Edito : Strip-tease thérapeutique

Edito : Strip-tease thérapeutique
Géraldine Vial, rédactrice en chef de l'Argus de l'assurance.

Bien sûr, on retiendra d’abord le show à l’américaine, parfaitement orchestré. Le diagnostic imparable sur les effets de la «bataille du numérique» : «Tous les secteurs sont touchés» ; «On a de toute façon pas le choix». La nécessité de sortir des schémas préétablis : inutile d’asséner «des solutions, des réformes», de toute façon, «personne n’a la clé». Et finalement les deadlines, serrées : la « première étape de la stratégie » sera dévoilée mi-décembre, après les élections régionales, et le projet de loi Noé sera présenté en janvier en Conseil des ministres, pour une adoption avant l’été.

Le projet de loi pour les «Nouvelles Opportunités économiques», efficacement marketé sous l’acronyme «Noé», sera présenté en janvier en Conseil des ministres.

En réalité, c’est surtout à notre cerveau émotionnel qu’Emmanuel Macron s’adressait, en lançant en grande pompe le 9 novembre son projet de loi pour les «Nouvelles Opportunités économiques», efficacement marketé sous l’acronyme «Noé». «Noé, c’est l’arche qui ouvre toutes les opportunités», défend son promoteur, démontrant au passage une réelle maîtrise dans l’art du «teasing» (1). Réfutant l’idée de «faire un striptease vers la loi», notre ministre de l’économie a malgré tout réussi le prodige de suggérer beaucoup, en dévoilant juste de quoi accrocher le regard. Efficace…

C’est vrai, comment ne pas adhérer au « diagnostic partagé » du locataire de Bercy sur l’économie de la disruption ? Comment ne pas souscrire à l’idée selon laquelle il faut avoir « le bon cadre » pour que « tout monde ait sa place dans cette transformation technologique et d’usage » ?

Sauf que notre cerveau rationnel demande enco­re à être convaincu par le détail de la mission confiée à Noé. Surtout que, l’air de rien, le capitaine Macron a commencé à distiller quelques informations sensibles sur le cap à tenir. «Ce qui est fondamental, dit-il, c’est d’adapter notre cadre fiscal, notre cadre de financement de l’économie.» Pourquoi ? Parce que «l’économie de disruption (…) quelles qu’en soient les formes, c’est une économie qui a besoin de fonds propres, de capital». Tiens tiens. «Il faut ramener le capital de nos épargnants vers le financement de l’économie réelle. (…) Il faut développer une forme de fonds de pension à la française, et adapter le cadre fiscal à ce changement. Et c’est ça aussi que je compte proposer dans les prochaines semaines.» Nous y voilà.

Passé le numéro de charme sur fond de transformation digitale de l’économie française, Emmanuel Macron doit maintenant parachever l’entreprise de reprogrammation cognitive (2) qu’il vient d’amorcer. L’enjeu est thérapeutique : en réorientant leur regard vers des images plus positives (l’innovation, le numérique, l’entreprenariat), l’objectif est d’aider les Français à autocorriger leurs traumatismes anciens, pour, in fine, les réconcilier collectivement avec l’épargne longue, la prise de risque, la capitalisation. Habile ? Non, nécessaire. Vu les délais, une psychanalyse collective serait trop longue. Et bien incertaine.

1. Le teasing, ou l’aguichage, est une technique visant à attirer le spectateur ou le client potentiel par un message fondé sur l’interpellation.

2. Thérapie brève visant à remplacer les idées négatives et les comportements inadaptés par des pensées et des réactions en adéquation avec la réalité. 

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