Cause d'indignité nationale

Cause d'indignité nationale
Olivier Baccuzat, rédacteur en chef

Le témoignage est aussi bouleversant que glaçant. Dans un livre paru début mars et intitulé Tu verras maman, tu seras bien, Jean Arcelin, qui fut directeur d’un Ehpad pendant trois ans dans le sud de la France, dévoile l’envers du décor des établissements d’hébergement des personnes âgées dépendantes. Certes, ce dernier y décrit des moments de joie, d’émotion – avec des rires et des larmes – échangés en compagnie de femmes et d’hommes unis dans leur solitude, certains guettant la mort, d’autres s’évertuant à profiter de leurs dernières années de vie, reconstituant « entre vieux » ce que l’auteur décrit comme des « parcelles de bonheur ». Mais ce livre, à l’instar de celui écrit en 2017 par le journaliste Frédéric Pommier sur le quotidien de sa grand-mère, Suzanne, raconte aussi et surtout un monde sans pitié où, malgré 2 000 €, 3 000 €, parfois 4 000 € dépensés chaque mois par eux ou leurs proches, des résidents sont mal nourris, mal soignés, voire maltraités. Bref, un monde dans lequel les vieux sont considérés comme des machines à cash et les soignants qui doivent s’occuper d’eux comme des moins que rien. Drôle de pays que cette France se gargarisant à l’envi avec ses valeurs de fraternité et de solidarité mais qui, en 2019, laisse la rentabilité l’emporter sur le bien-être de personnes âgées. D’aucuns rétorqueront que cette indignité décrite par Jean Arcelin est l’apanage des établissements gérés par de grands groupes privés (au passage, on rappellera que des assureurs figurent parmi leurs actionnaires). Des acteurs qui représentent 23 % du parc global, le reste du marché se répartissant entre public (51 % des Ehpad) et privé non lucratif (26 %). Mais dans ces deux dernières catégories, les conditions de vie pour les résidents (et de travail pour les aidants) sont-elles meilleures ? Quelques cas récemment médiatisés et particulièrement sordides autorisent la question. Comment inverser la tendance, et faire en sorte que le sort réservé à ces personnes âgées soit enfin décent ? Cela sera fonction des moyens mobilisés (le gouvernement a lancé la réforme promise le jour où nous bouclions ce numéro) et d’une vraie politique publique de long terme puisqu’on parle là d’un risque long par essence. Mais pas seulement. La dépendance ne saurait se résoudre à un simple enjeu financier. Ça n’est pas en résolvant une équation budgétaire que l’on comblera, collectivement, ce manque d’humanité qui nous fait aujourd’hui défaut. C’est notre regard à tous qui doit changer.

Les vieux sont des machines à cash et les soignants qui s’occupent d’eux, traités comme des moins que rien.

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