Maritime et transport Les assureurs tentent de reprendre en main la souscription et la gestion des contrats des assurances maritime et transport, jusqu'alors laissées au courtage. Les courtiers se défendent en mettant en avant leur service de proximité et leur connaissance du client.LES COURTIERS...

Maritime et transport Les assureurs tentent de reprendre en main la souscription et la gestion des contrats des assurances maritime et transport, jusqu'alors laissées au courtage. Les courtiers se défendent en mettant en avant leur service de proximité et leur connaissance du client.

LES COURTIERS RÉSISTENT AUX COMPAGNIES



Le congrès annuel et international de l'IUMI s'est déroulé du 15 au 18 septembre à New York, dans une atmosphère très particulière : les assureurs internationaux ont célébré la mémoire des victimes des attentats du 11 septembre 2001. Ces derniers ont fortement impacté le marché maritime et transport, en accélérant le phénomène de redressement des taux, amorcé en 2000. Après quatre années de baisses consécutives (de 1996 à 1999), les cotisations de l'assurance maritime et transport (affaires directes France) enregistrent donc une croissance. Elle est plus soutenue en 2001 (+ 6,5 %) qu'en 2000 (+ 2,7 %) et touche aussi bien les corps (bâtiments maritimes, + 4,2 %) que les facultés (assurance de marchandises transportées, + 8 %). L'augmentation moindre des corps s'explique en partie par la baisse des mises en chantier. L'année précédente, le phénomène était inverse, les corps ayant davantage augmenté que les facultés. Les résultats techniques, eux, s'améliorent en 2001 de 6 points et s'établissent à 84 %, grâce aux résultats facultés. En effet, l'augmentation des primes a largement compensé la charge des sinistres qui, elle, a grimpé de près de 4 % (voir le tableau p. 41). Par ailleurs, le chargement s'élevant à environ 30 % des cotisations, le ratio combiné relatif à 2001 se situerait autour de 115 %. Les résultats 2002 devraient être sensiblement meilleurs, selon les prévisions du premier semestre, qui restent à confirmer.

Des primes en augmentation de 15 % à 20 %

Confrontées à cette réalité financière, les compagnies ont résilié brutalement des activités comme le " trading " et, surtout, effectué des majorations " presse-bouton ". À la fin 2001, les hausses de primes ont été de l'ordre de 15 % à 20 %, pour atteindre dans certains cas 50 %, voire beaucoup plus dans les grands comptes (100 % selon les résultats). Pour les renouvellements 2003, le redressement tarifaire devrait se poursuivre. Voulant améliorer leurs résultats, les leaders du marché ont admis devoir se séparer de certaines affaires, surtout sur les grands comptes. Des outsiders tels que Trenwick, XL Winterthur, Ace Europe, CNA Maritime, British and Foreign, If..., Albingia, MMA avec Covéa ont fourni des solutions, sans casser le marché, mais en augmentant tout de même légèrement les cotisations. Après la disparition d'Independant en 2001, la fusion MMA avec Winterthur, celle de Groupama avec CGU et la reprise par Helvetia du portefeuille facultés de RSA, le marché s'est transformé et compte désormais beaucoup moins d'acteurs. Néanmoins, les courtiers ont su faire jouer la concurrence. Ils n'ont pas hésité à interroger des compagnies étrangères - belges (Fortis, Belmarine...), néerlandaises et britanniques -, auprès desquelles ils ont souscrit quelques comptes majeurs du marché français. C'est dans ce contexte qu'Ace Europe a repris des affaires, choisissant d'augmenter les primes sur les polices qui présentaient des résultats tangents ou déficitaires. En revanche, Albingia, qui a toujours voulu maîtriser sa souscription, n'a jamais accordé des pouvoirs aux courtiers, y compris pour la gestion des sinistres. La société a également pratiqué des augmentations tarifaires sur l'ensemble de son portefeuille De son côté, If..., qui n'entend pas mener une politique agressive, a profité de l'augmentation des taux de 20 % pour améliorer ses résultats. Helvetia, également très active auprès du moyen courtage dans le domaine des facultés et de la RC contractuelle du transporteur, n'a pas jugé nécessaire, à la différence de ses concurrents, de pratiquer des augmentations systématiques des primes en 2001, exceptées quelques affaires déficitaires. Zurich, en stand by depuis trois ans pour assainir son portefeuille, semble reprendre la souscription en facultés et garantie transport.

