Emploi : Lyon cherche souscripteurs désespérément

Emploi : Lyon cherche souscripteurs désespérément

Face aux difficultés de recrutement de souscripteurs en risques industriels dans la région lyonnaise, assureurs, courtiers et organismes de formation s’organisent pour y remédier. coup de projecteur sur la capitale des gaules.

« Compagnies, cour­tiers, agents… tous déplorent un réel pro­blème de recrutement à Lyon », affirme d’entrée Philippe Gléran, correspondant de la FFA et direc­teur souscription entreprises et professionnels chez MMA Lyon– Auvergne–Rhône­ Alpes. « La pénurie touche tous les métiers de l’assurance, mais elle est encore plus aiguë au niveau des souscripteurs entreprises risques industriels, construction et nou­veaux risques, comme le cyber » ajoute­-t­-il. Les raisons ? Une pyra­mide des âges défavorable, avec le départ en retraite des papy­ boomers, ainsi qu’une forte crois­sance économique de la région. Mais ce n’est pas tout.

Pour Philippe Gléran, « les mouvements de concentration et de fusion de ces dernières années ont poussé les compagnies à rationaliser les effectifs et elles ont négligé les besoins en formation ». Résultat : même si la place de Lyon compte entre 200 et 250 souscripteurs, tous n'ont pas encore l'expérience pour traiter des analyses de risques industriels complexes (chimie, transports, médical, construction…), leur expertise se limitant souvent aux risques plus simples des TPE-PME. « Les souscripteurs “capés” sont rares, et travaillent souvent à Paris, du fait de la concentration des grands comptes en région parisienne », déplore Philippe Gléran, qui tente de développer le vivier local, car « en matière de souscription, la proximité joue un rôle essentiel tant dans la relation humaine que dans la connaissance et la maîtrise des risques ».

Or « il n'existe pas de formation à la souscription de risques industriels en France », rappelle Olivier Gesippe, manager assurance marché entreprise (dommages et prévention) chez MMA. Et Gilles Marie, responsable pôle spécialiste DAB risques industriels et risques techniques d'Axa France à Lyon, de renchérir : « Le recrutement d'un souscripteur en risques industriels reste difficile. Aujourd'hui, nous ne trouvons pas ce type de profil en sortie d'école ou d'université. Nous consacrons donc beaucoup de temps à la formation régulière de nos souscripteurs. »

Des expertises multiples et exigeantes

Car le profil du souscripteur RI est celui d'un chef d'orchestre qui doit maîtriser plusieurs champs à la fois techniques, juridiques et assurantielles, ainsi que des aptitudes de négociation. « Cela prend du temps de savoir bien tarifer un risque industriel. Normes de prévention, de sécurité, types de machines, localisation du site… Il n'y a pas de secret, c'est en allant sur le terrain qu'o n apprend ! », confirme Dieudonné Diakubikua, souscripteur junior chez Axa France.

Pourtant, le temps presse car le marché de l'emploi est à flux tendu. « Les souscripteurs sont actuellement en position de force et ne se privent pas pour négocier leur salaire. Les candidats se font rares et il ne se passe pas une semaine sans qu'un membre de mon équipe ne soit contacté par un chasseur de tête », confie Patrick Ginet, président de la CSCA Rhône-Alpes et dirigeant du cabinet de courtage Antinea (Lyon, 80 salariés dont 8 souscripteurs).

Et d'expliquer que le métier de souscripteur, qui se limitait souvent aux compagnies, est désormais entré chez les courtiers de proximité, dont le rôle se professionnalise : « Nous sommes de plus en plus jugés sur la qualité du portefeuille souscrit. Pour maintenir leurs codes actifs et obtenir des délégations de gestion, les courtiers mettent donc en place un service souscription pour rassurer les compagnies. Avant, c'était le commercial ou le dirigeant du cabinet qui souscrivait. Avec DDA, pour éviter tout conflit d'intérêt, les compagnies exigent de séparer les fonctions commerciales et souscription. Cela accentue encore la tension sur un marché de l'emploi déjà en pénurie. »

Faire coïncider les formations aux besoins

Face à ce constat plutôt alarmant, « la solutionne peut pas se limiter à des actions isolées, il faut une réponse collective, portée par l'ensemble des acteurs concernés », explique Philippe Gléran, secrétaire général de Cluster Assurance AuRA, qui réunit à la fois assureurs, courtiers, experts et instituts de formation. « Notre ambition est d'insuffler une dynamique pour attirer et maintenir les compétences assurance dans la région, et particulièrement les profils spécifiques des souscripteurs, qui sont des maillons incontournables de la chaîne », explique Philippe Gléran.

La souscription… un cursus pragmatique

Après une formation d’ingénieur chimiste, doublée d’un troisième cycle en management , j’ai travaillé six ans dans l’industrie. Je suis ensuite devenu ingénieur prévention, puis souscripteur ensuivant des formations en assurance (droit des contrats, ingénierie financière…), un cursus que j’ai trouvé finalement assez proche de mon profil scientifique, car très pragmatique. J’ai en cela été bien accompagné parla direction technique assurance du groupe MMA. Aujourd’hui, je dirige une équipe de trois ingénieurs préventeurs dommages et de dix souscripteurs aux profils mixtes (juristes, commerciaux et ingénieurs) : je suis à la recherche de jeunes pour la compléter mais c’est un vrai casse­ tête pour trouver le bon profil en région lyonnaise !

