Santé : les complémentaires se convertissent aux médecines douces

Santé : les complémentaires se convertissent aux médecines douces
C.Cat_PA / Getty Images / iStockphoto

Les pionniers ont fait de la prise en charge de médecines alternatives un argument de différenciation. Désormais, la majorité des assureurs proposent une prise en charge en espérant contribuer à la prévention des risques.

L’assureur digital Alan vient d’annoncer qu’il allait rembourser à ses assurés 25 € sur un abonnement à l’application de méditation Petit Bambou. Alan compte ainsi aider « à vivre mieux et en meilleure santé ». L’annonce est anecdotique, mais atteste de l’engouement croissant des complémentaires pour les alternatives à la médecine traditionnelle. « Aujourd’hui, il ne nous viendrait pas à l’idée de proposer une garantie sans inclure les médecines douces », confirme Sophie Chastain-Lopez, directrice clients, développement et innovation d’Eovi MCD. Comme SwissLife, cette mutuelle fait figure de pionnier en proposant de telles garanties depuis une quinzaine d’années.

La Mutuelle familiale d’Île-de-France, elle, rembourse les frais d’ostéopathie depuis 1985 ! La MFIF s’était alors attirée les foudres des médecins. « L’ancien directeur était lui-même convaincu de l’intérêt de la discipline à titre préventif, décrypte Michael Truchassou, actuel directeur. Nos niveaux de garantie varient, et sont, d’une manière générale, supérieurs à ce qui se pratique ailleurs. C’est un argument de différenciation. »

Aujourd’hui, le défi serait plutôt de trouver une complémentaire qui ignore les médecines douces. Même la puissante Mutuelle générale de l’Éducation nationale, connue pour ne pas céder à la surenchère des garanties, s’y est mise il y a trois ans, à l’occasion du lancement de sa nouvelle gamme. Cette dernière intègre une nouvelle prestation « se soigner autrement ». « La mise en place du contrat responsable a contribué au développement des garanties sur les médecines douces : les économies réalisées sur le plafonnement des remboursements des dépassements d’honoraires ont parfois été réallouées à ce poste », relève Anne André, direc­trice générale déléguée du courtier Henner.

Médecines douces, qu’est-ce que c’est ?

Tous les assureurs donnent a priori la même définition des médecines douces – celles qui ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale –, mais pour autant n’incluent pas les mêmes choses dans ce panier de soins. « De notre point de vue, les médecines douces sont les alternatives à la médecine conventionnelle. Mais nous excluons, par exemple, l’étiopathie, car nous estimons que la validation empirique de cette discipline, qui ne dispose pas d’ordre professionnel, n’est pas suffisante », précise Maxime Frossard, directeur technique santé prévoyance au sein de SwissLife France… « Pour déterminer ce qui relève de l’enveloppe “médecines douces”, Allianz observe les tendances et les pratiques, en particulier dans l’accom­pa­gnement médical en milieu hospitalier. Typiquement, la sophrologie étant de plus en plus utilisée dans ce cadre, nous réfléchissons à l’inclure dans le forfait médecines douces », précise Claudine Cadiou, responsable santé direction technique chez Allianz France. La compagnie prend aussi en charge les prestations des ergothérapeutes et des psychomotriciens dans les garanties collectives, voire individuel­les. « C’est notamment un accompa­gnement utile au bien-être au travail, mais aussi dans la vie quotidienne », justifie Claudine Cadiou.

Dans le cadre de leurs travaux de rapprochement, les mutuelles du groupe Aesio ont constaté des définitions très varia­bles. D’ailleurs, les assurés ne s’y retrouvent pas toujours non plus. Malgré ses généreuses garan­ties, la MFIF est régulièrement questionnée par des adhérents qui sont allés consulter un professionnel qui ne figure pas sur leur liste.

En fait, les prestations versées sont le plus souvent liées à l’ostéopathie. « L’ostéopathie repré­sente 85 % des remboursements », confirme Anne André. Cette discipline fait d’ailleurs partie des rares sur lesquelles tous les réseaux ont un peu planché. « Nous informons nos assurés de l’existence d’un réseau Santéclair d’ostéopathes et de chiropracteurs, synonyme à la fois de tarifs négociés et de sérieux, notamment parce que les diplômes sont vérifiés », explique Claudine Cadiou. Au sein de Kalivia, 400 ostéos sont désormais conventionnés, et ce nombre est appelé à croître.

Si l’apport des réseaux reste limité, en dépit de la variété des prestations, de l’appétit grandissant des assurés, et des possibles dérives, c’est sans doute parce que l’enjeu financier est mince. Toutes les complémentaires interrogées livrent un chiffre de l’ordre de 3 % à 4 % du total des prestations. Afin d’éviter tout dérapage, la plupart des complé­mentaires plafonnent le niveau de prise en charge avec un forfait annuel qui oscil­le entre 150 et 200 €.

Attention aux dérives sectaires

Pas réellement encadrées, les thérapies alternatives sont une cible de choix pour les gourous et autres sectes : 40 % des signalements reçus par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) ont trait au domaine de la santé. La Miviludes et la Mutualité française ont lancé des actions de prévention et diffusé des documents d’information pour les adhérents mutualistes par l’intermédiaire des organismes et du site www.prioritesantemutualiste.fr. Parallèlement, plusieurs assureurs évoquent le risque de dérive pour motiver le refus de prise en charge de certaines médecines alternatives.

Des offres adaptées à l’attrait des assurés

La MFIF ou SwissLife continuent de se différencier en proposant des forfaits médecines douces deux fois, voire trois fois plus élevés. Les contrats collectifs sont également plus généreux, car à l’abri des phénomènes d’anti-sélec­tion. Pour autant, SwissLife observe que seul 10 % de ses assurés consomment tout ou partie de l’enveloppe proposée. Même à la MGEN, où un adhérent sur deux bénéficiant d’une enveloppe méde­cine douce (150 € au maximum) la consomme totalement, pour autant le budget de ce poste demeure en deçà des 2 %.

« Les médecines douces constituent un poste de dépenses qu’il faut suivre, mais c’est aussi une source de différenciation et de fidélisation », résume Anne André. « C’est une manière d’apporter une répon­se à nos adhérents en matiè­re de consommation médicale préventive. On a depuis longtemps dépassé l’argument de l’avantage concurrentiel », nuance Sophie Chastain-Lopez.

Bref, les médecines douces relèveraient de la prévention, à l’instar de ces assurés qui ont trouvé chez l’ostéopathe la solution à leur mal de dos chronique. Avec toujours in fine la même question de l’évaluation du service médical rendu. Une préoccupation réelle selon Maxime Frossard : « Nous disposons des données pour déterminer si le recours aux médecines douces est effectivement efficace. Une prochaine étape consistera sans doute à les exploiter pour valider cette hypothèse. »

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