Coronavirus : le boom de la téléconsultation

 Coronavirus : le boom de la téléconsultation
© FP / Creative Commons

Un décret devait être signé ce lundi 9 mars pour assouplir les conditions d’exercice de la télémédecine.

Un des effets collatéraux de l’épidémie de coronavirus sera-t-il le décollage de la télémédecine ? « Il commence à y avoir une hausse. Notre partenaire MesDocteurs enregistre une progression  des téléconsultations de 40% et nous un peu moins », indique Marianne Binst, directrice générale de la plateforme Santéclair. Et MesDocteurs a aussi renforcé ses effectifs de médecins de manière significative. Il y a quelques jours, Doctolib annonçait également une augmentation du même ordre du nombre de rendez-vous pris en consultation vidéo sur une semaine.

Face aux risques de transmission du Covid-19 et de possible saturation des structures de soins, le ministre des Solidarités et de la Santé a aussi annoncé une mesure exceptionnelle. « J’ai décidé de lever l’obligation de passer (en amont) par son médecin traitant (…) avant la réalisation d’une consultation à distance », a déclaré Olivier Véran dimanche 8 mars, à l’issue d’un conseil de défense consacré au coronavirus.

Nouvelle donne

A l’heure où nous bouclons ces lignes, le décret n’était pas encore publié au Journal officiel. Mais il pourrait changer la donne par rapport à la situation actuelle, où le recours au médecin traitant et l’usage de la vidéo conditionnent le remboursement de la téléconsultation par l’assurance maladie et les organismes complémentaires au même titre qu’une consultation physique dans le cabinet du médecin (obligations prévues par l'avenant N°6 à la convention médicale).

Car pour l’heure, cette téléconsultation qui s’inscrit dans le cadre du parcours de soins coordonnées a connu des débuts plutôt timides : entre septembre 2018, date de mise en œuvre de la téléconsultation remboursée, et fin décembre 2019, l’Assurance maladie comptabilise 138000 téléconsultations facturées, dont 29900 pour le seul mois de décembre.

En parallèle, différentes plateformes de services en santé se sont positionnées sur la téléconsultation avec des prestations hors parcours de soins, intégralement prises en charge par les garanties des seuls contrats de complémentaire santé. Aucune statistique n’existe sur leur activité. Les seules données globales sont fournies par les enquêtes d’opinion : selon une récente étude du cabinet Odoxa pour l’agence du numérique en santé, seuls 6 % des Français et 13 % des médecins ont déjà eu recours à une téléconsultation.

Mais cette dichotomie entre deux dispositifs pourrait être rompue. Outre qu'elle ouvre la téléconsultation à tous les médecins de ville, l'annonce d'Olivier Véran pourrait avoir un autre impact : il ne serait pas exclu d'imaginer que des assurés dont les garanties n'intègrent pas la téléconsultation recourent à une plateforme et se fassent rembourser par l'Assurance maladie et leur complémentaire. L'hypothèse est d'autant plus plausible que les opérateurs de télémédecine sont aujourd’hui associés aux échanges avec les pouvoirs publics, notamment dans la perspective d’un passage prochain du stade 2 au stade 3 de l’épidémie. L’un des enjeux serait notamment de faciliter la délivrance d’arrêts de travail par les plateformes.

Offensive de communication

Autre signe d'effervescence, les plateformes ont intensifié leur communication depuis l’apparition du Covid-19 et communiquent de plus en plus sur le sujet au fur et à mesure de la propagation du virus.

La semaine dernière, Doctolib a annoncé sa décision de « renforcer son engagement contre la propagation du virus en mettant à disposition gratuitement la consultation vidéo pour les médecins de France ». L’entreprise précise qu’elle « financera intégralement les coûts d’équipement, de formation et de gestion de ce service »

Un autre opérateur privé de télémédecine, Hellocare, a également annoncé la mise à disposition gratuite de son logiciel de téléconsultation à disposition des médecins libéraux « pour qu’ils puissent répondre à leurs patients sans courir de risque supplémentaire de contagion ».

Des médecins sceptiques

Cet assouplissement de la téléconsultation est cependant loin de faire l’unanimité chez les professionnels de santé. Lundi 9 mars, le syndicat de médecins MG-France mettait en garde contre une tendance à présenter la téléconsultation comme une « solution miracle pour prendre en charge les patients ». Si elle peut éviter les contacts directs entre patients et soignants, « la téléconsultation effectuée par un praticien qui ne connait pas le patient est dangereuse si le patient n'est pas en état de décrire correctement son histoire, ses antécédents, son traitement en cours, et parfois même les signes cliniques qui l'amènent à consulter », souligne MG France. Et sur Twitter le Dr Frank Chaumeil, vice-président du syndicat de médecins libéraux UFML-S, estimait la téléconsultation inefficace contre le Covid-19 et affirmait que « c’est de masques dont nous avons besoin, pas de webcam ! ».

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