Quant aux grandes compagnies françaises, plus flexibles, elles continuent de majorer au cas par cas les comptes déficitaires, voire les résilient. Ainsi, Allianz marine & aviation, un des leaders du marché, espère pour 2002 un retour à la profitabilité grâce à la remontée des taux et à l'assainissement des portefeuilles. De son côté, Generali global marine international avait lancé le mouvement de redressement des tarifs et entrepris une politique de rétablissement des résultats techniques bien avant le 11 septembre. Il se dit aujourd'hui prêt à prendre des affaires corps bien tarifées et de qualité. Toutefois, il émet des réserves à l'égard des grandes flottes de croisière, qui ne lui paraissent pas coter à un taux raisonnable. Si, ces dernières années, les courtiers avaient globalement la maîtrise de la souscription et de la gestion des contrats, la situation a, aujourd'hui, tendance à évoluer. Les compagnies se montrent plus restrictives vis-à-vis de ceux-ci, comme l'indique Michel Villard, directeur département international de Diot et mandataire de l'Agence Quennouelle & Gibault - dont le chiffre d'affaires en transport est proche de 5 M€. Elles tentent de renégocier les délégations de pouvoirs qu'elles avaient accordées aux agents et aux courtiers spécialisés. Elles s'entendent aussi pour les " cornaquer " et imposent une concertation lors de la souscription. Les émissions de pièces se font après accord du siège et la délégation de gestion des sinistres comporte une autorisation plafonnée. Or, " la rapidité et la souplesse de gestion que présente le courtier dans ce domaine constituent sa valeur ajoutée " assure Michel Villard.

Le courtier doit avoir une délégation de pouvoir totale des compagnies

Siaci, dont 30 % du chiffre d'affaires concerne la branche transport (21 M€), composée à 96 % de facultés, indique qu'il s'est organisé par secteurs d'activité pour mieux connaître son client. Sa force réside dans son service contentieux d'une trentaine de personnes, permettant une intervention rapide dans le traitement des sinistres. Si, par exemple, un bateau est bloqué dans un port au bout du monde, le courtier peut rassurer un client affolé, nommer un expert et prendre des décisions appropriées, souligne Jacques Liebmann, membre du directoire de la Siaci. Mais, pour tenir ce rôle, le courtier doit avoir une délégation de pouvoir totale des compagnies. Reste à savoir si ces dernières ont les moyens d'assumer le même service, notamment traiter les milliers de sinistres facultés qu'instruisent chaque année la plupart des courtiers. Par exemple, Gras Savoye gère quelque 12 500 dossiers sinistres dans son département transport. " L'interface sinistres implique une grande réactivité et une rapidité d'intervention dans le secteur des marchandises transportées ", explique Benoît Pivet, directeur du département transport & logistique de Gras Savoye. Le courtier ne peut pas être qu'une simple boîte aux lettres. La plupart des cabinets disposent d'outils informatiques leur permettant de gérer les dossiers avec célérité et de communiquer avec les clients en direct. Marsh a mis en place une liaison extranet avec ses clients donnant accès, de manière personnalisée, à ses bases de données statistiques et permettant l'émission de certificats et d'attestation d'assurances. Le département maritime, énergie & power de Marsh traite des affaires marchandises transportées, les RC armateur, commissionnaire, logisticien, qui représentent 70 % de son activité (estimée à 10 M€), ainsi que des corps maritimes. Toutes ces garanties sont gérées par des outils spécifiques avec une délégation totale des compagnies, comme le souligne Éric Pouillart, directeur Business Industry Services. La Siaci a également mis au point un système de reporting et d'analyse des sinistres, " permettant aux assurés d'obtenir des statistiques par filières, par filiales, par sociétés, par bureaux, par types de produit, par transporteurs, par trafics, par natures et origines de dommages ", explique Jacques Liebmann. Les clients ont la possibilité de consulter ces informations en temps réel sur Internet. Des compagnies, comme Ace Europe, ont suivi le même exemple. De son côté, Aon, dont le portefeuille est constitué à 98 % d'assurances facultés concernant essentiellement des produits manufacturés couvrant des clients industriels et des RC transporteur, a développé l'un des premiers extranets permettant d'optimiser la gestion des sinistres. Des clés d'accès sont fournies aux assurés, assureurs et experts. Il offre une vision en direct du travail effectué sur chaque dossier et un état statistique mis à jour en temps réel, comprenant les sinistres provisionnés et payés, ainsi que les recours à récupérer, comme l'explique Franck Lanctuit, directeur du département maritime et transport d'Aon.

