L'EMIR veille

En 2003, Warren Buffet qualifiait les produits dérivés « d'armes de destruction massive » (1). Dix ans plus tard, ces contrats font face à une réglementation de part et d'autre de l'Atlantique : la « Dodd-Frank Act » aux États-Unis et, depuis quelques jours, les premières mesures d'EMIR en Europe (2). Ces textes tentent d'encadrer ces produits [dont le montant est évalué à quelque 634 000 Md$ au niveau mondial (3)] qui fixent à l'avance le prix auquel ils pourraient être achetés ou vendus selon la situation à terme ou conditionnelle de certains sous-jacents.

À leur création dans les années 70, ce sont les devises et les actions qui servaient de base à ses produits dérivés. Puis les « ingénieurs financiers », souvent qualifiés « d'apprentis sorciers », ont inventé des dérivés portant sur des indices très divers comme l'inflation, le chômage, la volatilité des marchés financiers, la température, la croissance du PIB, voire le nombre de buts marqués lors d'un tournoi de football... Un fantaisisme non sans conséquences.

Les assureurs devront respecter les dispositions d'EMIR enfin complètes d'ici à fin 2014, soit quelques mois après l'entrée en vigueur théorique de Solvabilité 2.

Après la faillite de Lehman Brothers et le sauvetage d'AIG, les États-Unis et l'Europe ont pris conscience de la complexité de ces « engins » dont l'opacité amplifiait la prise de risque, rendant de surcroît ces produits générateurs de leurs propres risques aux retombées souvent jugées systémiques.

Cependant, les assureurs en ont dans leur portefeuille, non pas à des fins spéculatives, mais afin de couvrir leurs propres risques liés à la duration et à la convexité (indicateur de risque) des obligations à taux fixes (souveraines et corporate). Or, dans le but de structurer plus facilement les portefeuilles d'actifs de façon à faire correspondre la duration des avoirs et celle des engagements, les assureurs utilisent ces dérivés à la gestion plus souple et plus rapide.

Le dernier bilan disponible, en date du 31 décembre 2011, évalue le montant des placements des assureurs à 1 765 Md€, dont 4% en placements divers - essentiellement des produits dérivés (4). Et certains assureurs, dont Henri de Castries, PDG du groupe Axa, estime que « les dérivés ont prouvé leur utilité et leur résilience pendant la crise » (5) et que Solvabilité 2 devrait accroître leur recours, puisque la directive incite les acteurs du marché à mieux gérer et atténuer le risque financier. Ainsi les assureurs devront-ils respecter les dispositions d'EMIR enfin complètes d'ici à fin 2014... quelques mois après l'entrée en vigueur théorique de Solvabilité 2.

(1) Dans sa lettre annuelle adressée à ses actionnaires.

(2) European Market Infrastructure Regulation.

(3) Selon la Bank for International Settlements (juin 2012).

(4) ACP - Banque de France.

(5) Banque de France - Revue de la stabilité financière n° 14, juillet 2010.

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