Loi Pacte : épargne retraite, les raisons d'y croire

Loi Pacte : épargne retraite, les raisons d'y croire
shape charge PA / Getty Images

Le projet de loi Pacte, préambule à une réforme des retraites qui pourrait être douloureuse, est censé donner le goût de l’épargne de long terme aux Français. Les professionnels sont dans les starting-blocks...

Avec 13 Md€ de cotisations, l’épargne consacrée au financement des retraites supplémentaires ne représente que 4,3 % de notre système global de retraites. C’est peu, et cela n’évolue guère, malgré 30 ans d’incantations gouvernementales et une baisse sensible des taux de remplacement. Le gouvernement ne s’en cache pas : le projet de loi Pacte, en cours de discussion au Parlement, et ses dispositions relatives à l’épargne retraite sont un préambule à la réforme des retraites qui devrait se traduire par une baisse marquée des taux de remplacement, notamment pour les cadres.

Placements à long terme

Malgré les réformes de 2003 et 2013, les Français demeurent très optimistes. « Toutes les études convergent, explique Patrice Bonin, directeur général d’Arial CNP Assurances. Les actifs tendent à survaloriser de 10  points le niveau du taux de remplacement qui leur sera servi lors de leur départ à la retraite. » Et pour cause : « Nos régimes obligatoires restent relativement généreux par rapport à la moyenne occidentale, estime Pierre-Alain Boscher, managing director du cabinet de conseil Optimind Winter. Mais ils demandent un effort financier important aux actifs et aux entreprises. »

Effort qui laisse peu de place au financement d’une épargne retraite supplémentaire. Du moins en apparence. Car, en y regardant de plus près, on se rend compte qu’environ « un tiers des encours de l’assurance vie et de nombreux projets immobiliers sont destinés à la préparation de la retraite », observe Odette Césari, directrice de l’épargne retraite entreprise d’Axa France.

L’assurance vie demeure effectivement « le placement phare des Français, confirme Pierre-Alain Boscher. C’est un produit fourre-tout dont le principal signe distinctif reste une fiscalité avantageuse. » Mais un produit qui n’est pas spécifiquement orienté vers le long terme. Or « l’épargne retraite pose la question de l’horizon du placement », insiste Odette Césari, pour qui « la réussite de la loi Pacte se jouera précisément sur la performance des placements à long terme. Les offres d’épargne retraite vont devoir s’adapter à la nouvelle donne de la loi Pacte, avec une gestion pilotée performante accessible dans tous les produits. »

Un troisième étage encore faible

  • 12,2 millions de détenteurs d’un contrat de retraite supplémentaire
  • 13 Md€ collectés, soit environ 1 000 € par épargnant et par an
  • 5,5 Md€ de prestations versées contre 308 Md€ par les régimes obligatoires (base et complémentaire) Sources : COR, Drees
  • 2,2 millions de bénéficiaires de prestations de retraite supplémentaire.

Source : Drees (chiffres 2015)

 

Il est naturellement trop tôt pour envisager l’effet du projet de loi Pacte, alors que de nombreux détails techniques ne sont pas encore calés. Mais les professionnels de l’épargne fourbissent déjà leurs armes. C’est le cas notamment des bancassureurs, « qui sont passés à côté de la généralisation des complémentaires santé mais comptent bien se rattraper sur l’épargne retraite », note un observateur. « Ils ont une véritable légitimité sur le marché de l’épargne, confirme Pierre-Alain Boscher. De plus, leur réseau d’agences leur confère un double avantage : une commercialisation sans intermédiaires sur des produits dont les marges sont serrées ainsi qu’une certaine proximité avec les TPE et les PME, notoirement sous-équipées en retraites collectives. »

Des outils de simulation

Crédit agricole Assurances est dans les starting-blocks : « Le marché de l’épargne retraite, sur lequel le groupe Crédit agricole a des positions de leader, est voué à se développer, explique Jean-Luc François, directeur épargne retraite de Crédit agricole Assurances. Notre modèle de bancassurance, la connaissance globale du patrimoine de nos clients et notre proximité avec ces derniers sont autant d’atouts qui vont nous permettre de nous développer sur ce marché. Il reste encore beaucoup d’hypothèses techniques à lever sur la loi Pacte, concernant notamment la fiscalité. Nous serons très attentifs à la façon dont la loi, ses décrets d’application et la loi de finances seront rédigés. »