L'organisation des cabinets est conçue en fonction des caractéristiques de leur clientèle et de leur taille, pour fournir un véritable service de proximité. Ayant une expérience de dix ans dans la souscription, Sylvain Chegaray a créé en octobre 2000 une société de courtage. Il est parti du constat que les relations entre clients et assureurs ont tendance à se déshumaniser et prétend avoir constitué une organisation à taille humaine pour répondre aux demandes d'entreprises dynamiques petites ou moyennes, employant de dix à cent personnes, qui ne disposent pas d'interlocuteurs dans les compagnies d'assurances. Il s'adresse aux courtiers généralistes, contacts privilégiés des PME-PMI, qui ont besoin d'un spécialiste efficace et rapide. Il jouit de pouvoirs de gestion des assureurs pour traiter, sans perte de temps, les sinistres, en complète transparence avec le courtier rapporteur de l'affaire. La souscription se réalise avec l'aval des compagnies, sur la base de leurs tarifs, en préservant leurs résultats par une sélection des risques. Le projet de contrat est présenté à la compagnie, qui doit donner son accord. Sylvain Chegaray travaille avec une trentaine de courtiers et quatre compagnies. Il encaisse déjà environ 1 M€ de primes en facultés, en RC professionnelle et contractuelle, en propre compte et en plaisance. Son portefeuille comporte quelques entreprises importantes.

Croiser les informations sur les critères de cotation

Sur le secteur des corps maritimes, le courtage français est puissant. Saciar du groupe LSN, le groupe Eyssautier, Filhet-Allard à Bordeaux ont constitué des portefeuilles d'armement surtout étrangers. Cap Marine, cabinet situé à Rouen, réalise un chiffre d'affaires de plus de 3,5 M€, dont 68 % en corps et P&I, et 25 % en facultés. Il gère une clientèle de groupes multinationaux, des armements traditionnels de toute taille de Boström ou Festival au petit armement de navires de transport de passagers, des PME-PMI spécialisés dans le domaine du négoce ou de la logistique, des mutuelles de pêche et des administrations diverses (ports autonomes et chambres de commerce). Cap-Marine investit aussi dans la création de nouveaux outils de communication. Par le biais d'Internet, elle met à la disposition de sa clientèle, dans un espace privatif de son site, des systèmes de cotation individualisé, de prise de garantie, d'édition de certificats. Prochainement, elle va croiser les informations dont elle dispose dans sa base de données sur les critères de cotation par type, âge de navire, par assureurs et garder en mémoire ces cotations tant pour les projets que les affaires réalisées sur plusieurs années. L'activité corps est en fort développement chez Marsh où elle progresse de près 20 % par an. Premier courtier en Asie, le cabinet anglo-saxon est leader sur toutes les flottes et chantiers navals coréens. Il apporte donc une part importante de cette clientèle au marché français des corps de navires. Avec ses autres confrères courtiers spécialisés, il contribue au succès du Garex, groupement d'assurance des risques exceptionnels tels que les risques de guerre. Quoi qu'il en soit, les courtiers restent très organisés sur le secteur. Forts de leurs atouts (présence, rapidité, statistiques en temps réel, création de sites Internet dédiés, etc.), ils ne sont pas prêts à céder leurs prérogatives aux compagnies



AXA LOIN DEVANT



Malgré un ralentissement mondial, les exportations françaises grimpent. En régression en nombre d'unités, la flotte sous pavillon français augmente ses capacités. Axa est loin devant ses huit autres compétiteurs du marché de l'assurance maritime et transport. La part de marché des dix premières entités de souscription s'établit à 89 %. En dix ans, la concentration s'est accentuée de 20 points. Elle devrait continuer à progresser en 2002.



OPTIFLUX, UN PROJET QUI FAIT COULER BEAUCOUP D'ENCRE

Simplifier la gestion de la coassurance et, donc, la promouvoir, moderniser les pratiques du marché, accélérer les rentrées de primes, gagner plus d'argent sur les produits financiers, remettre tout à plat : voilà les objectifs des auteurs - les compagnies - du projet Optiflux. La totalité des primes devra être adressée par les courtiers à l'apériteur, via le Cesam chargé de la répartition entre les coassureurs. Les courtiers sont d'accord sur le principe, si le projet améliore la situation financière du marché. Ils sont plus réservés sur les modalités pratiques d'application qui sont actuellement en cours d'étude, craignant qu'elles alourdissent leur propre gestion.



TROIS QUESTIONS À...

, président du Groupement professionnel du courtage d'assurance maritime et transport

" NOUS REPRÉSENTONS LES COURTIERS AUPRÈS DES POUVOIRS PUBLICS ET DES INSTITUTIONS INTERNATIONALES "

Quel est le rôle du GPCAM et quelle est son influence ?

