Pollution(s)

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Olivier Baccuzat Rédacteur en chef olivier.baccuzat@infopro-digital.com © Laetitia Duarte

La vidéo, prise d’un téléphone portable, est d’une qualité médiocre. On y distin­gue deux tuyaux reliés à un camion-citer­ne d’où s’échappe, en pleine nature, un liquide vert fluorescent. Ces images révélées par France Bleu Lorraine et prises par un ex-chauffeur intérimaire ayant travaillé pour un sous-traitant d’ArcelorMittal ont enflam­mé Internet, début juillet. Pourquoi ? Parce que l’homme soutient avoir ainsi déver­sé, entre décembre 2016 et février 2017, des centaines de mètres cubes d’acide dans un crassier, c’est-à-dire un dépotoir de l’usine sidérurgique de Florange. Alors que cette matière, hautement dangereuse et toxique, aurait dû être recyclée dans un centre spécialisé.

La direction d’ArcelorMittal réfute être « à l’origine de prétendus déversements irréguliers sur la zone de stockage ». Et précise que « si ces faits étaient avérés, ils seraient le fait de personnes isolées au sein d’ArcelorMittal ou des entreprises sous-traitantes ». Si tel était le cas, le groupe sidérurgique porterait plainte, explique-t-il dans un communiqué, assurant qu’il « n’existe pas de rejet pouvant impacter les populations ». Sous-entendu : aucun risque que les nappes phréatiques soient infiltrées. Soit. Toujours est-il que la justice a jugé bon d’ouvrir une enquête préliminaire pour atteinte à l’environnement. La direction régionale de l’environnement veut également connaître le fin mot de cette histoire qui, hasard du calendrier, a fait la une quelques jours avant que Nicolas Hulot ne dévoile son Plan climat dont un volet concerne… les industriels.

Dans ce cas précis, il est trop tôt pour dire à qui incombe la faute. Cela ne préjuge en rien d’une éventuelle responsabilité du groupe dans cette affaire, mais chez ArcelorMittal le risque environ­nemental (et donc aussi le principe du pollueur-payeur) est un sujet pris très au sérieux. Son rapport annuel précise que pour l’exercice 2016, le numé­ro un mondial a provisionné 414 M€ en 2016 afin de faire face, en Europe, à des enquêtes et demandes d’assainissement de ses sites. Dont 77 M€ pour la France. Page 131 de ce document, le groupe met en avant des normes environnementales mouvantes et de plus en plus strictes et admet être impliqué actuellement ou à l’avenir dans « un litige, un arbitrage ou d’autres procédu­res judiciaires ». De fait, la réglementation environ­nementale, en France et en Europe, n’a cessé d’être renforcée ces dernières années, durcis­sant la responsabilité des entreprises. Mais de l’aveu même des assureurs, ce risque est enco­re très – trop – méconnu de nombreuses entreprises, qu’elles travaillent ou non dans l’industrie lourde.

Comment améliorer la prise en compte de ce risque ? Voilà sans doute un chantier de taille pour le ministre Nicolas Hulot. D’ailleurs, peut-être pourrait-il s’inspirer, une fois n’est pas coutu­me, de l’empire du Milieu. La Chine a beau être l’un des plus gros pollueurs de la planète, ça ne l’a pas empêché, récemment, de prendre une décision des plus radicales, en rendant obligatoi­re la souscription d’une assurance en responsabilité civile environnementale pour les activités les plus polluantes.

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