Les réassureurs imposent leur loi - Rigueur Le marché de la réassurance n'a jamais été aussi " raisonnable ". Les nouveaux concurrents se plient eux aussi à la discipline de l'équilibre technique. Autant dire que les hausses vont se poursuivre. Et que les folles années de croissance externe sont ...

Les réassureurs imposent leur loi - Rigueur Le marché de la réassurance n'a jamais été aussi " raisonnable ". Les nouveaux concurrents se plient eux aussi à la discipline de l'équilibre technique. Autant dire que les hausses vont se poursuivre. Et que les folles années de croissance externe sont déjà bien loin.

MARCHÉ MONDIAL : LE RETOUR À LA SAGESSE



De 1999 à 2001, le monde a connu une série de catastrophes et d'attentats d'une grande violence. L'assurance et la réassurance, qui se doivent d'être là quand les temps sont difficiles, ont tenu leur rôle. Mais chacun sort meurtri de l'expérience. Des meurtrissures dans la chair, d'abord, pour les victimes du 11 septembre, des séquelles sur les entreprises aussi. Et des cicatrices pour une profession qui ne pourra plus appréhender son métier et le monde qui l'entoure comme auparavant.

Des changements inattendus sur le marché

Malgré le poids du passé récent, le travail continue, profondément influencé par l'expérience. La réassurance passe un cap inconnu, fait de concentration des risques et du marché. Et une nouvelle donne apparaît. Pour s'en persuader, il suffit de regarder l'évolution des parts de marché mondiales. En 1990, les vingt premiers réassureurs représentaient 39 % du marché. En 2001, ils totalisaient 80 % du marché, et les cinq premiers en détenaient 51 % à eux seuls. L'an dernier aussi, l'Europe constituait 50 % de la demande et 58 % de l'offre, tandis que les États-Unis offraient 24 % et achetaient 36 % de la capacité mondiale (1). L'évolution structurelle était déjà connue. Mais, cette année, cette évolution s'accompagne de changements inattendus. Produits financiers en berne, sociétés officiellement à vendre ne trouvant pas preneur, nouveaux acteurs sur le marché (une habitude...), mais sans faire de " dumping " (c'est nouveau), et pertes affichées par un grand nombre d'acteurs dont Swiss Re, le champion de la gestion financière. D'autres comportements ne changent pas : le Lloyd's annonce une refonte structurelle, le marché américain va mal mais résiste (lire l'encadré p. 42)... En fait, il faut faire la part des choses entre l'effet World Trade Center (WTC) et le reste. " Ce n'est pas le World Trade Center qui est à l'origine du problème des réassureurs, mais la souscription mal évaluée des années précédentes, notamment en RC, et le fait que les réassureurs ont été trop laxistes. Peu de réassureurs sont dans une situation absolument saine. Le WTC aurait pu être absorbé sans trop de mal s'il n'y avait eu le poids du passé. Pour Gerling, notre déficit est plus dû à la constatation de pertes supplémentaires aux États-Unis sur l'asbestose [maladie générée par l'amiante] ", indique Ralph Bünger, directeur général de Gerling Globale Rück France. Techniquement, l'attentat du WTC représente beaucoup plus qu'un sinistre à payer. " La grande leçon du 11 septembre est finalement simple : les engagements que l'on croyait sans lien entre eux peuvent pourtant entrer en interaction et mener à une conflagration. Pour cet événement, ce sont au moins six branches de l'assurance qui ont été touchées, de l'assurance vie à la RC. Les idées reçues sur le risque ont été battues en brèche. Jusque-là, le fin du fin était de faire travailler ses capitaux dans des branches décorrélées pour minimiser le risque et maximiser l'espérance de profit. La théorie de la décorrélation a été invalidée ", formule Charles-Werner Skrzynski, directeur général de Le Mans Ré.

