Comment les assureurs santé répondent à la pression d'Emmanuel Macron

Comment les assureurs santé répondent à la pression d'Emmanuel Macron
© IAN LANGSDON / AFP

À la demande du président de la République, les organismes complémentaires maladie se sont engagés à des efforts tarifaires.

La crise des « gilets jaunes » et leurs revendications sur le pouvoir d’achat n’épargnent pas les organismes d’assurance maladie complémentaire (Ocam) : jamais un président de la République n’avait, comme Emmanuel Macron l’a fait le 18 décembre 2018, convoqué une vingtaine de dirigeants des principales mutuel­les santé, institutions de prévoyance et compagnies d’assurance pour leur demander de modérer leurs tarifs. En deux jours, les trois fédérations principales de la profession (CTip, FFA, FNMF) ont répondu à la demande pressante d’Emmanuel Macron, s’engageant à un « effort de solidarité exceptionnel ». À ce titre, la principale annonce porte sur les tarifs des contrats de base, dits au « ticket modérateur ». Pour ces offres souscrites par quelque 5 millions de Français, les trois fédérations promettent de « reverser intégralement l’augmentation programmée en 2019, selon des modalités propres à chaque opérateur ».

Des modalités complexes

Un engagement salué par la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, qui le qualifie de « primordial pour limiter les dépenses contraintes des Français », et le chiffre à 70 M€. Rapporté aux 36 Md€ de cotisations encaissées annuellement par les Ocam, cet effort ne paraît pas considérable. Mais cela ne signifie pas qu’il sera facile à atteindre. Ainsi, la FNMF précise que les hausses ayant été votées en assemblée générale il y a plusieurs mois et les appels de cotisations pour 2019 envoyés à l’automne, une nouvelle AG ne sera pas convoquée et des appels de cotisations renvoyés. Une démarche trop lourde et coûteuse. Les adhérents paieront donc la cotisation fixée pour 2019, charge à leur mutuelle de trouver la manière de les rembourser ensuite… Du côté de la FFA, il est aussi question de « reverser » les augmentations, tandis que le CTip parle de les « geler », ces deux fédérations renvoyant, dans des communiqués distincts, les modalités à leurs adhérents.

Plus encore que les difficultés pratiques, une certaine défiance pourrait aussi compromettre l’engagement des fédérations. « Elles n’ont pas les moyens de contraindre leurs membres », s’exclame un dirigeant mutualiste, échaudé par certaines déclarations de la ministre de la Santé. Cette dernière avait, avant la réunion avec Emmanuel Macron, eu connaissance de courriers de mutuelles à leurs adhérents justifiant des hausses tarifaires par la réforme du Rac 0, et accusé les Ocam de « sabotage politique ».

De son côté, Philippe Mixe, président de la Fédération nationale indépendante des mutuelles (Fnim), a, lors d’une conférence de presse le 8 janvier, critiqué une « incantation » et des « vœux pieux » : « Une mutuelle n’est pas aux ordres des pouvoirs publics. Si le Rac 0 entraîne des résultats excédentaires, nos cotisations baisseront ; s’il y a un déséquilibre, elles augmenteront. »

Même ceux prêts à jouer le jeu s’interrogent. « D’accord pour redonner du pouvoir d’achat à nos adhérents, mais il faut faire attention à la manière de procéder », note Maurice Ronat, président d’Aesio. Gare à l’effet psychologique d’un fusil à un coup : si des Ocam puisent dans leurs réserves pour reverser de l’argent à leurs assurés, cela risque d’accréditer encore l’idée selon laquelle ces réserves sont importantes et les Ocam « riches », note-t-il. La hantise de toute une profession, convoquée à nouveau en janvier par Agnès Buzyn pour « travailler à la transparence des frais de gestion ».

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