Edito : L'art de perdre la guerre

Edito : L'art de perdre la guerre
bernard martinez

Plus de soixante-dix ans après la débâcle de juin 1940, la France semble toujours souffrir du syndrome de la ligne Maginot. Cette capacité à bâtir des défenses inutiles pour mieux ignorer les vrais enjeux stratégiques. En témoigne le débat sur les don­nées de santé. Toutes les analyses convergent : la santé est l’un des terrains privilégiés de la transformation numérique. Le marché de la e-santé représenterait aujourd’hui plus de 2 Md€, en constante progression, et les grands fauves du digital – Apple, Google et consorts – ne s’y sont pas trompés, investissant massivement dans les objets connectés, les applications et la R & D.

La politique menée crée le sentiment préoccupant d’une classe politique en retard d’une guerre pour affronter la bataille cruciale de la e-santé.

Les enjeux vont bien au-delà du simple business ! « […] L’affirmation d’une vision française, voire européenne, en matière de santé devient un enjeu de souveraineté. De grandes entreprises commencent ainsi à proposer des services équivalents, voire concurrents, aux services publics […] », alerte le Conseil national du numérique (CNNum) dans un récent rapport (1). Mais, cocorico, notre pays ne manque pas d’atouts, selon cette instance consultative indépendante. Il est notamment l’un des rares à disposer d’une gigantesque base comme celle de l’assurance maladie, soit quelque 17 milliards de données médico-administratives récupérées chaque année, « une ressource d’une grande richesse », mais « encore insuffisamment exploitée ».

C’est  pourquoi le CNNum prêche pour un accès facilité à ces data anonymisées, avec toutes les précautions éthiques nécessaires. L’enjeu n’est pas mince. Il en va de la capacité à développer une filière de la e-santé innovante, en France comme en Europe, insiste le Conseil.

Ce n’est visiblement pas le chemin pris par Marisol Touraine. De l’avis de nombre de spécialistes, le nouveau dispositif voulu par la ministre de la Santé est une pâle copie de l’open data annoncé. L’article 47 du projet de loi de santé, quasiment adopté par le Parlement, prévoit une procédure d’accès jugée d’une effroyable complexité. Justification : éviter que ces informations rendues anonymes puissent malgré tout être réidentifiées.

Une crainte exagérée, selon Didier Sicard, professeur de médecine et président du comité d’experts de l’Institut des données de santé. Dans un rapport de l’IDS publié cette semaine (2), celui qui présida aussi le Comité national consultatif d’éthique rappelle les pare-feu imposés par la Cnil et, a contrario, le peu de contrôle sur la récupération d’informations par les grands opérateurs privés via les réseaux sociaux ou les objets connectés !

Bref, la politique menée revient à plomber la recherche et l’innovation française tout en encourageant au développement d’une collecte privée sauvage. Un aveuglement de gauche comme de droite – le Sénat n’a pas fait mieux sur l’article 47, bien au contraire –, qui crée le sentiment préoccupant d’une classe politique en retard d’une guerre pour affronter la bataille cruciale de la e-santé.

1. « La santé, bien commun de la société numérique », octobre 2015, www.ccnumerique.fr
2. Rapport au Parlement 2015, www.institut-des-donnees-de-sante.fr

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