Classement Auto 2015 : Dans l'enfer de la concurrence

Classement Auto 2015 : Dans l'enfer de la concurrence
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Tendu, concurrentiel et peu rentable, le marché de l’assurance automobile a maintenu en 2014 un poids de forme de 20,1 Md€, en hausse de 2 % par rapport à 2013 (1). Concentrant 78,6 % de ce résultat, les 20 leaders – ou presque – de cette activité ont concilié rigueur technique et agilité commerciale.

Sur la photographie 2015, la majorité des assureurs pour lesquels l’automobile est un produit d’appel hautement stratégique sont à leur place coutumière, à quelques exceptions près. Sur la base des résultats de l’activité 2014, l’entrée de la Banque postale Assurances IARD dans le top 20 de L’Argus, quatre ans à peine après sa création, ou encore le gain d’une place de Sogessur confirment l’assiduité des bancassureurs à investir durablement un créneau qui leur réussit. Sur le podium, l’interversion d’Axa et de la Macif – l’assureur devançant de peu la mutuelle – offre une lecture de l’arbitrage de plus en plus fin que les compagnies doivent opérer entre croissance de leur portefeuille, hausse du chiffre d’affaires et excellence technique. Jongler entre effet de taille, performance commerciale et « profits » est devenu aussi gymnastique que périlleux. Estimé en moyenne à 106% (1) l’an dernier, le ratio combiné du secteur pose d’ailleurs question. Thierry Derez, président de Covéa, exprime son incrédulité face à un chiffre « qui ne colle pas » : un tel ratio aurait fait trébucher nombre d’acteurs.

Verrouiller le portefeuille avant la tempête

En tout cas, c’est bien la vigilance qui a primé en 2014. Tous les acteurs du top 20 ont été confrontés à une sinistralité routière repartie à la hausse (+3,5% de blessés et +2,4% d’accidents corporels (2)) avec, en sus, des montants d’indemnisation croissants. Sur le plan climatique, 35 épisodes onéreux représentent le même coût que la tempête Quinten (3). Mutuelles sans intermédiaires, assureurs et bancassureurs ont donc arbitré en faveur du renforcement de la sélectivité de leur portefeuille, en veillant à son équilibre entre les différents types de conducteurs et de véhicules. Avec un solde de contrats négatif, Generali, Groupama, Matmut et Suravanir Assurances en ont payé le prix, en plus de celui d’une compétition qui s’est durcie. Car les spécialistes de l’assurance auto n’ont pas attendu la promulgation, début 2015, de la loi Hamon pour multiplier les actions de conquête et de fidélisation. Objectif : le multiéquipement.

Ainsi, en arrière-plan d’une photo de famille quasi inchangée, nombre d’éléments structurels (vieillissement du parc (4), chute du pouvoir d’achat…) et conjoncturels (taux en berne…) laissent entrevoir bien des turbulences.

1. Source AFA.
2. Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONIS R).
3. Tempête hivernale qui s’est abattue sur une large moitié Nord de la France entre les 9 et 10 février 2009.
4. Dont l’âge moyen est de 8,7 ans.

NC : non communiqué.
1. Hors flottes, hors deux-roues ;
2. Les montants 2013 ont été recalculés par rapport à l’édition de 2014 du fait d’un changement de périmètre ;
3. Nombre de contrats repris du communiqué de presse des résultats du groupe en mai 2015 sur le périmètre du contrat d’assurance auto Vam ;
4. Hors ACMN IARD ;
5. Périmètre : réseau Caisses d’épargne ;
6. Périmètre : réseau Banques populaires ;
7. Chiffre d’affaires hors assistance ;
8. Périmètre : Natio assurance, société détenue à part égale avec Axa.

Méthodologie

  • Pour réaliser ce top 20, L’Argus a adressé un questionnaire aux vingt-cinq principaux acteurs intervenant sur le marché de l’assurance auto des particuliers. Vingt et un ont répondu.
  • Le classement est établi sur la base du chiffre d’affaires réalisé en France en 2014.
  • Des différences peuvent apparaître dans les montants de 2013 par rapport à ceux de l’édition de 2014, selon qu’ils sont exprimés HT ou TTC.
  • N’ayant pas répondu dans les délais, Aréas Assurances est absent du classement cette année, alors qu’il figurait au 16e rang dans l’édition 2014.

En quête du juste prix

Dans l’auto, tarifer un client exige un travail de modélisation du coût réel des risques. Un art actuariel contraint de se fondre dans un calibrage ténu, puisque les amplitudes tarifaires ne sont culturellement pas admises en France. D’où l’adoption d’une politique de «lissage», calquée sur l’inflation. L’an dernier, entre gel tarifaire (Maaf, Maif, Matmut...) et légère augmentation due à la sinistralité et aux contraintes réglementaires, les assureurs ont eu peu de marges de manœuvre. Le juste prix ? «Une notion impossible» pour Thierry Derez, président de Covéa, en raison du cycle économique inversé de l’assurance, «le principe même de mutualisation en évacue la potentialité». Pour contenir l’inévitable correction technique à la hausse, les assureurs devront abuser de la prévention, continuer à alléger leurs garanties et à affiner leur gestion.

