«L’analyse salivaire aidera à détecter un plus grand nombrede conducteurs sous l’influence de stupéfiants»

«L’analyse salivaire aidera à détecter un plus grand nombrede conducteurs sous l’influence de stupéfiants»
DR Dr Marc Deveaux, directeur général du laboratoire Toxlab, expert en toxicologie près de la cour d’appel de Paris et agréé par la Cour de cassation

Interview du Dr. Marc Deveaux, directeur général du laboratoire Toxlab, expert en toxicologie près de la cour d’appel de Paris et agréé par la Cour de cassation, par Jérôme Speroni

Votre structure, Toxlab, est spécialisée dans les analyses toxicologiques, et notamment dans les analyses sanguines des conducteurs poursuivis devant les tribunaux pour conduite sous stupéfiants. Pouvez-vous nous chiffrer le nombre de cas recensés sur une année ?

Il convient tout d’abord de préciser que les analyses sanguines que nous effectuons sont représentatives d’une partie du territoire de la région Île-de-France. Nous traitons en moyenne 400 dossiers par mois, dans le cadre de demandes émanant des forces de police et de gendarmerie, soit à la suite d’un contrôle routier, soit dans le cadre d’une enquête après un accident de la circulation. Trois critères sont susceptibles de déclencher la demande d’analyse : le dépistage salivaire positif (le dépistage urinaire n’est plus pratiqué), la déclaration spontanée de consommation de stupéfiant par le conducteur ou la suspicion de consommation par les forces de l’ordre. Ce sera le cas lorsqu’un produit stupéfiant est retrouvé dans le véhicule. Sur ces 400 dossiers mensuels, plus des trois quarts des analyses sanguines sont positives.

Que pouvez-vous nous dire sur la fiabilité des analyses ?

Si le laboratoire de toxicologie (et c’est le cas du laboratoire Toxlab) est accrédité selon la norme de qualité Iso 17025 pour les dosages de stupéfiants dans le sang (1), il n’y a aucun problème de fiabilité des résultats. Cette accréditation contraint à l’utilisation de certains équipements spécifiques à même de garantir la qualité des analyses (chromatographie couplée à la spectrométrie de masse) ; son obtention et son renouvellement annuel sont très exigeants et coûteux. Or, en France elle n’est à l’heure actuelle en rien obligatoire pour effectuer ce type d’analyse. C’est une faille, il faudrait que tous les laboratoires requis pour ces analyses soient accrédités. D’une façon plus générale, le ministère de la Justice à la volonté d’aller dans ce sens, même s’il s’agit d’un dossier complexe en raison de la diversité des disciplines des experts, tous domaines confondus.

Quels types de produits se retrouvent dans ces analyses ?

Par ordre d’importance, les substances le plus souvent retrouvées sont le cannabis (THC), la cocaïne, les amphétamines et les opiacés (héroïne, morphine, codéine). Il faut préciser que certains opiacés sont des médicaments licites utilisés contre la douleur ou la toux. Ces quatre familles de stupéfiants font l’objet d’une recherche obligatoire. Les métho­des de dosages des stupéfiants dans le sang sont sensibles et spécifiques, et permettent de détecter et de doser chaque produit. En pratique, essentiellement pour des raisons de coûts, nous constatons que, depuis deux à trois ans, les demandes d’analyses sont généralement restreintes à un seul type de produit (ce qui n’est pas strictement conforme aux textes réglementaires), celui qui a été détecté positif dans la salive. Or, il existe des détections salivaires faussement négatives et d’autres faussement positives. Certains produits passent donc nécessairement entre les mailles du filet. Par exemple les cannabinoïdes de synthèse ne sont pas détectés lors d’une recherche de cannabinoides « naturels ». C’est aussi le cas pour les Nouveaux Produits de Synthèse (NPS), comme la méphédrone, interdite en France depuis juin 2011.

Pouvez-vous détailler les effets par type de produits ?

La conduite sous l’influence de drogues est dangereuse parce que ces produits psychotropes modifient les perceptions et les attitudes du consommateur au volant.

Sous l’influence du cannabis, le comportement d’un conducteur de véhicule est modifié : perturbations notables de la vision et de la perception des couleurs, mauvaise appréciation des distances, augmentation des temps de réaction. Les amphétamines (une quinzaine de substances à ce jour que l’on retrouve sous l’appellation d’ecstasy dont amphétamine, méthamphétamine, MDMA, MDA, MDEA, MBDB…) peuvent générer un comportement irrationnel et inciter à une prise de risques. En raison de la diminution de l’acuité visuelle, le risque d’éblouissement est très important. La cocaïne crée un état d’euphorie, augmente la confiance en soi et incite à surestimer ses capacités. Quant à l’héroïne, elle entraÎne la perte de l’attention, des réflexes et de la conscience des dangers et des obstacles, une somnolence, une diminution de la vision.

La présence dans l’organisme est-elle nécessairement synonyme d’effets ?

L’intensité de l’effet est liée à la concentration dans le sang, mais la seule présence dans le sang est synonyme d’effets. La consultation de la littérature scientifique permet à ce jour d’établir un seuil de dangerosité potentielle à une concentration de THC de 1 ng/mL dans le sang total. Le coefficient multiplicateur de risques au volant a été estimé à 3,3 s’il y a consommation de cannabis. Il est de 14 s’il y a en même temps consommation de cannabis et d’alcool.

Combien faut-il de temps au corps humain pour évacuer les traces de stupéfiant ?

La question se pose surtout pour le THC, principe psycho-actif du cannabis. On ne peut pas scientifiquement préciser le délai exact écoulé depuis la dernière consommation, ni la quantité exactement consommée. L’interprétation de la concentration de THC doit faire intervenir le délai entre les faits ou l’interception, et le prélèvement. Il nous est parfois demandé d’interpréter les résultats en tant qu’expert lorsque les affaires l’exigent. Cela nécessite une expertise spécifique.

Sur le plan méthodologique, le recours à la prise de sang est-t-elle la norme ? D’autres méthodes sont-elles envisagées ?

À l’heure actuelle, une étude est pilotée par la Mildeca (2) et réalisée par le ministère de l’Intérieur (police et gendarmerie) pour évaluer la pertinence de pratiquer directement une analyse salivaire alors que cette technique est cantonnée au dépistage. L’étude devrait être concluante, et elle a aussi vocation à roder les forces de l’ordre de police et de gendarmerie avant sa généralisation après modification des textes réglementaires. Le laboratoire Toxlab est d’ailleurs déjà prêt et notre méthode de dosage validée. Sur un plan économique, l’analyse salivaire effectuée sans passer par l’analyse sanguine devrait être au total moins coûteuse, plus rapide et permettra de multiplier les contrôles. Nul doute que son déploiement aidera à détecter un plus grand nombre de conducteurs sous l’influence de stupéfiants. Ce sera sans doute autant de vies préservées : aujourd’hui, environ 25 % des conducteurs impliqués dans des accidents mortels sont contrôlés positifs au cannabis. Plus il y aura de dépistage, moins il devrait y avoir d’accidents. Le passage à l’analyse de la salive est une étape importante, mais on pourrait même envisager dans le futur une analyse directe de l’air expiré.

1. ISO/CEI 17025-2005 est une norme internationale qui spécifie les « exigences générales concernant la compétence des laboratoires d’étalonnages et d’essais ».
2. Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives.

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