Rendements assurance vie 2018 : les assureurs manient les curseurs avec douceur

Rendements assurance vie 2018 : les assureurs manient les curseurs avec douceur
© Thomas Jh. Baumann

Le mot-clé de l'assurance vie en 2018 ? Prudence ! La baisse des rendements des fonds en euros est moins sévère qu'attendu. Les assureurs composent avec l'inflation et continuent à sécuriser l'avenir.

Avec un encours en hausse à 1 700 Md€, l'assurance vie reste le placement préféré des Français. La diminution des rendements, la hausse de l'inflation, la volatilité des marchés, rien ne déstabilise ce produit d'épargne. Mais pour les assureurs, la route est semée d'embûches. Entre les ralentisseurs installés par l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), les intempéries de la Bourse, et les limitations de vitesse des taux obligataires quine remontent pas, la voie est étroite. Pour ne pas perdre les épargnants en chemin, ils ont décidé cette année de tendre vers le surplace.

D'après nos calculs sur les taux publiés au 5 février, on est plus proche d'une baisse de 0,1 point que du 0,2 point anticipé. Attention ! il ne s'agit pas d'une moyenne pondérée parle montant des encours, et BNP Paribas devrait la faire baisser avec ses taux en recul de 25 à 28 points de base. Toutefois, parmi les plus gros acteurs du marché, la plupart concède des rendements en très légère hausse (CNP Assurances, BPCE) ou stables (Société générale, Sur avenir, Axa). De plus, on constate une moindre amplitude dans les mouvements de baisse par rapport à 2017.

Les années précédentes, on pouvait doter les réserves tout en donnant du pouvoir d’achat. Dorénavant, continuer à faire baisser les rendements est un discours difficile à tenir.

Bernard Le Bras président du directoire de Suravenir

Gestion active

Dans la répartition, pas de surprise. Dans l'ensemble, les mutualistes et les banques en ligne servent les meilleurs taux, les bancassureurs les moins bons. On peut dire que les meilleurs fonds en euros servent plus de 2%, qu'autour de 1,70 % ils sont dans la moyenne, et qu'en dessous de 1,50 %ils font partie des moins performants (certains descendent jusqu'à 1,10 %). Les fonds dynamiques ont été plombés par la Bourse, et les fonds à composante immobilière caracolent dans le haut du classement.

Si les rendements ont mieux résisté que prévu, on ne peut pas dire pour autant que les assureurs aient lâché du lest. La plupart ont continué à doter leur provision pour participation aux bénéfices (PPB). Même ceux qui augmentent leurs taux ne piochent pas dans leurs réserves, nous confie un bancassureur. On ne compte plus les communiqués de presse faisant état d'une « gestion prudente et responsable ».

« Parvenir à rester stable demande un gros effort, cela demande d'avoir une gestion très active, dans un contexte de rendement des actifs décroissant », indique un institutionnel du secteur. Si certains ont pus'appuyer sur des plus-values réalisées avant la baisse des marchés boursiers, tous n'ont pas eu cette chance, comme l'Afer qui a dû sacrifier sa dotation pour ne pas trop baisser son rendement.

C'est que l'inflation est venue jouer les perturbateurs. À 1,8 % en 2018 selon l'Insee (contre 1 % en 2017), faire passer la moyenne des rendements nets de frais de gestion à 1,6 % comme on s'y préparait est devenu beaucoup plus compliqué. D'autant plus que depuis le 1er janvier 2018, les revenus du patrimoine sont soumis à un taux de prélèvements sociaux passé de 15,5 % à 17,2%, qui pèse aussi sur les rendements.

David Mariuzza, directeur de la practice finance et modélisation d’Actuaris
Conserver la confiance des assurés

« Les rendements 2018 amènent plusieurs constats. Les annonces, de plus en plus tardives, montrent que le niveau du taux servi n'est plus au cœur de la stratégie des assureurs, l'objectif de l'ensemble des acteurs étant d'inciter les épargnants à investir davantage sur les supports en unités de compte. Mais pour cela, il faut qu'ils conservent leur confiance. C'est certainement ce qui explique que le rendement des fonds en euros a moins baissé que ce à quoi nous pouvions nous attendre, et ce en dépit d'une politique de gestion des réserves prudente, y compris sur les provisions pour participation aux excédents (PPE). Servir un taux inférieur à l'inflation, qui a encore augmenté, paraît compliqué même sic'est visiblement ce qui est en train de se passer pour certains acteurs, pour la première fois cette année. »

 

« Les années précédentes, on pouvait doter les réserves tout en donnant du pouvoir d'achat. Dorénavant, continuer à faire baisser les rendements est un discours difficile à tenir, surtout dans le contexte actuel », explique Bernard Le Bras, président du directoire de Suravenir. Désormais, on peut diviser le marché entre ceux qui sont au-dessus de l'inflation, et ceux qui sont en dessous.

Contrairement aux années précédentes, l'ACPR n'avait pas exprimé officiellement de « consignes » demandant aux assureurs de freiner sur les rendements pour constituer des réserves. Même si, en coulisses, les échanges ont bien eu lieu. Mais, fondamentalement, les données macro économiques n'ayant pas changé, les assureurs savaient ce qu'ils avaient à faire.

Finalement, touts'est joué enfin d'année, avec l'accélération de l'inflation et la chute des marchés financiers qui ont perturbé les plans des uns et des autres. C'est peut-être pour cette raison que l'on observe des comportements moins uniformes cette année. Maintenant que le grand mouvement de baisse a atteint un certain plancher, les adaptations sont plus subtiles.

Chiffres

  • Collecte nette 2018 22,4 Md€
    SOURCE : FFA
  • Taux de rendement moyen des fonds en euros
    - 1,6%
    en 2018 SOURCE : FACTS & FIGURES (ESTIMATION FIN 2018)
    - 1,8% en 2017 SOURCE : FFA
     

Doser fonds en euros et UC

Dans ce contexte, tout l'enjeu pour les assureurs consiste à conserver la confiance des épargnants pour les amener vers les unités de compte (UC). Cette confiance est d'autant plus cruciale que les UC sont tirées parla souscription de contrats sous mandat de gestion. Mandats qui affichent des performances négatives sur 2018…

De l'aveu de Suravenir et Generali, la collecte marque le pas en ce début d'année, et les épargnants se réorientent vers les fonds euros. À partir de maintenant,ils'agit de ne pas décourager la collecte (qui a fléchi en décembre) tout en la préservant d'un effet dilutif trop important si jamais elle était trop investie en euros.Certains vont assouplir leurs conditions d'investissement sur les fonds en euros (Suravenir a lancé une opération en ce sens), d'autres pourraient se mettre aux bonifications réservées aux contrats investis dans une certaine proportion en UC, comme le font déjà Axa, MMA ou encore AG2R La Mondiale. Il va falloir jouer finement avec les curseurs. Enfin, un jeu« prudent et responsable », bien sûr.

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