Fidéliser les assurés

Face à la loi Hamon, qui promet une accélération des résiliations avec un taux moyen estimé à 18 % (1) en 2018 contre 15 % aujourd’hui, et confrontés à des taux de chargement de clients (commissions, frais de gestion...)d’environ 30 % et croissants, les assureurs multiplient les actions marketing pour stabiliser leur portefeuille : prime unique, bonus à vie, franchises dégressives, augmentation du plafond de remboursement, avantage jeunes conducteurs vertueux ou assurés multiéquipés, révision annuelle des contrats...

1. Source Eurogroup Consulting.

L’offensive des bancassureurs

À force de monter dans le classement, la petite famille de la bancassurance a presque tout d’une grande. Entamée il y a cinq ans, son offensive s’amplifie. La souscription de 180 000 contrats Auto2015 par le groupe des Assurances du Crédit mutuel entre le lancement de son offre en avril et le bilan semestriel de juin fait preuve. La filiale de CM11 insiste sur « une production historique ». Assureurs et mutuelles résistent avec des produits simplifiés et des gammes revues, des outils de conquête et l’expertise de leur force de vente.

COVEA : 3 399 M€ de CA auto en 2014

Le mastodonte du secteur poursuit sa croissance dans l’auto avec une progression de 3,6 % de son chiffre d’affaires harmonieusement répartie entre ses trois marques Maaf (+ 3 %, avec 3,9 millions de véhicules), MMA (+ 1,1 % à 3,3) et GMF (+1,6 % à 3,1). L’équilibre est la ligne de conduite de Covéa pour sa plus importante branche, qui représente 22 % des résultats globaux du groupe, vie comprise.

"La dynamique dans la gestion de nos portefeuilles auto s’est démontrée en 2014. Notre politique s’adapte à chaque marque, avec pour seul souci l’équilibre, en vertu d’un paramètre clé : la sinistralité constatée et estimée. Nos conditions tarifaires, mesurées, en dépendent."
Thierry Derez, président de Covéa

AXA : 1 792 M€ de CA auto en 2014

La firme damne le pion à la Macif à 4 M€ de chiffre près. Axa progresse de 2,6% en ayant légèrement majoré ses tarifs et, surtout, enregistré une croissance nette de ses contrats auto. Avec 19 000 affaires nouvelles (22,2% de plus que la Macif, au portefeuille pourtant un quart plus fourni), l’entreprise s’impose à la deuxième place. Dans l’absolu, ces nouveaux entrants représentent 0,5 % de sa clientèle auto.

"L’année 2014 a démontré le dynamisme commercial de nos réseaux dans un contexte de transformation forte du marché automobile, avec notamment la mise en oeuvre du multiaccès. Ces résultats illustrent notre capacité à accompagner les nouveaux comportements de nos clients."
Delphine Maisonneuve, directrice du marché IARD particuliers d’Axa France

MACIF : 1 788 M€ de CA auto en 2014

La mutuelle perd sa place au profit d’Axa, mais enregistre tout de même une croissance de 1,4% en restant le second poids lourd de l’auto en nombre de contrats (plus de 5 millions de sociétaires !). D’ailleurs, la Macif en gagne près de 15 000 supplémentaires, signe d’une saine stratégie au long cours dans un groupe dont l’auto est la spécialité.

"Notre positionnement fait ressortir une bonne compétitivité tarifaire au regard du nombre de risques ramené à l’encaissement. C’est un élément très encourageant pour l’avenir, qui fait de nous le premier assureur auto en marque unique. La rentabilité et les grands équilibres sont aussi fondamentaux que le développement."
Jean-Philippe Dogneton, directeur du pôle IARD du groupe Macif

GROUPAMA : 1 475 M€ de CA auto en 2014

Après un repli de 1,4 % en 2013, le groupe mutualiste voit encore son chiffre d’affaires auto reculer légèrement de 0,7 % en auto, avec 47 510 contrats évaporés, soit 1,25 % de son portefeuille. C’est la conséquence d’une politique assumée de développement rentable (projet 4 AS adopté en 2013), qui pousse Groupama à se montrer hypersélectif. Chaque tarif doit être positionné au juste niveau de la classe de risques des clients.

"Pour un assureur généraliste de notre taille, le réglage des curseurs s’opère sur plusieurs années. Nous sommes satisfaits de conserver notre rang dans un marché atone et visons une hausse prochaine de notre chiffre d’affaires grâce à une meilleure maîtrise de nos taux de sorties et une distribution multicanal."
Norbert Bontemps, directeur assurances des particuliers de Groupama SA

MAIF : 1 442 M€ de CA auto en 2014

Explosion du chiffre d’affaires pour la mutuelle, qui dépasse 1,4 Md€ en accueillant plus de 22 000 nouveaux contrats. Au regard du poids de l’automobile dans le groupe (60 % du chiffre d’affaires dommages et 38 % en intégrant l’assurance de personnes), la Maif jouit du succès d’une politique commerciale axée sur l’affinitaire, le gel tarifaire et le multiéquipement (80 % de ses 3 millions de sociétaires ont, au moins, un contrat d’assurance auto Vam).

"Nous faisons évoluer nos produits tous les deux ans en incluant de nouveaux niveaux de franchises, de garanties et d’options plutôt que de refondre notre formule tous les quatre ans. En janvier 2016, nous sortirons une offre qui fera l’addition entre les nouveaux usages et le digital."
Thierry Couret, directeur délégué de la Maif

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