Régime santé de l'assurance : les ratés de Cegedim

Régime santé de l'assurance : les ratés de Cegedim
Parmi les nombreux bugs du transfert du régime santé de la branche de l'assurance de B2V à Cegedim : la gestion des cartes de tiers payant. © Luc Nobout / IP3

Depuis le 1er janvier, Cegedim est le nouveau délégataire de gestion du régime santé-prévoyance de la branche de l'assurance. Une activité que l'entreprise de technologies a, pour l'instant, du mal à totalement maîtriser, tant les problèmes techniques se multiplient depuis un mois et demi.

Mais dans quelle galère s'est-on embarqué ? Voilà certainement ce que se disent aujourd'hui les dirigeants de Cegedim. Depuis le 1er janvier dernier, l'entreprise de technologie et de services dans la santé a repris la gestion du régime professionnel de prévoyance (RPP) de l'assurance. Sauf que, depuis cette même date, une partie des 250 000 actifs, ayants droit et retraités bénéficiant du régime santé-prévoyance de la branche sont confrontés à de nombreux dysfonctionnements relatifs à leurs contrats. Numéros d'adhérents non communiqués, historiques non conservés, prises en charge impossibles… Au cours du mois de janvier, les incidents techniques se sont multipliés, et les assurés ne se sont alors pas fait prier pour exprimer leur mécontentement vis-à-vis de Cegedim, notamment sur les forums de consommateurs.

« Il y a eu de vrais loupés… La migration informatique n'a pas fonctionné. Il y a eu des erreurs de paramétrage qui ont fait que certaines cartes de tiers payant n'ont pu être envoyées », déplore un syndicaliste de B2V, l'ex-gérant du régime santé-prévoyance de la branche assurance.

Pour rappel, fin 2017, à la fin des clauses de désignation, le comité directeur du Bureau commun des assurances collectives (BCAC) a pris la décision de changer de délégataire de gestion du régime de branche santé-prévoyance - connu sous l'appellation RPP - en passant de B2V gestion à Cegedim. Or, ce transfert d'activité, effectif depuis le 1er janvier dernier et qui concerne aussi le régime d'assurance maladie des allocataires (Rama) pour les retraités, ne s'est pas aussi bien passé que prévu. Selon nos informations, environ 30 000 cartes de tiers payant ont ainsi été rééditées dans la précipitation.

Philippe Simon, président de Cegedim Insurance Solutions
« Il faut que chacun assume la situation actuelle »

  • Comment expliquer vos déboires dans la branche assurance ?
    Nous avons clairement manqué de temps pour faire ce transfert d'activité. Et du coup, il y a des choses que nous avons ratées. Nous ne nions pas notre part de responsabilité, mais il faut que chacun assume la situation actuelle… les mêmes qui hurlent aujourd'hui au loup sont ceux qui, pendant des années, ont rendu un service catastrophique au BCAC. Les syndicats ont notamment essayé de bloquer le plus longtemps possible la reprise du personnel par Cegedim. Résultat, moins de salariés que prévu sont venus chez nous. Et, surtout, ils sont arrivés tard. Il a donc fallu former les nouveaux arrivants et compléter notre dispositif humain dans un temps record.
  • Des dysfonctionnements restent-ils à corriger ?
    Sur la partie santé, nous revenons progressivement à une situation nominale. En revanche, sur la prévoyance, nous avons encore des sujets compliqués à traiter. Nous gérons les surcomplémentaires d'environ 40 assureurs en plus du BCAC. Dans notre proposition initiale, nous voulions gérer ces régimes de façon simplifiée et en mode industriel. Dans les échanges de fichiers que nous avons avec les assureurs, nous nous rendons compte qu'il y a des circuits à conserver.

 

Les syndicats se rebiffent

Face aux multiples dysfonctionnements observés, l'ensemble des organisations syndicales représentatives dans la branche (CFDT, CFE-CGC, CGT, Unsa, FO et CFTC) est monté au créneau le 15 janvier, à l'occasion d'une commission paritaire à la FFA. « Lors de cette réunion, nous nous sommes fait l'écho des problèmes (NDLR : des assurés) et avons fait part de notre colère face à cette situation inadmissible », précise la CGT banques et assurances, dans un communiqué. « Nous avons également souligné qu'il était hors de question de dégrader les conditions de travail des salariés confrontés aujourd'hui à un surcroît d'activité », ajoute le syndicat. Car si le passage de B2V à Cegedim devait impliquer initialement un changement d'employeur pour environ une centaine de personnes, seuls 59 salariés auraient finalement accepté la bascule… Et cela bien que ces collaborateurs transférés soient restés sur leur lieu de travail et que leur statut soit resté lié à la convention collective de l'assurance !

