Assurance vie : le Luxembourg ne fait pas de miracle

Assurance vie : le Luxembourg ne fait pas de miracle
Kirchberg, au Luxembourg, est le cœur de la place bancaire et financière internationale... là où toutes les transactions s’effectuent?!

L’assurance vie luxembourgeoise fait parler d’elle à chaque événement économique ou politique fort. Loin d’être un Eldorado, ses atouts en matière de gestion financière continuent de séduire les épargnants français et les assureurs.

«Ni repli ni explosion » sur le marché de l’assurance vie luxembourgeoise, constate Marc Hengen, administrateur-délégué de l’Association des compa­gnies d’assurances et de réassurances (ACA) du Grand-Duché de Luxembourg. Pourtant, le Grand-Duché s’est retrouvé, de nouveau, sous le feu des projecteurs à la faveur du débat électoral sur la sortie de l’Euro et de la nouvelle réglementation concernant le blocage sectoriel des rachats des contrats d’assurance vie. « Les élections et la loi Sapin 2 ont généré beaucoup de questions de la part de nos clients », confirme Corinne Calendini, direc­trice d’Axa Wealth management (lire interview, p. 34). Le phénomène n’est pas nouveau. À chaque soubresaut politique ou économique – crises de 2008, des dettes souverai­nes… –, le Luxembourg fait figu­re de valeur refuge, avec un systè­me politique stable et de la possibilité de souscrire dans plusieurs devises. Et cela surtout pour les épargnants français. En 2016, ces derniers représentaient 31 % des montants souscrits au Grand-Duché. Mais dans les faits, le Luxembourg enregistre des tendances similaires à l’Hexagone.

Un marché, en légère baisse

Sur le marché international en Libre prestation de services (LPS), le pays affiche une collecte en baisse de 5 % en 2016 à 18,6 Md€ contre 19,8 Md€ en 2015 et 21,6 Md€ en 2014. « Il y a un léger retrait de la collecte en 2016 qui correspond à une infle­xion des opérateurs du marché sur les fonds garantis. Cette straté­gie est notamment impulsée par les maisons mères françaises qui cherchent à freiner leur collecte en euros », décrypte Fabrice Sauvi­gnon, directeur général de La Mondiale Europartner, la compa­gnie luxembourgeoise d’AG2R La Mondiale.

Les assureurs filiales de groupes français sont, en effet, les plus gros producteurs d’assurance vie au Luxembourg, avec La Mondiale Europartner qui affiche un encours en 2016 de 13,1 Md€ et 2,1 Md€ de collecte, mais aussi Cardif Lux Vie (CA de 2,3 Md€ en 2016), Allianz Life Luxembourg, ou encore Sogelife. Et comme en France, la tendance est à freiner la collecte sur les fonds euros qui souffrent d’une baisse des rendements (lire interview). D’autant que ces fonds, le plus souvent réassurés par les maisons mères françaises, doivent intégrer le coût de la réassurance, grevant un peu plus la performance.

Des contrats exempts de nationalité ?

Ce mécanisme pose d’ailleurs question quant à l’application de la loi Sapin 2 aux contrats d’assuran­ce vie luxembourgeois. Adopté à l’automne 2016, le texte ouvre la possibilité au Haut conseil de stabilité financière (HCSF) de « suspendre, retarder ou limiter, pour tout ou partie du portefeuille, le paiement des valeurs de rachat, la faculté d’arbi­trages ou le versement d’avances sur contrat » pour les contrats d’assurance vie en cas de menace majeure sur le système financier, en particulier, la remon­tée brutale des taux d’intérêt. Les épargnants pourraient-ils y échapper en souscrivant de l’autre côté de la frontière ? Rien n’est moins sûr. « On estime que la loi Sapin 2 s’appliquera au Luxembourg si les actifs en euros sont français ou s’ils sont réassurés en France », avance Olivier Grenon-Andrieu, président d’Equance, société de conseil en gestion privée internationale. Du côté du Luxembourg, le discours est plus nuancé. « La loi Sapin 2 a un rayon limité au territoire français. Cette loi ne s’applique pas aux entreprises luxembourgeoises, mais cela peut aussi dépen­dre des engagements liant l’entreprise à sa maison mère française et à son réassureur », analyse Marc Hengen, administrateur-délégué de l’Association des compagnies d’assurances et de réassurances du Grand-Duché de Luxembourg.

Qu’en pense l’EIOPA ?

Y aurait-il une zone de flou ? « L’Eiopa est consciente des questions soulevées par la loi Sapin 2 et s’est engagée dans un mécanisme de résolution commune des risques, car si une telle situation de taux nécessitait un blocage des contrats d’assurance vie, les conséquences concerneraient toute l’Europe et pas uniquement la France », tranche Fabrice Sauvi­gnon. Reste que malgré l’appétence de la clientèle aisée pour la sécurisation de son épargne, le fonds général n’est pas l’atout majeur du Grand-Duché, spécialiste des unités de compte. « Le Luxembourg s’inscrit clairement dans la stratégie du groupe AG2R La Mondiale. Nous souhaitons freiner la collecte sur les fonds en euros et les contrats luxembourgeois sont un atout pour rebondir et développer les unités de compte », explique Jean-Marc Crestani, membre du comi­té exécutif en charge de l’épargne et de la clientèle patrimoniale, des projets et de l’organisation, d’AG2R La Mondiale.

Au premier trimestre 2017, les produits vie en unités de compte ont progressé de 26,92 % au Grand-Duché dont le marché affiche au global une remontée de 5,14 % des primes encaissées (par rapport au premier trimestre 2016), selon le Commissariat aux assurances, le gendarme luxembourgeois. Une remontée que confirme la compagnie locale IWI (groupe Foyer). « Depuis le début de l’année, notre collecte est en progression du fait de

l’essor de nouveaux marchés mais aussi de l’incertitude créée par les échéances électorales dans les différentes juridictions dans lesquelles nous sommes actifs », expli­que Maël Toledano, res­pon­sable du marché France pour IWI. En effet, avec une gestion financière sophistiquée, le Luxembourg reste un outil clé dans les stratégies de gestion de patrimoine d’une certaine clientèle. Le pays vise les clients mobi­les et aisés. Le ticket d’entrée moyen se situe autour de 250 000 € et donne accès aux fonds internes dédiés, spécialités du marché du Grand-Duché (voir encadré p. 34). Et la démocratisation des contrats ne semble pas au rendez-vous, plusieurs assureurs comme La Mondiale Europartner ayant récemment remonté leur plafond. Essentiellement proposés par les banques privées et les family offi­ce, ces contrats intéres­sent aussi certains intermédiaires cherchant davantage de souscripteurs en unités de compte. Pour certains, c’est un outil supplémentaire (voir ci-contre), pour d’autres une vraie stratégie. Et pour les assureurs, qui ciblent de plus en plus la clientèle haut de gamme, le Luxembourg est un atout. Ainsi, deux poids lourds du marché français s’y sont implantés en 2016 : Axa Wealth Europe et CNP Luxembourg.

Des atouts qui ont même conduit le Sénat à pointer du doigt, dans son rapport de juin 2017 sur la compétitivité des places financières, les freins du marché français face à la concurrence luxembourgeoise. La chambre haute estime « indispensable d’engager une concertation entre les pouvoirs publics et les assureurs afin de remédier aux faiblesses actuel­les du code des assurances ». Pourtant, nuance Corinne Calendini, « la souplesse financière est un avantage au Luxembourg, mais on fait beaucoup plus de choses en France aujourd’hui qu’il y a dix ans même s’il reste des points juridiques à clarifier sur les Français souscrivant au Luxembourg ». Avec 163,5 Md€ de provisions techniques (à fin mars 2017), le Luxembourg n’est pas l’Eldorado qui lorgne sur le 1 600 Md€ de l’assurance vie française, mais bien un outil supplémen­taire des assureurs et gestionnaires de patrimoine français.

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