La réassurance est encore loin des affaires saines

En conséquence, il a fallu revoir la totalité des engagements et reconsidérer les cumuls sous d'autres angles. Force est de constater que les hausses ont jusqu'ici été plus violentes en Amérique qu'en Europe. Et un rattrapage semble inévitable. " Je crois que nous sommes encore assez loin de faire des affaires saines. Il faut aller au-delà en tarification. Nous ne sommes toujours pas revenus aux tarifs de 1994, notamment en RI. En Europe, lors des derniers renouvellements, il y a déjà eu une différenciation : le marché français a subi des redressements considérables, alors que les tarifs n'ont pas suffisamment augmenté en Allemagne. Il devrait donc y avoir un rattrapage très important, surtout en dommages. En France, le grand chantier, c'est la RC et l'évolution de la jurisprudence ", estime Ralph Bünger. " Les hausses tarifaires sont, par nature, moins importantes en proportionnel qu'en non-proportionnel. Nous avons donc décidé de favoriser le non-proportionnel, précise Michel M. Liès, CEO de la direction Europe de Swiss Re. En 2001, nous réalisions 55 % de nos affaires en proportionnel. Cette année, ce ne seront que 45 %, et l'une des raisons de ce choix stratégique est de parvenir à un meilleur contrôle de la tarification et des cumuls. Pour les clients, cela ne se traduit pas obligatoirement par une hausse du budget réassurance, car le non-proportionnel est moins cher que le proportionnel. En revanche, les rétentions sont plus élevées. "

Revoir les pertes maximales possibles

Le retour aux tarifs de 1994-1995 est le Graal de la réassurance. Une quête mythique : celle des prix qui permettent de rattraper rapidement les années de grande sinistralité. Même en cat' nat', la route est longue. D'autant plus longue que le but s'éloigne : après le WTC, il a fallu reconsidérer la notion de perte maximale possible pour intégrer le fait que des cumuls gigantesques doivent être pris en compte. Autre souci : la multiplication des intempéries. En 1997, on pensait que les crues touchant l'Europe centrale étaient exceptionnelles, des événements à occurrence pluriséculaire. Et voilà qu'elles se reproduisent cinq ans après... Ces inondations ne sont pas un grand sinistre pour l'assurance : les premières évaluations sont très faibles, comparées à la taille de la catastrophe humaine. Les pays concernés, République Tchèque et Allemagne, sont soit peu assurés - le premier -, soit excluent la garantie inondation des contrats - le second -, cette garantie étant rarement acceptée par les assureurs. Mais le drame risque de sensibiliser les populations et les entreprises locales et les ouvrir un peu plus à l'assurance. " C'est le cycle évolutif de l'assurance : les catastrophes sont la matière première qui donne lieu au produit fini qu'est l'assurance et au produit dérivé qu'est la réassurance. Nous sommes désormais devant un potentiel d'assurabilité important. Nous avons une opportunité à saisir, mais il y a très peu d'outils pour évaluer nos engagements et établir des tables de fréquence et de magnitude des événements. Ce qui signifie que nous allons nous trouver devant une demande forte et une offre incertaine sur les tarifs et les conditions. Le chiffre cité pour la République Tchèque est de 1 à 2 Md€ : c'est peu, pour un sinistre catastrophe. Aujourd'hui, tous les acteurs du marché ont dans leurs cartons un scénario catastrophe à 40 Md€ ", indique Charles-Werner Skrzynski.

2001 : un point bas comptable

Il faut lire entre les lignes : les réassureurs ne s'engagent plus comme avant. La capacité existe toujours, mais plus à n'importe quel prix ni à n'importe quelle condition. Même les nouveaux bermudiens (Axis, Montpellier Re, Arch, etc.) souscrivent prudemment. Les conditions de rétrocession se sont tendues depuis deux ans, signe que la pression sur les tarifs n'est pas près de se relâcher. Le Lloyd's aurait aussi réduit la voilure. Il faut dire qu'après les pertes subies l'an dernier, le principe est de ne pas dilapider d'argent en le transformant en profit pour les concurrents. Il est vrai que les pertes n'ont pas manqué. La plus surprenante est celle de Swiss Re, diversement appréciée - certains professionnels estimant que l'helvète a " un peu chargé la barque ". Toutefois, les comptes 2001 devraient marquer un point bas. Pour l'instant, aucune grande catastrophe, capable de remettre en cause la restauration des comptes, n'a grevé les bilans. Mais la baisse de la Bourse risque de contraindre assureurs et réassureurs à passer des provisions pour dépréciation d'actif... Ce qui aurait le même effet qu'un sinistre de grande ampleur. Heureusement, pour l'instant, les taux obligataires sont stables, permettant d'espérer que les plus-values sur obligations feront plus que compenser les pertes sur les actions. Et, pour ces dernières, tout espoir d'une reprise d'ici à la fin 2002 n'est pas mort.

