Inondations : alerter, une mission de l'État... et des assureurs

Inondations : alerter, une mission de l'État... et des assureurs
Xavier Malafosse / SIPA Faisant suite à de très importantes précipitations, dans la nuit du 14 au 15 octobre, l’Aude a brutalement débordé de son cours, faisant 14 victimes, dont 6 à Trèbes.

Des inondations meurtrières ont frappé l’Aude et l’Hérault dans la nuit du 14 au 15 octobre. Communes et particuliers ont pu être alertés en amont par leurs assureurs. Un rôle qui se substitue de plus en plus à la mission de service public de Météo France.

Des dommages matériels estimés à 200 M€ par la Fédération française de l’assurance (FFA) et surtout 14 morts : tel est le triste bilan des inondations qui ont touché l’Aude, l’Hérault et les départements voisins dans la nuit du 14 au 15 octobre. Très vite, la question se pose : aurait-on pu éviter ces drames, ou du moins réduire l’impact de cette crue record ? Interrogé sur LCI, le porte-parole du ministère de l’Intérieur pointe « une fragilité au niveau de la vigilance orange [de Météo France] qui est très souvent utilisée et quand il y a un vrai problème, les gens n’en tiennent plus compte ». La vigilance rouge a, elle, été déclenchée à 6 heu­res du matin « trop tard », selon le même porte-parole.

Anticiper

Surtout, la cartographie de Météo France ne permet pas d’anticiper avec précision la survenance d’un phénomène dangereux. « Météo France alerte sur les risques climatiques à l’échelle des départements. La granularité n’est pas assez fine, étant donné que les épisodes cévenols ou méditerranéens sont très localisés », souligne Laurent Boissier, respon­sable mission climat de Gene­rali France. « Les prévisions météorologiques ne permettent pas de dire quelles communes seront précisément touchées. On n’évacue pas 24 heures avant tout un département ! », remarque Alix Roumagnac, président de Predict Services.

Sa société, filiale de Météo France, Airbus Defense&Space et BRL, a développé des outils permet­tant une surveillance « minute par minute » d’un phénomène climatique. Sa cartographie précise à l’échelle des commu­nes permet à ces dernières d’anticiper ces événements et de prendre les mesures qui s’imposent. Une mission de service public qui incombe aux maires : depuis la loi du 13 août 2004 de modernisation de la sécu­rité civile, ils doivent se doter de plans communaux de sau­vegar­de (PCS). Concrètement, ces plans de gestion de crise prévoient l’évacuation des maisons de retraite, des bâtiments commu­naux, la fermeture des voiries inondées ainsi que l’information des populations.

Une obligation qui serait bien souvent restée lettre morte sans l’intervention d’un assureur pour les accompagner. Avec un portefeuille de 18 000 à 20 000 collectivités locales, Groupama a investi ce champ dès 2011. Son partenariat avec Predict a permis, lors des dernières inondations en Occitanie, d’alerter 1 800 commu­nes concernées (soit 70 %). Groupama va plus loin en assistant les communes dans l’élaboration de leurs plans communaux de sauvegarde (PCS). « Nous faisons également un bilan et un retour d’expérience après les événements avec les communes et améliorons si nécessaire leur PCS », explique Frédéric Maisonneuve, responsable métiers IARD entreprises, collectivités, associations chez Groupama.

Le partenariat avec Predict a fait des émules : Axa, Aviva et Generali s’appuient également sur ses services afin d’alerter leurs assurés. 250 000 SMS ont ainsi été envoyés aux particuliers dans la nuit du 14 au 15 octobre.

Le dispositif de Predict a permis de déclencher l’alerte de sécurité maximale à 3 h 42 sur la commu­ne de Trèbes par exemple, alors que l’Aude n’a été placée en vigilance rouge par Météo France que quelques heures plus tard.

Réduire la gravité

Au regard des 14 décès provoqués par ces inondations, l’efficacité de ces dispositifs peut évidemment être améliorée. « Les personnes âgées, notamment, éteignent leur téléphone portable la nuit. Nous suggérons donc l’installation d’un boîtier connecté », explique-t-on chez Predict. Ces alertes ont toutefois permis de réduire la gravité des dommages. « Même s’il est impossible de mettre à l’abri tous les biens dans un laps de temps assez court, dans le cas d’événements violents, nous estimons que prévenir à temps permet de limiter les impacts sur les biens assurés », affirme Jean-Laurent Granier, PDG de Genera­li France.

Si l’envoi de mails et la diffusion de messages sur les réseaux sociaux se généralisent, le recours aux SMS ne fait pas encore l’unanimité. En cause : le coût supporté par les assureurs, mais aussi la volonté de ne pas brouiller le message en multipliant les alertes. Covéa, qui a créé une cellule de veille climatique, expli­que que les inondations dans l’Aude étaient peu anticipables. « Les modèles météorologiques prévoyaient un risque d’orages stationnaires sur le Languedoc Roussillon sans que la loca­lisation et l’intensité des pluies puissent être anticipées avec précision. Toutefois, la veille de l’événement, le signal étant suffisamment fort, des messages ont été envoyés sur les réseaux sociaux », explique Charles Dumartinet, directeur du pôle des risques majeurs de Covéa. Dans le cas d’événements anticipables, comme la tempête Eleanor en janvier ou la crue de la Seine en février, le mutualiste a envoyé des SMS pour avertir ses assurés 24 heures auparavant.

Pour l’heure, il n’existe donc pas de réponse collective de la profession s’adressant à l’ensemble des assurés. Mais ce rôle doit-il incomber aux seuls assureurs ? « Aux États-Unis, en cas de torna­des, la population est alertée en temps réel par les autorités à partir de la géolocalisation du smartphone, qu’elle soit abonnée ou non à ce service », observe Charles Dumartinet. Une piste de réflexion.

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