Une situation que déplore également la direction de Cegedim. Le 25 septembre, à l'appel de la CGT et de la CFDT, plus d'une centaine de salariés de B2V ont manifesté devant les locaux de la Fédération française de l'assurance (FFA) afin de protester contre les conditions de transfert d'une partie du personnel de leur groupe chez Cegedim et GPSA (Gestion professionnelle des services de l'assurance). « Les conditions de transfert ne sont pas totalement réglées », indiquait alors Bruno Pantanella, responsable syndical CFDT de B2V.

Un régime taille XL

  • 250 000 : Le nombre de bénéficiaires - actifs, ayants droit ou retraités - qui sont rattachés au régime santé-prévoyance de la branche de l'assurance.
  • 30 000 : Le nombre de cartes de tiers payant que Cegedim a dû rééditer en janvier 2019, suite à des dysfonctionnements.
  • 59 : Le nombre de salariés de B2V qui ont accepté d'être transféré chez Cegedim, contre une centaine prévue.

 

Sortir de la crise

Sauf que ce bras de fer - qui s'est traduit par deux expertises, un blocage de projet - a pour conséquence que Cegedim n'a pas su combien de personnes viendraient chez elle jusqu'au… 15 novembre. « Entre les blocages juridiques des syndicats qui nous ont empêchés de reprendre le personnel beaucoup plus tôt, les difficultés rencontrées par l'ancien gestionnaire que nous avons récupérées et les soucis de mises à jour des données qui n'avaient pas été faites, nous avons connu toutes les affres d'un projet compliqué », résume Philippe Simon, président de Cegedim Insurance Solutions. « Il n'y a qu'en rentrant dans la déclinaison technique de ce projet que l'on découvre la complexité organisationnelle et politique de la gestion du BCAC », ajoute-t-il.

Du côté de la FFA, on affirme suivre « de manière extrêmement attentive » ce dossier. « Nous avons des réunions hebdomadaires avec un groupe de travail de co-assureurs représentants du BCAC pour suivre l'évolution du chantier », indique Alexis Meyer, le directeur des affaires sociales de la FFA. Pour autant, celui-ci se veut rassurant pour l'avenir proche de la gestion du régime. « Si un certain nombre de dysfonctionnements a été constaté début janvier, nous avons reçu des assurances que les moyens nécessaires étaient engagés », indique-t-il.

Un exemple : alors que sa plateforme téléphonique a été saturée au cours du dernier mois, Cegedim a pris récemment la décision de doubler le nombre de téléconseillers afin de faire chuter le nombre d'appels auxquels l'entreprise ne pouvait répondre.

« Notre obsession, c'est que les dysfonctionnements ne durent pas », insiste Philippe Simon, précisant que le BCAC rassemble… une large partie des sociétés déjà clientes chez Cegedim. Dès lors, on comprend mieux pourquoi l'entreprise de technologie met tous les moyens nécessaires afin de ramener la sérénité le plus rapidement possible dans la branche.

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22/02/2019 21h:41

Les salariés acceptant le transfert vers CEGEDIM ont étés intégrés conformément à l’accord prévu soit le 01/01/2019. Donc, je ne comprends le fait d’indiquer qu’il pouvait intégrer CEGEDIM avant cette date!!! Cela faisait au moins un an qu’on entendait parlé de ce changement de gestion. Pourquoi les problèmes liés à la migration n’ont-ils pas été anticipés ? Il aurait fallu faire un transfert automatique des salariés à la place d’un tranfert par application volontaire. Du coup, beaucoup de salariés ont refusé le transfert par choix personnel... Ils ont eu raisons.. Vu la catastrophe... Lamentable...

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22/02/2019 21h:41

Les salariés acceptant le transfert vers CEGEDIM ont étés intégrés conformément à l’accord prevu soit le 01/01/2019. Donc, je ne comprends le fait d’indiquer qu’il pouvait intégrer CEGEDIM avant cette date!!! Cela faisait au moins’un an qu’on entendait parlé de ce changement de gestion. Pourquoi les problèmes liés à la migration n’ont pas été anticipés ? Il aurait fallu faire un transfert automatique des salariés à la place d’un tranfert par application volontaire. Du coup, beaucoup de salariés ont refusés le transfert par choix personnel... Ils ont eu raisons.. Vu la catastrophe... Lamentable...

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