Prévoyance : les assureurs face à l'absentéisme

Prévoyance : les assureurs face à l'absentéisme
Pannawat_PA / Getty Images / iStockphoto

Détenteurs d’informations chiffrées permettant d’établir un diagnostic précis, les assureurs spécialistes de la prévoyance sont aujourd’hui bien décidés à accompagner leurs clients à maîtriser les risques, en particulier ceux liés à l’absentéisme dont le coût ne cesse de s’alourdir.

« L’absentéisme n’est pas une fatalité, estime Nicole Chaussin, responsable du pôle Innovations, santé et qualité de vie au travail au sein du groupe Vyv. Si nous accompagnons les entreprises dans la prévention de l’absentéisme et la promotion de la qualité de vie au travail, c’est parce que nous y croyons ! » Et parce qu’il y a urgence à agir : la 10e édition du baromètre de l’absentéisme et de l’engagement, publiée le 6 septembre, montre que l’absentéisme est reparti à la hausse en 2017, avec 17,2 jours d’absence par an et par salarié, contre 16,8 jours en 2016. « On peut parler de dérive des arrêts de travail, observe Catherine Rouchon, directrice générale de Mutex (groupe Vyv). Dans certains secteurs d’activité, ils augmentent de 5 à 7 % par an. » Ce qui a un impact important sur le coût des garanties de prévoyance collective : « Nous courons après l’augmentation de l’absentéisme, poursuit Catherine Rouchon. Nous avons beau anticiper un peu cette dérive dans nos réponses aux appels d’offres, elle nous rattrape très vite car nous maintenons nos tarifs pendant deux ou trois ans. Nous avons donc tout intérêt à réduire ce phénomène. »

Les entreprises aussi : en 2016, le cabinet Ayming a évalué à 60 Md€ le coût direct et indirect de l’absentéisme en considérant que 1 % d’absentéisme coûte 1,87 % de la masse salariale. Pour aider les entreprises à en prendre conscience, Malakoff Médéric leur propose un simulateur de coût global de l’absentéisme : coût direct (maintien de salaire et financement de la prévoyance) et coût indirect (coût de remplacement des absents, baisse de productivité, coût social, gestion administrative). « Cette donnée n’est pas suivie par six entreprises sur dix, s’étonne Christo­phe Scherrer, directeur général délégué de Malakoff Médéric, en charge du développement et du marketing. Objectiver le coût de l’absentéisme permet de mobiliser les employeurs. »

Comprendre avant d’agir

C’est aussi le préalable indispensable à la prévention. L’absentéisme prend des formes très diverses : « Il y a l’absentéisme subi ou choisi, incompres­sible ou délibéré, observe Nicole Chaussin. Et puis il y a aussi le présentéisme, qui est une forme de désengagement. » Il est impos­sible d’agir sur l’absentéisme sans en comprendre les ressorts profonds. « Il faut mener de véritables investigations pour comprendre ce qu’est l’absentéisme et quels sont ses déterminants au sein d’une entreprise ou d’une branche professionnelle », explique Christophe Scherrer.

Chiffres

  • 43 : le nombre d’équivalents temps plein que représente l’absentéisme pour une entreprise de 1 000 salariés. (Source : étude 2017 menée par Malakoff Médéric sur son portefeuille de 110 000 entreprises clientes en prévoyance collective.)
  • 34 % : la part des salariés absents au moins une fois au cours de l’année pour maladie pour une durée moyenne de 35,5 jours par salarié absent.