Objectif : 300 Md€ d’encours

Le projet de loi Pacte comporte quatre grandes mesures afin de développer l’épargne retraite. Objectif : passer de 200 Md€ à 300 Md€ d’encours d’ici à la fin de l’année grâce à quatre leviers :

  • Décloisonnement : les fonds doivent pouvoir être transférés plus facilement d’un produit à l’autre (Perp, Perco et, sous certaines réserves, Madelin) ;
  • Sortie au choix : l’épargnant doit pouvoir choisir entre sortie en rente ou en capital ;
  • Coup de pouce aux PME : dans les PME de moins de 250 salariés, le forfait social est supprimé en cas d’abondements sur le Perco ;
  • Renforcer la performance : la gestion pilotée (sur des supports plus ou moins risqués selon l’horizon de départ à la retraite) s’appliquera par défaut à tous les produits retraite.

 

En attendant, les opérateurs se mettent en ordre de marche pour adapter leur offre au nouveau cadre réglementaire. Du côté d’Arial CNP Assurances, « la première étape sera la mise en conformité, estime Patrice Bonin. Nous devons réorganiser notre offre autour des trois compartiments prévus par la loi Pacte : le premier pour les versements individuels, le deuxième pour l’épargne salariale et le dernier pour l’épargne retraite collective. »

Axa France va s’attacher à « faire converger les offres d’épargne retraite individuelles (Perp, Madelin) et collectives (article 83, Perco) et à généraliser la gestion pilotée (déjà proposée dans le cadre des Perp et des Perco) », détaille Odette Césari. Tous les opérateurs se préparent également à « accompagner les entreprises et les épargnants dans la compréhension de ce nouvel environnement », explique-t-on chez Société générale Insurance. Avec une priorité : « Développer des outils de simulation permettant aux futurs retraités d’avoir une meilleure vision de leurs avoirs. »

Simplifier le système et donner aux futurs retraités une meilleure visibilité sur leurs revenus à venir est le fil conducteur reliant le projet de loi Pacte et la réforme des retraites. Dans cette logique, Axa France est en train de faire évoluer son outil de simulation Easy Projet : il permettra aux épargnants, à terme, de visualiser l’ensemble de leur épargne retraite (individuelle et collective) ainsi que leurs droits acquis auprès des régimes obligatoires.

Un facteur différenciant

Ce continuum entre les trois régimes (retraite de base, complémentaire et supplémentaire) n’est pas sans rappeler le système à trois étages du système de santé. « Et si la loi Pacte n’était qu’une première étape vers la généralisation de la retraite supplémentaire collective ? », s’interroge Pierre-Alain Boscher.

En créant une plateforme commune avec Amundi, Crédit agricole Assurances a pris les devants, convaincu que le marché de la retraite supplémentaire sera porté par les collectives. « En matière de protection sociale, les entreprises se sont longtemps concentrées sur la santé et la prévoyance, explique Pierre Guillocheau, directeur des assurances collectives de Crédit agricole Assurances. Mais avec les dernières réformes, la santé apparaît de moins en moins comme un levier de différenciation. Les PME et les ETI commencent donc à s’intéresser sérieusement à la retraite, notamment pour leurs cadres dont les taux de remplacement vont encore baisser avec la réforme de l’Agirc-Arrco. Les DRH se rendent compte que la retraite peut être un réel facteur de différenciation et de fidélisation des cadres, dont le marché du recrutement connaît certaines tensions. »

Si l’on considère qu’à peine 14 % des entreprises de plus de 10 salariés sont équipées, le gisement de croissance semble considérable. « Mais le grand soir n’est pas pour demain ! », prévient Patrice Bonin. Entre la prise de conscience des futurs retraités et les délais de mise en conformité des assureurs, « la loi Pacte ne devrait pas avoir d’impact sur les volumes avant deux ou trois ans », estime Pierre-Alain Boscher. Délai auquel il convient d’ajouter, dans le cas des retraites collectives, le temps du dialogue social. La route est encore longue…

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