faut qu'il y ait un chef d'orchestre impulsant la culture du risque. On a coutume de dire, aujourd'hui, qu'il faut se transformer pour ne pas disparaître. Cela veut dire qu'il faut arbitrer entre le temps long et le temps court. Être capable de prendre de bons arbitrages entre les sujets urgents et les sujets importants, être capable de déployer les ressources nécessaires. Seule une approche parles risques permet de le faire.

C'est pour cette raison que l'édition 2019 des rencontres de l'Amrae est intitulée « le risque au cœur de la transformation » ?

B. B. Quand vous regardez l'état du monde aujourd'hui, que constate-t-on ? Nous traversons une crise climatique et écologique sans précédent et la puissance inouïe des technologies ouvre de nombreuses interrogations. Au moment où nos instances politiques sont affaiblies, que les États se cherchent, qui reste-t-il pour affronter et résoudre ces enjeux majeurs ? Les entreprises. Celles-ci ont revisité leur mission, devenant plus politique, plus responsable, avec des valeurs et une image de marque à défendre. Il est intéressant devoir que les groupes très performants considèrent les individus dans leur globalité, c'est-à-dire comme des personnes étant des collaborateurs, des consommateurs et des citoyens. Derrière cette volonté d'une entreprise plus responsable, il y aune démarche de risk management . En effet, ce n'est plus le comment mais le pourquoi qui gouverne les entreprises. Et quand vous êtes dans le pourquoi, vous êtes dans la gestion des risques.

Quel rôle l'assurance joue-t-elle dans cette approche du risque ?

B. B. Quand vous êtes dans l'état-major d'une entreprise, que vous avez conçu une stratégie dans une logique responsable, inclusive, vous avez une exigence dans la construction de votre feuille de route : celle de « dérisquer » son exécution. Quand on se pose la question de savoir comment rendre l'entreprise résiliente et lui éviter une certaine volatilité des risques, la question du transfert de risques à l'assurance se pose immédiatement.

L'assurance est-elle incontournable dans la gestion des risques ?

B. B. Oui, même si cela dépend des industries, de la culture et de l'histoire des entreprises. La réponse ne sera pas la même selon qu'on travaille dans le pétrole, l'aviation, la pharmacie, le nucléaire.

Assureurs et courtiers ont-ils progressé en technicité dans leur approche des risques ?

B. B. Oui. Sur les grands risques, les assureurs savent que pour rester dans le jeu et parce que certaines entreprises jugent leur réponse peu satisfaisante, ils doivent se mettre au même niveau que leurs interlocuteurs en termes de savoir-faire. C'est aussi le cas des courtiers qui ne vivent pas que par l'aspect transactionnel des placements, mais aussi du conseil et des services.

Ce savoir-faire passe-t-il par une spécialisation accrue des souscripteurs ?

B. B. Je trouve que les assureurs et les courtiers font un travail remarquable de compréhension du monde, industrie par industrie, risque par risque. Avec une approche mesurée, professionnelle, très gouvernée. Quand on leur pose des questions pointues, on sent que celles-ci remontent dans leurs organisations afin d'apporter des réponses précises. Ils sont de plus en plus attentifs à la qualité et à l'équilibre de la gestion globale des risques dans une entreprise.

C'est aussi un élément de confiance déterminant dans leur volonté de souscrire ou non un risque.

L'assurance constitue-t-elle du capital collatéral ?

B. B. Dans un monde exigeant de la rentabilité, oui, c'est une ressource vraiment bienvenue, très précieuse, qui n'est pas à prélever sur l'investissement quel'entreprise doit faire en innovation, en personnel, en compétitivité.

Fin 2018, l'Amrae a publié, en collaboration avec le Medef des deux-sèvres, un guide de la gestion des risques destiné aux PME…

B. B. Ce projet, très important, avait été lancé en 2016. Ce guide et ce questionnaire d'autoévaluation montrent qu'en vingt pages, on peut parler de gestion des risques de manière très concrète. Le risk management , ce n'est pas de la technocratie issue des grandes entreprises mais une démarche s'inscrivant dans la réalité du terrain. Je suis ravie de savoir que des dirigeants de PME - mais aussi des courtiers - s'en servent au quotidien.

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