Cette phase d’audit est un préalable indispensable à l’action. Il existe en effet toute une palette d’actions : infor­mation et formation des salariés sur les gestes qui sauvent, les bonnes postures de travail, la gestion du stress ; l’accompagnement psychologique en cas de catastrophe naturelle, d’accident grave du travail ou d’agression ; soutien familial ou finan­cier en cas d’accident de la vie ; campagnes de vaccination ; aide au retour à l’emploi après un arrêt de travail de plus de 90 jours ; accompagnement des aidants familiaux…

Retour sur investissement

Mais attention : « Empiler les actions de prévention n’a aucun sens, prévient François Carles, chargé des relations assurances et entreprises au sein du cabinet de conseil Psya. Celles-ci doivent s’inscrire dans un diagnostic précis des risques et une véritable logique de prévention. » Elles doivent également être décidées et mise en œuvre de façon collective « avec l’employeur, les représentants des salariés, des consultants spécialisés, l’assureur et le courtier ».

C’est ainsi qu’un programme de retour à l’emploi a été mis en place dans un groupe de distribution spécialisée « dont le taux d’incapacité était particulièrement élevé », explique François Carles. Une fois le diagnostic posé, tout le monde a pris conscience de son intérêt à intervenir : « L’entreprise pouvait ainsi agir sur sa masse salariale et son climat social, l’assureur améliorer son résultat technique et le courtier valoriser son expertise et son conseil. »

Un entretien individuel de retour à l’emploi a ainsi été mis en place après tous les arrêts de travail de plus de 90 jours : après une telle absence, le salarié a souvent besoin d’être accompagné pour retrouver confiance en lui, reprendre sa place au sein du collectif de travail et, dans certains cas, bénéficier d’aménagements de son poste de travail. Bien que la valeur de cette action de prévention soit réelle, il est difficile de parler de retour sur investissement : « Mais d’une manière générale, 1 € investi dans la prévention se traduit par la réintégration de 3 à 4 € de provision mathématique pour l’assureur », explique François Carles.

La Dares (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) du ministère du Travail évalue que les entreprises peuvent espérer un retour potentiel de 2,20 € pour chaque euro investi dans la prévention santé. Ce ratio peut monter jusqu’à 13 dans le domaine de la prévention des risques psychosociaux. Au-delà de ces chiffres, toujours sujets à caution, « on sait que ne rien faire est plus coûteux pour l’entreprise », explique Nicole Chaussin. C’est aussi plus cher pour les assureurs, qui commencent à développer des garanties innovantes. Malakoff Médéric a créé un dispositif unique d’aide aux aidants pour les salariés des Industries électriques et gazières (IEG), avec deux types de congés indemnisés (le congé de solidarité familiale et le congé de présence parentale) ainsi qu’une offre d’assistance entièrement dédiée aux aidants familiaux.

La prévention du risque de prévoyance collective reste malgré tout un travail de longue haleine « multifactoriel et à impact lent, prévient Catherine Rouchon. Mais il nous permet aussi de valoriser notre offre en montrant que nous sommes là pour accompagner les entreprises et pas seulement gérer des flux financiers. »

Christophe Scherrer, directeur général délégué de Malakoff Médéric, en charge du développement et du marketing : " Une démarche assurantielle, mais pas seulement"

La prévoyance est un risque de long terme. La prévention a-t-elle réellement un impact ?

Les entreprises qui agissent en conséquence voient leur fréquence d’arrêts de travail baisser de 13 % alors que celles qui ne font rien la voient augmenter de 15 %. Cet écart de 28 points montre à lui seul la pertinence de notre travail de prévention ! Même s’il ne s’agit pas seulement de réduire l’absentéisme : notre but, c’est que tout le monde y trouve son compte, les salariés autant que les employeurs.

Quel est le modèle économique de la prévention ?

Si l’employeur s’y retrouve, alors sa démarche est autofinancée. Nous ne facturons pas les services de prévention et d’accompagnement que nous proposons aux entreprises. Mais cette prestation a un tel impact sur la sinistralité que nous sommes prêts à faire un effort financier important quand une entreprise souscrit un contrat collectif de prévoyance : une réduction des cotisations de 10 à 15 % si elle accepte de s’engager dans une démarche de prévention. Notre démarche est « assurantielle, mais pas seulement », et la dimension prévention prend de plus en plus de place.

 

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