Quand la Chine s'assurera...

Quand la Chine s'assurera...
Bernard Martinez

Coup sur coup, Axa et Groupama viennent d'annoncer d'importants accords de développement en Chine. Avec l'entrée d'Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) au capital de sa filiale chinoise d'assurance vie, le groupe d'Henri de Castries s'ouvre la porte d'un impressionnant réseau bancaire de 16 000 guichets, alors que la société commune créée par l'assureur « vert » avec le principal constructeur aéronautique chinois entend jouer les premiers rôles en assurance dommages. Il est vrai que les perspectives de ce marché ont de quoi aiguiser les appétits. En assurance comme ailleurs, les chiffres donnent le tournis. Depuis que le pays de Mao s'est résolument ouvert à l'économie capitaliste, à la fin des années quatre-vingt-dix, le secteur affiche un taux de croissance annuel de plus 20 %. En assurance vie la progression dépasse même les 30 % !

Et ce n'est qu'un début, car le marché chinois de l'assurance demeure sous-développé, comme le souligne une étude très détaillée de la mission économique de Shanghai. Les primes d'assurance représentent moins de 2 % du PIB, là où elles frôlent les 5 % aux États-Unis. Pèle mêle, développement économique, vieillissement de la population, catastrophes naturelles... tout concourt à une explosion du volume d'affaires. L'émergence d'une classe moyenne avide de consommation fait saliver les directions du marketing. Quelque six à sept cents millions de personnes, à l'horizon 2020, se précipiteront dans les succursales automobiles et seront soucieuses d'épargner pour leurs vieux jours, les solidarités familiales ayant volé en éclat sous les coups de boutoir de l'économie de marché...

Toutefois, la mariée est aussi belle que difficile à conquérir. La présence des assureurs étrangers reste très modeste, moins de 3 % de part du marché. Là aussi, l'imagination de Pékin est sans limite pour tordre à son avantage les principes de la libre concurrence. Les pratiques de la CIRC, autorité de régulation des assurances en Chine, feraient frémir tous ceux qui s'agacent des tracasseries de notre ACP nationale. En assurance vie, par exemple, pas question de pouvoir séduire l'épargnant sans passer par la case joint-venture avec un assureur local.

En fait, la Chine manque visiblement d'expertise, de cadres et salariés bien formés, pour développer l'assurance, érigée au rang de secteurstratégique. Et elle compte bien sur les ressources extérieures, les transferts de compétences pour combler ce handicap. Une stratégie éprouvée dans d'autres domaines, comme l'ont rappelé nombre de commentateurs lors de la récente visite à Paris du président chinois. Avec le risque d'un terrible effet boomerang, qui voit l'« élève » devenir le premier concurrent du « maître ». Certes, l'assurance est bien éloignée de l'industrie aéronautique, mais faut-il pour autant exclure, si ce n'est demain peut-être après-demain, l'arrivée fracassante de compagnies chinoises sur le marché français ?

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