Encourager le financement de l'économie

Alors que les intermédiaires favorisent les produits à faible risque, le président de l'Autorité des marchés financiers, proche de François Hollande, défend l'idée d'une plus grande cohérence de la politique fiscale de l'épargne.

Une fois de plus, la cagnotte des Français était au centre des exposés et débats du colloque académique de l'Autorité de contrôle prudentiel (ACP) et de l'Autorité des marchés financiers (AMF), qui s'est tenu le 11 mai. Le régulateur tire la sonnette d'alarme. S'il n'a pas vocation à intervenir dans l'allocation de l'épargne des ménages, il s'inquiète des multiples facteurs qui la détournent du financement de la croissance à long terme de la France. Les deux crises financières de 2008 et 2011 ont profondément modifié le comportement des épargnants. Les Français sont peu friands d'actions par nature, mais leur méfiance envers cette classe d'actifs s'est nettement accrue après la faillite de Lehmann Brothers en 2008 et la crise de la dette grecque de 2011.

Des clients très prudents

Si, en 2004, 26% des ménages déclaraient détenir des valeurs mobilières (actions, obligations), ils n'étaient plus que 17% fin 2011, a souligné la directrice des relations avec les épargnants à l'AMF, Natalie Lemaire. Comment expliquer ce phénomène ? Si la hausse de la fiscalité sur les actions n'y est pas étrangère, les Français n'ont surtout plus confiance dans l'efficience des marchés. « Le mythe selon lequel le risque est toujours rémunéré à long terme a explosé en vol », a déclaré Olivier Davanne, président de DPA Invest. Ce repli sur des placements sans risque s'accompagne aussi d'une toute récente désaffection à l'égard de l'assurance vie.

Philippe Trainar, directeur des risques chez Scor et membre du conseil scientifique de l'ACP, l'explique par plusieurs facteurs. Tout d'abord, l'alignement progressif de la fiscalité de l'assurance vie sur le droit commun, alors que les montants sont bloqués pour huit ans. Ensuite, le souhait de ne pas concentrer des capitaux trop importants auprès d'une seule compagnie. Enfin, l'orientation des épargnants vers l'épargne bancaire au détriment de l'assurance vie et des produits risqués - que démontrent les « visites mystère » menées par l'AMF - est accentuée par les nouvelles normes prudentielles. « La réglementation Solvabilité 2 est susceptible de réduire l'intérêt pour les banques de détenir une compagnie d'assurances et la volonté subséquente de proposer des produits bancaires concurrents », a ajouté Philippe Trainar.

Des conseillers trop frileux

On peut aussi interpréter cette tendance des intermédiaires à commercialiser principalement des produits à faible risque comme une manière de se mettre à l'abri des contentieux. Reste que cela s'effectue « indépendamment des besoins réels des clients et de leur appétit de risque », rappelle le président de l'AMF, Jean-Pierre Jouyet. Avant d'ajouter : « Si de telles évolutions étaient constatées, cela signifierait que nous avons échoué dans notre mission de régulation. D'une part, parce que les épargnants ne bénéficieraient pas des rendements auxquels ils auraient pu prétendre et, d'autre part, parce que notre économie tout entière ne bénéficierait pas des ressources de long terme nécessaires à sa croissance. » Ce proche du nouveau président François Hollande a plaidé pour une politique fiscale de l'épargne moins morcelée et plus cohérente par rapport aux priorités de financement de l'économie.

Testez L'Argus de l'assurance en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Le Magazine

ÉDITION DU 23 avril 2021

ÉDITION DU 23 avril 2021 Je consulte

Emploi

Cabinet DAUBRIAC ET LETRON

Gestionnaire Sinistres H/F

Postuler

Futur Associé H/F

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Encourager le financement de l'économie

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié