Solidité actuarielle

Solidité actuarielle
Olivier Baccuzat, rédacteur en chef

Ah, les données personnelles des internautes, qualifiées d’or noir du xxie siècle… Que ne ferait-on pour capter un volume quasi-inépuisable d’informations, pour les exploiter et tenter d’en faire un levier d’amélioration de son business, voire un nouveau business tout court ? Partout et dans tous les secteurs, c’est la même obsession, l’assurance n’échappant évidemment pas à la règle. Les velléités de certaines compagnies ne sont d’ailleurs pas tout à fait du goût du régulateur de l’État de New York, l’un des plus peuplés des États-Unis.

Le département des services financiers – l’une des administrations placées sous l’autorité du gouverneur – a ainsi jugé utile d’adresser une circulaire à tous les assureurs autorisés à souscrire localement de l’assurance vie. Un rappel à la loi qui ne dit pas son nom. En date du 18 janvier, ce courrier avait en effet pour objet de les informer sur leurs obligations légales en ce qui concerne l’utilisation de données dites « externes ». Qu’est-ce que le régulateur new-yorkais entend par ce terme ? Il fait référence aux informations dont disposent les assureurs mais qui ne sont pas directement liées à l’état de santé de leurs clients. Des données, écrit-il, qui « sont utilisées – tout ou partie – pour compléter la tarification médicale traditionnelle », voire la remplacer tout court, pour établir des « indicateurs de style de vie » pouvant « contribuer à une évaluation technique », grace à des algorithmes ou des modèles prédictifs. Exemples ? Des messages, images ou statuts publiés sur Instagram ou Facebook par des particuliers bien loin de penser que le fait de partager ainsi leur vie privée peut se retourner contre eux en renchérissant le coût de leur prime.

Pour simplifier, publier des photos ou des vidéos de soi n’a pas tout à fait la même incidence selon qu’on se montre en pleine activité sportive ou en train de faire la fête. Sauf que le régulateur new-yorkais juge que « l’utilisation de ces modèles peut ne pas être suffisamment justifiée » du point de vue actuariel. Passons sur le fait que l’utilisation de telles données puisse être contraire aux lois américaines sur la discrimination et le droit à l’information du consommateur. L’intérêt de cette circulaire (la première du genre outre-Atlantique) est qu’elle oblige les assureurs à démontrer la solidité des principes actuariels des algorithmes ou modèles prédictifs basés sur des données glanées sur les réseaux sociaux. Et prouver que toute corrélation ou lien de causalité est justifiée.

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