Edito : Mot magique (ou pas)

Edito : Mot magique (ou pas)
Géraldine Vial, rédactrice en chef de l'Argus de l'assurance.

Dans le secteur de l’assurance, certains mots magiques ont un pouvoir particulier. Dites « big data », « objets connectés », ou « ubérisation » : vous aurez infiniment plus de succès qu’avec « provisions techniques », « ratio combiné », ou « SCR ». Mais attention, voilà qu’un nouveau phénomène ésotérique est en train d’être érigé au rang de concept révolutionnaire : le blockchain (1). Je prends les paris : on tient notre prochain mot magique.

« Le blockchain est un système sécurisé et transparent qui rend traçable des transactions grâce à la décentralisation des contrôles : chacun peut depuis son ordinateur vérifier si la « chaîne » est bonne, ou si quelqu’un a tenté d’y glisser un faux », décryptent les spécialistes auto-proclamés du sujet (2). Ce protocole ouvert, réputé infalsifiable, présente la triple caractéristique d’être partagé, décentralisé et cohérent. Plus besoin d’autorité centrale ou de grand livre de compte : une fois décryptée puis confirmée avec d’autres dans un bloc, chaque transaction est définitivement enregistrée, en chaque nœud du réseau, sous consensus de la majorité des membres de celui-ci. Pour vous représenter le blockchain, imaginez un gigantesque filet de pêche, chaque maille étant reliée de façon cohérente à la précédente et à la suivante, ce qui en garantit l’efficacité et l’inviolabilité. Magique !

Le blockchain serait l’une des « mégatendances » technologiques susceptibles d’avoir un impact sociétal majeur dans les 10 ans.

Au départ, le blockchain n’était que la technologie de stockage numérique du bitcoin, la sulfureuse crypto-monnaie utilisée par une poignée de geeks entre deux parties de donjons et dragons. Sauf que le blockchain est en train de devenir une affaire d’état, en plus de constituer une menace d’ubérisation ultime pour le secteur financier. Aux États-Unis, les banques draguent collectivement les start-up qui se sont lancées sur le créneau pour organiser la riposte, et IBM travaille avec la Réserve fédérale pour créer une infrastructure de paiement basée sur le blockchain, efficace et peu coûteuse.

Bref, le sujet est pris au sérieux. Pour le World Economic Forum (WEF), le blockchain est l’une des « mégatendances » technologiques susceptibles d’avoir un impact sociétal majeur dans les 10 années qui viennent (3), au même titre que l’imprimante 3D, l’intelligence artificielle ou le big data. Avec le blockchain, plus besoin de tiers de confiance : c’est le système lui-même qui génère la confiance. On imagine déjà les applications possibles : transactions financières, actes notariés, brevets, diplômes, cadastres… Le WEF parie même que certains gouvernements utiliseront le blockchain pour collecter les impôts dès 2023 !

En France, l’association d’entrepreneurs Croissance Plus vient d’interpeller (4) les autorités pour qu’elles réalisent, et vite, que le blockchain menace deux piliers majeurs de la souveraineté étatique : battre la monnaie et régir la confiance entre les citoyens. Son crédo ? L’Europe a loupé le coche du virage internet dans les années 90, elle ne peut pas se permettre de passer à côté de cette nouvelle révolution. Sinon au royaume du blockchain, il n’y aura vite plus rien de magique.

1. Littéralement : chaîne de blocs.

2. https://blockchainfrance.wordpress.com/ 

3. « Deep shift, technology tipping points and societal impact », septembre 2015. 

4. « Fintech 2020 : reprendre l’initiative », octobre 2015. 

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