Électrochoc

Électrochoc
Olivier BaccuzatRédacteur en chefolivier.baccuzat@infopro-digital.com © Laetitia Duarte

En dénonçant des « petits pas » qui, même s’ils ont le mérite d’exister, sont loin d’être à la hauteur des enjeux que constituent la transition écologique, le réchauffement climatique et la sauvegarde de la biodiversité, en regrettant qu’« on assiste à la gestation d’une tragédie annoncée dans une forme d’indifférence », Nicolas Hulot, qui a claqué la porte du gouvernement d’Édouard Philippe, nous a renvoyés à nos contradictions : collectivement ou individuellement, nous nous émouvons et nous nous inquiétons des dégâts causés à la planète par nos modèles de sociétés, par une surconsommation quasi boulimique. Et pourtant, nous faisons si peu, collectivement ou individuellement, pour la préserver et la sauver…

Pendant ce temps, le monde perd la boule, inexorablement, à l’image de catastrophes naturelles plus nombreuses, coûteuses (330 milliards de dollars de dégâts en 2017, soit près du double de 2016, selon un chiffrage de Munich Re) et meurtrières, nous donnant ainsi, n’en déplaise aux climato-sceptiques, un « avant-goût » de ce que pourrait être notre avenir si rien ne change. Un peu partout, l’été fut marqué par des incendies et de nouveaux records de température. Ce n’est qu’un début, hélas. Une étude du CNRS parue en plein mois d’août estime que les cinq prochaines années seront encore plus chaudes que ne le prévoyaient les précédents modèles climatiques des chercheurs, avec des risques de températures anormalement élevées au niveau de la surface des océans, propices aux ouragans.

Homme de convictions – personne ne peut contester la sincérité de son engagement et de ses propos –, Nicolas Hulot a retrouvé sa liberté de parole. D'ailleurs, pour que les choses bougent, peut-être sera-t-il plus utile en dehors du gouvernement qu’en son sein. Nous verrons si l’électrochoc de sa démission sera suivi d’effets ou non. Mais si son constat est juste, attention à ne pas se tromper sur les remèdes à mettre en œuvre. Dans une interview, sa dernière en tant que ministre, au magazine We Demain, l’écologiste promeut une économie sociale et solidaire où l’on travaillerait moins de 35 heures, où une agriculture faiblement méca­nisée emploierait trois fois plus de salariés et n’aurait plus du tout recours aux pesti­cides et herbicides. Pourquoi pas ? Mais attention à ce que cette transition, qu’il appelle de ses vœux, ne se fasse pas, sous peine d’être hors-sol, sans le concours du monde de l’entreprise et de l’industrie qui, lobbies ou pas, devra nécessairement y être associé. ?

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