Edito : l'hydre à 2 400 000 bitcoins

Edito : l'hydre à 2 400 000 bitcoins
Géraldine Vial, rédactrice en chef de l'Argus de l'assurance. © Laetitia Duarte

C’est LA question à 1 Md$ – pardon, à 2 400 000 bitcoins (1) – qui agite le monde politico-économique aujourd’hui : êtes-vous prêt pour la révolution blockchain ? Rassu­rez-vous : si le mot est tombé dans le domai­ne public, bien peu sont capables de donner une définition compréhensible de ce phénomène nébuleux, engendré fin 2008 par le mystérieux Satoshi Nakamato. Même les rares experts du sujet (codeurs, historiens de la monnaie, spécia­listes du cyber-espace, cryptographes, traders…) l’avouent sans détour : plus ils creusent le sujet, moins ils le maîtrisent…

Déjà, comment traduire blockchain ? Littéralement, par « chaîne de blocs ». Mais cela suppose de rentrer dans la technique, je ne m’y risquerai pas. La Caisse des dépôts, vecteur d’une initiative de place à laquelle participent des banques mais aussi Axa, CNP Assurances, Aviva et Maif, préfère parler de «protocole de consensus décentralisé ». Voilà qui est mieux, même si cela reste peu intuitif.

La Caisse des dépôts, vecteur d’une initiative de place à laquelle participent des banques mais aussi Axa, CNP Assurances, Aviva et Maif, définit la blockchain comme un « protocole de consensus décentralisé »

À l’origine, la blockchain est le registre de toutes les transactions en bitcoin par ordre chronologique, partagé entre tous ses utilisateurs. Mais aujourd’hui, celle-ci va bien au-delà de la sulfureuse crypto-monnaie, et on y fait référence pour parler de la technologie sous-jacente, « qui permet à des gens qui ne se connaissent pas de placer leur confiance dans une liste partagée de transactions », résume la Banque d’Angleterre. À l’arrivée, on a donc bien un protocole reposant sur la cryptologie et la théorie des jeux, et qui permet de certifier des transactions sans autorité centrale. Si cela déchaîne autant les passions, c’est que l’on entrevoit les nombreux domai­nes qui pourraient être « blockchaînisés » : échanges d’argent bien sûr, mais aussi actes notariés, cadastres, brevets, diplômes, certifications d’œuvres d’art, mariages, même ! La blockchain serait tout simplement l’avenir de la confiance. Effectivement quel besoin, demain, d’une banque centrale, d’un notaire, d’un avocat, d’un maire, – et même d’Uber – si la blockchain fait le job ?

Flairant un potentiel de baisse drastique de leurs coûts de transaction, les banques se sont officiellement emparées du sujet. Mais en réalité, il existe tout un écosystème souterrain autour de cette « gigantesque expérimentation » qui fonctionne depuis sept ans. On évoque un investissement cumulé, ces deux dernières années, d’environ 1 Md\$ sur des projets et start-ups gravitant autour de la blockchain et du bitcoin. Y compris dans l’assurance : InsurETH propose une assurance automatique contre les annu­lations et retards de vols d’avion, basée sur Ethereum. Ce concurrent du bitcoin est également utilisé par Dynamis pour proposer un complément d’assurance chômage en peer-to-peer via LinkedIn.

Potentiellement concurrencées dans leur rôle de tiers de confiance, les autorités de régulation (Arcep, AMF, Cnil, ACPR…) sont obligées de prendre le train en marche. Bercy, qui vient d’annoncer une expérimentation blockchain pour faciliter le financement des petites entreprises, a manifestement compris qu’on pourrait en faire un formidable outil de taxation à la source. Les politiques s’en mêlent, d’ailleurs l’Assemblée nationale a décidé de prendre le sujet à bras-le-corps, au motif que « cette technologie se situe au carrefour entre les citoyens, les entreprises et l’État ». Bref, voilà comment en moins de six mois, un sujet 100 % geek est devenu une affaire d’État. En attendant, personne ne sait quels modèles économiquement viables émergeront autour de la blockchain. Surtout, il va falloir une sacrée dose d’imagination pour commencer à réguler une hydre (2) précisément conçue pour échapper à toutes formes de contrôle et de centralisation.

(1) Un bitcoin équivaut environ à 400 \$. Cours sur : www.bitcoincours.com
(2) Monstre à multiples têtes qui se régénèrent : à chaque fois que l’on coupe l’une d’entre elles, il en repousse deux (2e des 12 travaux d’Hercule).

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