Calme sur le front des fusions

Mais ces perspectives sont trop incertaines pour ramener la sérénité chez les responsables de la gestion financière des compagnies d'assurances ou de réassurance. L'heure est à la prudence. Ce qui se manifeste par le calme extraordinaire qui règne sur le front des rumeurs de rachat. Habituellement, l'été bruit de discussions sur des rapprochements qui se concrétisent à Monaco : " Historiquement, toutes les fusions ont lieu l'été. Pour être prêt pour la rentrée commerciale ", note Charles-Werner Skrzynski. Pourtant, les fusions possibles ne manquent pas. Elles concernent des acteurs de taille respectable. Gerling Globale Rück est ainsi officiellement à vendre. Une quinzaine de candidats se sont manifestés, et huit sont entrés en " data room ". Mais, sur ce nombre, tous ne sont pas intéressés par la totalité de l'activité de réassurance, alors que la maison mère ne veut pas céder sa filiale par appartements. " Reprendre les portefeuilles des compagnies qui risquent de disparaître ou cherchent un adossement ne nous semble pas aujourd'hui la meilleure des stratégies. Il nous paraît plus judicieux d'essayer d'intégrer leurs clients dans notre portefeuille ", explique Michel M. Liès. " Nous voulons pouvoir annoncer le nom de notre nouveau partenaire courant septembre. Cela risque de ne pas avoir lieu avant Monaco, mais cela le sera à Baden-Baden au plus tard, car le dernier délai pour les candidatures définitives est fixé au 15 septembre ", explique Ralph Bünger. Des questions se posent aussi sur l'avenir d'Axa Re qui, les années précédentes, a souvent fait l'objet de rumeurs de mariage avec Scor, ou sur le futur d'Hannover Re. Mais rien de concret ne transpire. " Plus personne n'a la pression du chiffre d'affaires, mais celle du résultat ", remarque Ralph Bünger. C'est certainement cela, le plus grand bouleversement qu'ait connu la réassurance depuis 1995. Karim Natouri

(1) Source : Association des réassureurs français/Scor.



LES DIX PREMIERS RÉASSUREURS MONDIAUX

General Electric ne diffusant plus les mêmes données, les chiffres GE ERC n'ont pas le même périmètre que ceux de l'an dernier. Berkshire : exercice 2000 sur quinze mois pour cause d'ajustement de méthode comptable. La perte d'exploitation est une estimation brute. Le résultat net communiqué est avant impôts. Taux de change. FS/€ : pour 2000 0,66, pour 2001 0,68 ; US$/€ : pour 2000 1,06, pour 2001 1,12.

La hausse est là, pas les bénéfices. On note plusieurs faits : la progression des collectes dues aux hausses de tarif ou la généralisation de lourdes pertes d'exploitation (malgré l'intégration d'éléments exceptionnels, quasi systématique, qui modère les déficits). Hannover est toujours 5e pour les primes nettes, mais passe à la 4e place en brut. Axa remonte aussi d'un cran en brut, mais reste à sa place en primes nettes. Les deux ont beaucoup souscrit et rétrocédé d'affaires. Seul GE recule, mais il existe un doute sur le périmètre des sociétés intégrées. Il est vrai que les comptes publiés, comme ceux de Berkshire, sont de moins en moins clairs.



LE COÛT DES SINISTRES A FLAMBÉ EN DIX ANS

Dommages assurés imputables à des catastrophes de 1970 à 2001





LE RYTHME DES CATASTROPHES S'ACCELERE

Nombre d'évènements entre 1970 et 2001



Les assureurs et réassureurs doivent gérer d'une part une augmentation des coûts de chaque sinistre et, d'autre part, une fréquence accrue. C'est la réduction du cycle des catastrophes naturelles et techniques qui inquiète le plus les professionnels.



LES COMPAGNIES AMÉRICAINES NE SONT PAS AU BOUT DE LEURS PEINES

Les réassureurs américains sont toujours là, même s'ils sont mal en point. Selon les chiffres de la Reinsurance Association of America, la réassurance dommages américaine a enregistré en 2001 une perte de souscription de 11,4 Md$ (trois fois plus qu'en 2000) et une perte nette de 3,5 Md$ (bénéfice de 1 Md$ en 2000) pour un ratio combiné de 113 %, pourtant en amélioration de 1 %. Le poids du World Trade Center s'est fait douloureusement sentir mais, en plus, il apparaît clairement que l'amiante et les risques longs nécessitent de lourds rechargements de provisions. C'est ainsi que Munich Re a dû réinjecter 2 Md$ dans sa filiale American Re, qui avait pourtant déjà purgé son portefeuille. Sur 31 réassureurs opérant outre-Atlantique, 30 sont en perte d'exploitation et 14 affichent des pertes nettes. Cela fait longtemps que les observateurs attendent en vain une recomposition du marché, mais, vu les comptes, de mauvaises surprises sont à craindre.

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