Eberlué !

L'excédent brut d'exploitation, mieux connu sous son diminutif EBE ou encore son équivalent anglo-saxon EBITDA(1), est depuis longtemps l'indicateur chouchou des analystes financiers. Et pour cause, il permet de mesurer finement la performance économique et financière d'une entreprise sans être « pollué » par le montant des charges et produits financiers, les provisions ou les amortissements. Dans les comptes de résultat d'une entreprise, c'est le premier solde intermédiaire majeur qui se calcule à partir de la valeur ajoutée. Selon l'Insee, l'EBE des entreprises françaises s'est élevé à 544 milliards d'euros en 2012, soit 29,9% de la valeur ajoutée (1 820 milliards d'euros). Et pour les seules entreprises d'assurances, l'EBE atteindrait 6,25 milliards d'euros sur la même période.

Sans conteste, l'EBE est plus parlant que le chiffre d'affaires. Un constat qui n'a pas échappé à Bercy, qui s'est emparé (récemment) de l'idée qu'une taxe sur l'EBE serait plus « juste ». Aussi, le 11 septembre, le Premier ministre a-t-il annoncé en Conseil des ministres que, dès cette année et pour toutes les entreprises ayant un chiffre d'affaires supérieur à 50M€, l'EBE servirait d'assiette au calcul d'une nouvelle taxe, d'un montant de 1,15%, en lieu et place de l'IFA (impôt forfaitaire annuel) - qui rapportait quelque 600 millions d'euros - et peut-être plus tard de la C3S (contribution sociale de solidarité), qui permet, elle, d'engranger plus de 5 milliards d'euros. Bien sûr, le projet de baisser l'IS (impôt sur les sociétés) demeure... Sans risque de faire tomber la pression fiscale, puisque ce qui est rendu d'un côté est repris de l'autre !

Voilà un « choc de simplification » fiscal qui laisse le marché de l'assurance quelque peu EBErlué ! En effet, les assureurs font valoir, tout comme les banquiers, que cette notion n'a pas réellement de sens dans leur activité, puisque justement les produits financiers font partie de leurs comptes d'exploitation...

Une fois encore, les spécificités du secteur qui méritent explications, concertations et dialogue risquent de ne pas être prises en compte. « Faute de temps », soulignent nombre d'observateurs, qui semblent encore s'étonner de la rapidité avec laquelle ce nouvel impôt a pris corps.

1. Earning before interest, taxes, depreciation and amortization.

Voilà un « choc de simplification » fiscal qui laisse le marché de l'assurance quelque peu EBErlué !

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