Classement Santé 2019 : des assureurs santé toujours en mouvement

Classement Santé 2019 : des assureurs santé toujours en mouvement
© Myriams-Fotos / Creative Commons

La faible croissance des cotisations de complémentaire maladie et la relative stabilité du Top 30 Santé masquent un marché toujours en ébullition.

Après une année 2017 qui avait vu la hiérarchie bousculée par la constitution de deux géants mutualistes, en l’occurrence les groupes Vyv et Aésio, le podium du Top 30 Santé de L’Argus de l’assurance ne bouge pas. Et le marché global de la complémentaire santé stagne, avec une croissance limitée à 1 % en 2018, selon les chiffres de référence du Fonds CMU. Tant et si bien que, même s’il y a des gagnants et des perdants, l’année écoulée donne une impression de stabilité. Mais elle est trompeuse. Car l’avalanche de réformes (100 % Santé, ACS, lisibilité des garanties, résiliation à tout moment) a pu brider la croissance.

« Les réformes consomment beaucoup d’énergie. Reprendre l’ensemble du portefeuille est coûteux et pas toujours productif », analyse Patricia Delaux, directrice santé et prévoyance collectives d’Axa France. De plus, entre l’ANI de 2016 (généralisation de la complémentaire santé à tous les salariés) et une très structurante réforme du reste à charge zéro en 2020, 2018 ressemble à une année de transition où les grands acteurs fourbissent leurs armes et préparent le coup d’après.

Ainsi, en décembre dernier, Aésio et Macif ont validé le protocole d’accord qui pose les fondations de la création en 2020 d’une Sgam (société de groupe d’assurance mutuelle) diversifiée pesant 8 Md€, dont près de 3 Md€ en complémentaire santé, positionnée potentiellement comme numéro 3 du marché.

Autre fait marquant, le rapprochement mené tambour battant entre Malakoff Médéric et Humanis. Après que le premier fut venu à la rescousse du second, victime d’une forte dégradation de ses résultats et de sa solvabilité, il a donné naissance, au 1er janvier 2019, à un acteur paritaire baptisé provisoirement Malakoff Médéric Humanis (MMH). Avec près de 3,7 Md€ de cotisations santé, il devrait grimper à la deuxième place du Top 30 2020.

Méthodologie

  • Le périmètre retenu est celui de l’activité complémentaire santé en 2018, en France, réalisée par tout type d’organismes (sociétés d’assurance, bancassureurs, mutuelles d’assurance, groupes de protection sociale, mutuelles et unions de mutuelles).
  • Le Top 30 est réalisé sur la base des cotisations de frais de soins, hors taxes (hors couverture maladie universelle et taxe spéciale sur les conventions d’assurances), brutes de réassurance et hors acceptations (affaires directes) arrêtées au 31 décembre 2018.
  • Précisions : le groupe Malakoff Médéric Humanis constitué le 1er janvier 2019 n’a pas souhaité répondre sur la base de ses deux entités mais uniquement en tant que groupe.

 

Les mariages rapportent

Ces opérations engagées l’an dernier auront un effet symbolique : dès le prochain Top 30, les acteurs mutualistes et paritaires vont truster les premières places du classement (en affaires directes). Et encore, après avoir mené à vitesse accélérée leur rapprochement annoncé fin 2017, AG2R La Mondiale et Matmut viennent d’annoncer, à la surprise générale, leur séparation. Le groupe constitué au 1er janvier 2019 aurait pesé plus de 2 Md€ en santé. Axa, qui a longtemps caracolé en tête, va rétrograder et d’autres assureurs risquent aussi de reculer de quelques places. Attention cependant à ne pas interpréter ce recul comme un revers ! Car des trois familles de la profession, c’est parmi les sociétés d’assurance que figurent les plus fortes croissance. « Elles ont repris la main. Nous avons une très bonne dynamique sur tous nos réseaux », note Patricia Delaux. Et, une nouvelle fois, les bancassureurs font carton plein. Au sein de Crédit agricole Assurances (CAA), qui affiche une hausse de 49 % sur le marché des entreprises, Pierre Guillocheau, directeur des assurances collectives, pense pouvoir « maintenir une croissance à deux chiffres pour les prochaines années en s’appuyant sur le modèle de bancassurance ». Mais il parie aussi sur une bonne tenue du marché de l’individuelle, + 11 % l’an dernier grâce au marché des séniors : « Nous croyons à une croissance durable sur cette population qui va augmenter et qu’il ne faut pas délaisser. Les séniors ne sont pas un mauvais risque, contrairement à ce que certains peuvent considérer. »

Si les sociétés d’assurance misent sur la croissance organique, les acteurs non lucratifs se concentrent sur la croissance externe. Les dirigeants de Vyv et d’autres groupes paritaires et mutualistes ne cachent pas mener des démarches actives pour attirer des partenaires. Mais les candidats potentiels se raréfient : à fin 2018, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) a constaté la caducité des agréments de cinq mutuelles substituées, puis de 84 autres en janvier. Le nombre de mutuelles de livre 2 recensées par l’ACPR s’en est trouvé réduit à 328, dont 198 soumises à Solvabilité 2.