Les courtiers d'assurances maritimes sont les conseillers des chargeurs et armateurs et, plus généralement, des opérateurs du commerce extérieur pour la négociation et le placement des contrats d'assurance transport. En avril 1991, le Groupement professionnel du courtage d'assurance maritime et transport [GPCAM] a rejoint la FCA dont il est membre fondateur. Cette appartenance lui permet de mieux valoriser l'image de cette activité, en étant le seul organisme représentatif du courtage d'assurance maritime et transport en France. Il a pour objet de maintenir et promouvoir la qualité des services rendus, de représenter ses membres auprès des pouvoirs publics et des institutions internationales. Il rassemble la majorité des courtiers d'assurance transport.

Quel est le poids du courtage français dans le domaine des assurances des corps ?

Face à la réduction de la flotte française (215 unités), le courtage, combatif et dynamique à l'égard des Anglo-saxons, s'est beaucoup investi à l'international, attirant des clients de renom qui ont apprécié l'indépendance du marché français, sa sécurité, son service après-vente et sa capacité. Ce portefeuille est constitué d'armateurs grecs, scandinaves, asiatiques et américains (dans le domaine de la croisière).

Dans le secteur des facultés, quelles sont les questions abordées actuellement par le GPCAM ?

Les facultés représentent environ 55 % de l'activité de l'assurance maritime et transport. Depuis septembre 2001, le GPCAM a créé un groupe d'études travaillant sur des sujets d'intérêt commun : le vol de marchandises en cours de transport en zone portuaire et aéroportuaire - pour avoir une vision globale de la délinquance et réfléchir à la prévention -, la rédaction d'une police RC des logisticiens, le transport des OGM et l'étude de l'incidence de ces nouveaux risques sur le plan RC et dommages, l'influence de la température (harmonisation des clauses). Une synergie de nos groupes d'études avec les commissions techniques de la FFSA va permettre de mettre en commun nos réflexions et de mieux répondre aux attentes de nos clients.



TÉMOIGNAGE

, directeur général de Groupama transport

" LES BONS CLIENTS NE DOIVENT PAS PAYER POUR LES MAUVAIS "

Numéro 3 avec une part de marché de l'ordre de 17 %, Groupama transport apérite 85 % de son portefeuille. Cette société va encore grossir, puisqu'elle intègre CGU courtage, un des leaders du secteur de la plaisance. Elle a adopté une organisation tournée vers le client. Sept marchés ont été définis, par segments de clientèle (armateurs, 30 % de son activité ; pêche, 14 % ; portuaire ; fluvial ; plaisance ; entreprises ; et transporteurs-logisticiens). Vianney de Chalus, directeur général, ne cache pas que la sélection de la clientèle est accrue, afin que les bons clients ne paient pas pour les mauvais. Par ailleurs, un effort est porté sur la création de produits packagés, pour intégrer, au sein d'un même contrat, tous les besoins des clients ainsi que de nouveaux services de prévention et de conseils, notamment en matière de moteurs de pêche, de formation et de rédaction de documents contractuels. " Les clients ne se contentent plus d'une simple gestion des primes et des sinistres ", déclare Vianney de Chalus. Vis-à-vis des courtiers, le recours aux nouvelles technologies de l'information permet de simplifier la gestion et d'éviter les doublons.



LE CODE ISM APPLIQUÉ AUX FACULTÉS

Entré en vigueur le 1er juillet 1998 pour les navires à passagers, les pétroliers, chimiquiers, gaziers, vraquiers et les navires de charge à grande vitesse, le code ISM est applicable depuis le 1er juillet 2002 aux navires dont le tonnage est égal ou supérieur à 500 unités de jauge. En conséquence, les assureurs veulent subordonner l'assurance des marchandises à une certification ISM à jour. Les courtiers demandent de la souplesse dans l'application de la clause : les chargeurs peuvent ignorer l'identité du bateau transportant leurs marchandises et se voient imposer la preuve que le navire respecte le code ISM. Adopté par l'OMI (Organisation maritime internationale), il a pour but d'améliorer la sûreté des transports par mer, de prévenir les pertes humaines et de limiter les dommages à l'environnement en introduisant sur les navires des standards de gestion de la sécurité.



En octobre 2000, Sylvain Chegaray a créé une société de courtage. Partant du constat que les relations entre clients et assureurs ont tendance à se déshumaniser, il prétend avoir constitué une organisation à taille humaine pour répondre aux demandes d'entreprises petites ou moyennes, qui ne disposent pas d'interlocuteurs dans les compagnies. Sylvain Chegaray encaisse déjà environ 1 M€ de primes en facultés, en RC professionnelle et contractuelle, en propre compte et en plaisance.

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