Olivier Gesippe souscripteur SENIOR et MANAGER assurance marché entreprise (dommages et prévention) – mma (délégation régionale de lyon)

  • Âge : 43 ans
  • Parcours : Dess chimie analytique, Escaia

Souscripteur, un métier d'avenir… aussi à Lyon

Si le cluster pousse les instituts de formation de la région à former plus d'étudiants, en favorisant l'alternance, il élargit aussi ses actions en faisant connaître cette profession dans les écoles d'ingénieurs et de commerce, afin de susciter l'appétence pour un secteur qui souffre encore d'une image un peu poussiéreuse. « Lyon a besoin de 10 à 20 souscripteurs par an, il faut creuser toutes les pistes possibles pour répondre à cette demande : formation initiale, formation interne dans les entreprises, communication auprès des jeunes et flux migratoire. Lyon a beaucoup à offrir en termes de qualité de vie », précise Philippe Gléran. Côté formation, le cluster s'appuie sur les 15 écoles et les 40 formations en assurance de la région. Un de ses interlocuteurs privilégiés est la Maison de l'assurance, qui regroupe l'IAL (juristes), l'Ifpass (gestionnaires) et l'ISFA (actuaires). À lui seul, l'Ifpass forme chaque année 200 jeunes diplômés, uniquement en alternance, qui trouvent dans 98 % des cas un emploi dans le mois qui suit leur sortie. « Notre licence est une porte d'entrée vers la souscription de risques simples. Mais pour répondre aux besoins d'expertise du marché, nous avons créé en septembre 2017 un mastère Manager digital et métiers de l'assurance et nous réfléchissons pour l'an prochain à lancer un bac + 5 Souscripteur assurance et réassurance, à l'instar de l'Ifpass Paris », explique Beni Salmi, délégué régional Grand Sud de l'Ifpass.

Industrie et assurance dans une même dynamique

Incontestablement, Lyon occupe une place à part dans le paysage économique français. forte d'une concentration industrielle de choix (btp, chimie, logistique, transports… ), dopée par le couloir rhodanien et les axes de transports, la région constitue la deuxième place d'assurance du marché.

Elle concentre de forts besoins à la fois en capitaux et en expertise technique pour couvrir ces risques industriels, d'où la présence de nombreuses délégations régionales de compagnies et les sièges de plusieurs grands courtiers. avec un total de 16 320 emplois, dont 1 840 créés entre 2008 et 2016 (+ 16 % sur la période), Lyon fait partie des agglomérations les plus dynamiques pour la création d'emploi dans l'assurance.

Sources : FFA et Observatoire partenarial lyonnais en économie

Diversifier les profils

Mais instruire des jeunes prend du temps et le Cluster encourage, en parallèle, les initiatives des assureurs et des courtiers pour développer la formation continue parle biais de programmes internes dédiés. L'idée est de repérer les profils intéressants, gestionnaires sinistres, commerciaux ou juristes, et de les faire monter en compétence, en binôme avec des souscripteurs chevronnés ou des ingénieurs prévention. Les assureurs ont aussi à leur disposition des formations complémentaires proposées par exemple par l'Ine-ris ou le Centre national de prévention et de protection (CNPP). « L'incendie est un risque majeur qui peut avoir des conséquences dramatiques pour une entreprise. La prévention est essentielle », rappelle ainsi Jean-Luc Cochet, directeur de formation du pôle management incendie du CNPP. « Sur les 300 professionnels formés chaque année, un tiers sont des salariés d'assurance, qui suivent soit le cycle technique incendie (trois semaines) soit pour les plus expérimentés le cycle supérieur incendie (quatre semaines), reconnu au niveau européen parle CFPA(1) ». Avec satisfaction, Beni Salmi, de l'Ifpass, constate ainsi que « les barrières tombent et les mentalités au sein des compagnies changent : avant, elles recrutaient aux postes de souscripteurs surtout des ingénieurs issus de l'industrie, ayant vécu des arrêts de production, des incendies… et les formaient à la tarification et à la souscription. Aujourd'hui, elless'ouvrent aux profils juridiques, assurance ou commerciaux, et prennent en charge leur formation technique ». Et Olivier Gesippe de confirmer : « Après avoir formé un juriste et un commercial, je suis maintenant à la recherche d'un ingénieur. La diversité des profils dans une équipe souscription est une véritable richesse. »

1. CFPA-Europe : Confederation of fi re protection association Europe

La souscription est un travail collaboratif

Souscripteur en risques industriels à Lyon, j'ai un parcours assez atypique. Après avoir été responsable d'atelier puis de magasin chez Norauto, je me suis réorienté vers l'assurance ensuivant un cursus en alternance à l'Ifpass. J'aime le contact et la négociation, et être souscripteur me convient parfaitement car j'accompagne les intermédiaires de mon portefeuille et leurs clients entreprise. Le risque industriel est un risque très complexe : j'utilise mes connaissances assurantielles et je monte peu à peu en compétences techniques sur le terrain, au contact des inspecteurs prévention. La souscription repose beaucoup sur l'analyse de risques. C'est un vrai travail collaboratif, chacun dans notre équipe apportant son expertise (assurance, juridique, technique…).

Dieudonné Diakubikua souscripteur Junior risques industriels – Axa France (délégation régionale de lyon)

  • Âge : 29 ans
  • Parcours : Bac pro carrossier, BTS assurances, licence assurances, MASTER MANAGER DIGITAL métiers de l’assurance (IFpass)

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