Le fruit de l'incertitude

Le fruit de l'incertitude
Laetitia Duarte Olivier Baccuzat Rédacteur en chef olivier.baccuzat@infopro-digital.com

L’assurance vie serait-elle entrée dans une période de sécheresse ? Un constat s’impose en tout cas. Sur les huit derniers mois, la collecte nette est plutôt faiblar­de. En mars, celle-ci a été nulle – une première depuis janvier 2013 – et, en avril, elle n’a été « que » de 400 M€, selon les chiffres de la Fédération française de l’assurance (FFA). On est assez loin des niveaux observés il y a encore un an.

C’est que tel un bon assureur, l’épargnant sait parfaitement faire la différen­ce entre un risque qui, par essence, est mesurable, et une incertitude qui, elle ne l’est pas. Nul besoin pour cela d’avoir lu le célèbre ouvrage Risk, uncertainty and profit (1921), de l’économiste nord-américain Franck Knight, pape de la probabilité. « Monsieur Tout-le-Monde » arbitre donc en fonction de ce que lui dicte son bon sens (et ses intérêts), pesant le pour et le contre au regard des chiffres ou des informations dont il dispose.

L’épargnant en veut pour son argent, quitte à délaisser l’assurance vie pour des placements plus liquides comme le livret A qui semble avoir, de nouveau, le vent en poupe.

Or, que constate-t-il sur l’assurance vie ? Que compte tenu de la faibles­se des taux, le rende­ment des fonds euros diminue chaque année. Et cela risque de durer puisque « la modération des taux servis en assurance vie » est nécessaire pour préser­ver la solvabilité des assureurs vie, a réaffir­mé, fin mai, François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France et président de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Des appels à la prudence « assez largement entendus », s’est d’ailleurs félici­té ce dernier.

L’épargnant, lui, n’en a cure. Son intérêt, c’est que ses économies lui rappor­tent. Ce n’est d’ailleurs pas le fait du hasard, si, depuis novembre, la part d’unités de comptes dans l’assurance vie, plus risquées, mais plus lucratives, oscille régulièrement entre 23 et 25 % des cotisations contre 17 à 18 % auparavant.

Le régime fiscal est également déterminant au moment des arbitrages. Or, sur ce point, que d’incertitudes ! Dans son programme présidentiel, Emmanuel Macron avait annoncé l’instauration d’un « prélèvement unique sur les revenus du capital, de l’ordre de 30 % ». Dans le cas de l’assurance vie, seuls les intérêts générés après la mise en place de cette flat tax seraient visés. Et uniquement pour les encours supérieurs à 150 000 €. Mais cette règle s’appliquera-t-elle contrat par contrat ou à l’échelle d’un foyer fiscal ? Y aura-t-il plusieurs taux de prélèvement pour un contrat ayant bénéficié de versements avant et après l’introduction du nouveau disposi­tif ? Une question d’autant plus compliquée que le taux de CSG sera relevé de 1,7 % à partir du 1er janvier 2018.

Pas si étonnant, dans un contexte aussi incertain, que la collecte nette soit à marée basse. L’épargnant en veut pour son argent, quitte à délaisser l’assurance vie pour des placements plus liquides comme le livret A qui semble avoir, de nouveau, le vent en poupe : sa collecte, en avril, était dans le vert pour le cinquiè­me mois d’affilée.

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