Alix Pradère (OpusLine) : « Une sensibilité aux hausses de cotisations »

"Plusieurs facteurs contribuent à l’atonie globale du marché. Je pense qu’il y a tout d’abord un effet du plafonnement des garanties. On constate également une « sensibilité croissante » en individuelle comme en collective, aux hausses de cotisations : certains assurés ou régimes collectifs arbitrent en faveur de garanties inférieures. D’autres facteurs ont pu freiner le développement commercial de certains, tout d’abord il y a la révolution opérationnelle et les démarches de transformation dans lesquelles beaucoup d’acteurs sont mobilisés. D’autre part, il y a la préparation des réformes comme le reste à charge zéro qui mobilise déjà les réseaux commerciaux. Enfin, si le marché de la complémentaire santé stagne, certains acteurs opérateurs se diversifient et réorientent leur développement vers d’autres segments comme la retraite ou la prévoyance ainsi que vers les services."

 

Des fusions à l’horizon

Du coup, le marché est de plus en plus tendu. Tout le monde guette une décision de La Mutuelle générale (LMG), qui a annoncé chercher un nouveau partenaire depuis l’arrêt de son projet de rapprochement avec Malakoff Médéric en 2016. Mais le nom des prétendants de la troisième mutuelle santé française est un secret bien gardé, même s’il a été question, fin 2017, de négociations non exclusives avec AG2R La Mondiale…

À part LMG, le mercato cible plutôt des acteurs hors du Top 30. En 2018, il a concerné une ribambelle de petites et moyennes mutuelles. On peut citer entre autres la fusion de la Mutuelle familiale de la Corse et de la Mutuelle générale de la Corse (MGCorse) au sein de la Mutuelle de la Corse (94 000 assurés pour environ 45 M€ de cotisations).

Beaucoup de mouvements ont également eu pour cadre les groupes de protection sociale. Début 2018, Viasanté, la mutuelle de référence du groupe AG2R La Mondiale, a, par exemple, intégré plusieurs petites mutuelles. Quelques organismes jouent aussi les transfuges, à l’image de l’ex-Mutuelle Audiens, rebaptisée Umen après son divorce avec le groupe paritaire éponyme, qui a rejoint Vyv en début d’année. Dans cet environnement chahuté, les acteurs qui ne cherchent pas d’union font figure d’exceptions. Christian Schmidt de la Brélie, directeur général de Klesia, déclarait récemment à L’Argus que « un quelconque rapprochement n’est pas à l’ordre du jour » d’ici à la fin de son plan triennal 2018-2021. C’est aussi le cas de quelques acteurs de taille moyenne, comme Prévifrance, ou encore La Mutuelle familiale ou Mutuelle bleue, qui réaffirment d’année en année leur stratégie d’indépendance.

Si une dernière leçon peut être tirée de l’exercice écoulé, c’est celle d’un effet modéré de la complémentaire santé à tous les salariés (ANI) entrée en vigueur au 1er janvier 2016 : deux ans après l’échéance, les tableaux du Top 30, tout comme les statistiques de la Drees, l’office statistiques du ministère de la Santé, confirment l’absence de bascule du marché vers la collective. Pour l’avenir, tout l’enjeu sera de savoir si le collectif poursuivra sa montée en puissance. Dominique Nadal, directeur commercial d’Axa France, pense que « la répartition entre individuelle et collective tend à se stabiliser. Mais il reste un potentiel de croissance sur les deux segments, et c’est pour cela que nous voulons marcher sur les deux jambes. »

Testez L'Argus de l'assurance en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Le Magazine

ÉDITION DU 10 juillet 2020

ÉDITION DU 10 juillet 2020 Je consulte

Emploi

SOLUSEARCH.

Animateur Commercial PME H/F

Postuler

Marche de Bretagne

Mandataires Indépendants H/F

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Création d'un Organisme Foncier Solidaire à Mayotte.

Etablissement Public Foncier et Aménagement de Mayotte Deal

12 juillet

976 - EPFA DE MAYOTTE

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Classement Santé 2019 : des assureurs santé toujours en mouvement

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié