[DOSSIER] La gestion d’actifs passe petit à petit au vert 1/2

La gestion d’actifs passe petit à petit au vert

La gestion d’actifs passe petit à petit au vert

Lors du One Planet Summit, organisé par l’Élysée le 12 décembre dernier, les assureurs ont renouvelé leurs engagements en faveur de la transition écologique. Agir pour le climatn’est plus considéré comme une contrainte mais comme un facteur de performance à long terme.

Deux ans après la Cop21, que reste-t-il de l’accord de Paris ? Pour que le réchauffement climatique soit limité à 2 °C, les États ont appelé le secteur de la finance à se mobiliser. C’est ainsi qu’a été organisé, le 12 décembre dernier, à l’initiative d’Emmanuel Macron, le One Planet Summit.

À la tribune, Thomas Buberl, DG d’Axa, a affirmé que l’assureur allait accélérer sa sortie du charbon : 2,4 Md€ seront désinvestis d’ici à 2020, soit cinq fois plus que l’objectif affiché en 2015. Allianz, Scor et Swiss Re ont, eux, déjà banni les investissements dans les entreprises tirant plus de 30 % de leurs revenus (ou de leur mix énergétique) du charbon. Mais Axa s’engage surtout à ne plus financer des entreprises développant de nouvelles centrales à charbon. Ce geste fort entraîne toute la profession. La Fédération française de l’assurance (FFA) a d’ailleurs pris acte de la volonté de ses membres de ne plus financer de nouvelles capacités dans cette industrie.

Effet de mode…

Pour autant, « pour faire de la finan­ce responsable, il ne suffit pas d’exclure de manière brutale tel ou tel pan de l’économie », remar­que David Simon, membre du comité exécutif en charge des finances, des investissements et des risques d’AG2R La Mondiale, dont la société de gestion a développé ses premiers fonds ISR (investissement socialement respon­sable) il y a plus de dix ans. Mais le groupe de protection socia­le est loin d’être le seul à s’être attelé à ce sujet. Plus largement, les assureurs sont les premiers financeurs responsables dans l’Hexagone, avec 465 Md€ d’actifs ISR sous gestion. Et ce n’est qu’un début. En septembre dernier, Christiana Figueres, ancienne secrétaire de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, a exhor­té les investisseurs institutionnels à aller plus loin et à inves­tir 1 % de leurs actifs dans les énergies vertes. Axa se déclare même encore plus ambitieux, se fixant l’objectif de 2 % de ses actifs sous gestion pour compte propre à horizon 2020.

Est-ce juste une question d’image ? « Il y a un enjeu de commu­nication tant auprès du grand public que des investisseurs sur les marchés financiers pour les assureurs cotés », concède Laurence Tortosa, associée chez Hexagone Conseil, cabinet de conseil en gestion d’actifs. Toutefois, l’ISR ne se résume plus aujourd’hui à un coup de tampon. « Depuis dix-huit mois, l’ISR sort de son ghetto. Ce n’est pas qu’une question d’image, c’est aussi une façon d’incarner la personne prudente de la directive Solvabilité 2 », analyse Philippe Brossard, directeur de l’ISR chez AG2R La Mondiale. Il y a donc un enjeu réglementaire. Mais pas seulement. Auparavant considéré comme une contrainte supplé­mentaire, le fait d’investir dans des actifs verts rime aussi, désormais, avec une meilleure performance financière à long terme.

Ou investissement sincère ?

« La perception du rapport risque / rendement a changé. Demain, la valorisation d’un énergéticien qui n’est pas transparent sur la génération d’énergies fossiles va baisser, car il aura des difficultés à se financer », explique Matthias Seewald, membre du Comex en charge des investissements d’Allianz France. « Il y a aujourd’hui un alignement entre une volonté politique, une volonté populaire et une possi­bilité d’investissement. Les indus­tries vertes sont devenues viables économiquement : le photo­voltaïque ou les éoliennes permettent d’investir avec une rentabilité correcte (sans subventions) », ajoute Sophie Elkrief, directrice des investissements et des placements de la Maif. Les pratiques restent toutefois hétérogènes, selon la taille des acteurs et de leurs portefeuilles (voire pages suivantes). Investir dans les énergies renouvelables requiert les capitaux nécessaires, car les tickets d’entrée sont élevés. Sur le plan pruden­tiel, ces investissements se révèlent attractifs pour des compagnies utili­sant des modè­les internes comme Axa et Allianz, en raison de l’effet de la diversifi­cation. Pour ceux qui utilisent la formule standard de Solvabilité 2, la Commis­sion européenne envisage des « incitations » prudentielles à investir dans des actifs verts ou durables. Un plan d’action doit être présenté, en ce sens, au second trimestre 2018.

Si les assureurs sont de plus en plus nombreux à prendre en compte les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouver­nance) Climat dans leurs choix d’investissement – c’est le cas pour plus de la moitié des actifs selon une enquête de la FFA et du cabinet de conseil en transition environnementale I Care & Consult –, les efforts doivent être poursuivis afin que ces derniers s’installent dans les pratiques. La FFA plaide pour une plus grande appropriation de ces critères par la gouvernance des sociétés d’assurance ainsi que le dévelop­pement d’expertises en interne.

Changer les priorités

Reste également à convaincre les épargnants. La FFA s’est engagée, au nom de ses membres, à propo­ser d’ici à fin 2018, pour toute nouvelle souscription d’un contrat d’assurance vie, un support en unités de compte béné­ficiant d’un label à caractère ESG et/ou climat (comme le label ISR créé par Bercy en 2015). L’enjeu sera de rendre ces produits lisi­bles vis-à-vis du grand public. Selon une étude d’Aviva France, 62 % des épargnants considèrent les placements éthiques et responsables comme « importants », mais seuls 9 % d’entre eux déclarent en avoir une idée précise. Il y a encore du chemin à faire.

Des progrès à faire sur le reporting

C’est une première dont la France peut s’enorgueillir. Depuis un an, près de 840 investisseurs institutionnels – sociétés d’assurance, sociétés d’assurance mutuelle, mutuelles, institutions de retraite et de prévoyance – sont tenus d’établir un reporting sur la prise en compte des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) dans leur politique d’investissement. Pour 60 d’entre eux gérant plus de 500 M€ d’actifs, ce document doit mentionner la prise en compte des risques climat et leur contribution au financement de la transition écologique et énergétique. Instaurées par l’article 173 de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte (TEE), ces obligations relèvent d’une « démarche à l’anglo-saxonne. Il s’agit de soft law : aucun objectif ne nous est imposé, nous devons décrire nos pratiques de façon à ce que se crée une émulation dans le secteur. Car nul n’a intérêt à voir le législateur imposer des contraintes d’investissement », explique Sophie Elkrief, directrice des investissements de la Maif.

Jouer le jeu, mais pas trop

Le bilan du premier exercice clos au 30 juin 2017 est très contrasté. Si certains ont fait preuve de zèle – AG2R La Mondiale s’est fendu de cinq rapports au total, pour toutes ses entités –, seuls 38 % des acteurs concernés ont respecté ces obligations, selon le Baromètre institutionnel 2017 du cabinet de conseil en stratégies de développement Indefi.

Le taux de conformité est bien plus élevé pour les compagnies (62 %) et les sociétés d’assurance mutuelle (52 %) que pour les mutuelles (25 %) et les institutions de prévoyance (23 %). Manque de temps, méconnaissance de la loi, ou même refus délibéré de s’y conformer, les raisons sont diverses. « Une partie des acteurs estime qu’ils ont déjà suffisamment à faire avec les reportings déjà existants. S’ajoute à cela le fait que la méthodologie n’est pour l’heure pas très précise », souligne Anne-Charlotte Roy, associée chez Hexagone Conseil. Pour l’heure, les assureurs sont en effet libres dans le choix des données utilisées et de la présentation. Le deuxième exercice clos en 2018 sera suivi d’une mise à jour du texte de loi afin de le préciser.

Le secteur est donc encore en phase de test and learn. Sylvain Vanston, responsable de la RSE (responsabilité sociale d’entreprise) d’Axa, se veut confiant : « Lorsque la France a imposé pour la première fois en 2002 un reporting RSE aux entreprises cotées, les premiers résultats n’étaient pas concluants. Puis ces obligations ont été progressivement respectées. Il est normal que les petites sociétés de gestion aient besoin de plus de temps. » Pour les plus grandes, l’enjeu est de pouvoir mesurer avec précision l’empreinte carbone de leur portefeuille étant donné la taille de leurs actifs. L’enjeu demain sera également de faire de ces rapports un outil de communication à destination du public.

 

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