La bonne fortune !

La minute de silence s'étire comme si le temps, lui aussi, avait pris la mesure de la catastrophe qu'il s'agissait de commémorer. Le 11 mars 2014, à 14 h 45 heure locale, le Japon s'est figé au son des alarmes et des sirènes. Une manifestation collective censée rappeler à tous ce que personne n'arrive à oublier : un séisme de magnitude 9 au large des côtes, un tsunami dévastateur et l'anéantissement de la centrale nucléaire de Fukushima exploitée par Tepco. Ce jour-là, l'inimaginable venait de se produire à la face du monde, lui révélant subitement sa triple vulnérabilité : vulnérabilité naturelle, vulnérabilité nucléaire, vulnérabilité industrielle.

La masse assurable progresse, sous l'effet combiné d'une plus grande identification des risques supply chain... et de l'augmentation programmée des capacités nucléaires.
Trois ans plus tard, les Japonais savent que plus d'un siècle sera nécessaire pour que la zone frappée reprenne ses droits à la vie. Un délai incompatible avec nos sociétés occidentales précipitées dans l'ère de l'égoïsme et du juste-à-temps, depuis lesquelles, cependant, chacun salue l'incroyable solidarité qui anime l'archipel... tout en évaluant les conséquences de cette catastrophe pour sa pomme ! Car les leçons de Fukushima sont nombreuses et largement visibles et mesurables. Tout d'abord pour le marché, puisque, selon les experts de Sigma, la facture pour les dommages assurés s'est élevée à 35 Md$, AIG et Munich Re figurant parmi les assureurs et réassureurs les plus touchés. Voilà pour l'addition.

Mais quid des recettes ? Avec trois ans de recul, certains pourraient même être tentés d'avancer que Fukushima ne porterait pas si mal son nom de « bonne fortune » (1). En effet, fortement sensibilisées, voire directement frappées, par l'effet papillon de la catastrophe sur leurs sources d'approvisionnement, de nombreuses entreprises de toute taille se sont empressées de cartographier et d'estimer leur risque supply chain... avant de le transférer à leurs assureurs. Voilà une extension de la masse assurable qui n'est pas prête de se rétracter, puisque ce risque est identifié comme le premier de tous par 43% des risk-managers interrogés par AGCS dans le cadre de son baromètre annuel (janvier 2014). Le deuxième étant les catastrophes naturelles, avec 33%.

L'autre extension de la masse assurable, pour le moins étonnante, est celle portant sur le risque nucléaire. En effet, alors que certains pays comme l'Allemagne, l'Italie et la Suisse avaient annoncé la fermeture de leurs centrales nucléaires au lendemain de la catastrophe nipponne, une très récente étude de Roland Berger Strategy Consultants estime que les capacités nucléaires installées dans le monde pourraient augmenter de 26% d'ici à 2030. Et de lister quelque 72 unités en construction, dont 28 en Chine... et 2 au Japon !

1. Fuku signifie « bonne fortune » en japonais.

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