Loi Pacte : « Un fonds de capitalisation serait dans l'intérêt des salariés comme des entreprises », estime Alain Villemeur

Loi Pacte : « Un fonds de capitalisation serait dans l'intérêt des salariés comme des entreprises », estime Alain Villemeur
Alain Villemeur, directeur scientifique de la chaire Transitions démographiques Transitions économiques (TDTE)

Pour l’économiste Alain Villemeur, directeur scientifique de la chaire Transitions démographiques Transitions économiques (TDTE) de l’université Paris Dauphine, l’ambition de la loi Pacte d’atteindre 300 Md€ d’encours en épargne retraite est largement insuffisante. Le système a besoin de 900 Md€.

L’Argus de l’assurance : Comment réagissez-vous au projet de réforme des retraites, notamment à l’âge pivot fixé à 64 ans et au système de décote-surcote ?

Alain Villemeur* : Le principe de la retraite à points associée à un régime universel nous paraît être un très bon principe. Au sein de TDTE, nous sommes partisans d’une réforme systémique et d’un régime par points. Quand on rentre dans le détail, nous pensons néanmoins que c’est une réforme très compliquée à mener.

Pour quelle raison ?

64 ans, c’est l’âge d’équilibre qui avait été anticipé pour 2040 dans les études. Que cet horizon soit avancé est tout à fait justifié, car il n’y a aucun doute qu’il faille travailler plus longtemps pour assurer la soutenabilité du système de retraite. Mais ce qui n’est pas satisfaisant, c’est que l’on ne prépare pas suffisamment les séniors à travailler plus longtemps en entreprise. Une personne sur deux, quand elle part à la retraite, n’occupe plus d’emploi, soit parce qu’elle est en incapacité, soit au chômage… Ce report de l’âge de la retraite n’a pas été préparé en France, alors que les pays nordiques ont su le faire. Je suis d’accord avec le principe, mais à la condition de l’anticiper, grâce à la formation… Quant à la décote-surcote, son efficacité va dépendre de son ampleur. Il faut que cela soit suffisamment incitatif sans trop pénaliser ceux qui doivent partir avant.

Pour vous, l’épargne retraite est un outil indispensable de la réforme des retraites. Pour quelle raison ?

Toutes les simulations du Conseil d’orientation des retraites (COR) montrent que les retraités vont voir leur niveau de vie baisser par rapport à celui des salariés, d’environ 20 % dans 30 ans, alors qu’aujourd’hui ces niveaux de vie sont à peu près à parité. On va passer de 17 à 24 millions de retraités en 2050. Compte tenu de leur nombre, les pensions vont diminuer. Pour limiter cette baisse de revenus, les études montrent qu’il faut contribuer à hauteur de 2 à 3 % de son revenu par an. En Allemagne par exemple, 18 millions de personnes, soit environ 40 % de la population active, cotisent à 4 % sur un plan d’épargne retraite, alors que c’est facultatif. L’autre avantage, c’est que cela crée un cercle vertueux pour l’investissement dans les entreprises. La loi Pacte a très bien perçu cela en posant l’objectif de faire passer l’encours de l’épargne retraite à 300 Md€. Nous estimons que pour avoir un fonds de capitalisation suffisant, il faudrait arriver à 800 ou 900 Md€, ce qui serait le cas avec une contribution à 2 % du revenu. Sachant que les Français épargnent autour de 15 % de leur revenu [NDLR : épargne non financière].

En quoi considérez-vous que l’épargne retraite est nécessaire à la convergence des régimes de retraite ?

Quand on regarde les variables démographiques, les taux de cotisation, le nombre de cotisants… des différentes caisses de retraite, on peut distinguer quatre grands groupes : les salariés, les régimes spéciaux, les professions libérales, et les artisans-commerçants. Entre salariés et régimes spéciaux, il y a une certaine convergence. Les professions libérales et les artisans-commerçants posent des problèmes très différents.

Notre recommandation est donc de faire converger dans un premier temps les régimes salariés et spéciaux. Autant l’idée d’1 € cotisé qui donne les mêmes droits pour tous est bonne, autant la tentation du régime unique est une erreur. L’épargne retraite serait un moyen pour les professions libérales et les indépendants d’améliorer leurs pensions sans cotiser davantage au régime général.

Faudrait-il rendre l’épargne retraite, individuelle ou collective, obligatoire ?

Nous pensons que celle-ci devrait être beaucoup plus incitative, via un effort de l’état. Mais la rendre obligatoire n’est pas envisageable pour les faibles revenus. Quant aux fonds de pension, qui existent déjà en France – tel Prefon ou le fonds de pension des pharmaciens –, nous préconisions la création d’un fonds de capitalisation dans le cadre de la réforme des retraites.

Comment le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, a-t-il accueilli cette proposition ?

Pour le moment ce n’est pas prévu au programme ! Nous n’avons pas eu le sentiment d’être écoutés à ce niveau-là. Pourtant ce serait dans l’intérêt des salariés comme des entreprises. Une partie de nos entreprises est possédée par des fonds de pension étrangers, qui se désengagent en cas de crise… Prenons l’exemple des fonds de pension suédois : eux, ils ne sont pas partis pendant la crise et jouent un rôle très important dans l’économie suédoise.

Vous avez pris position en faveur d’une assurance dépendance obligatoire. Là encore, ce n’est pas une idée qui semble trouver un écho favorable…

Il y a déjà 7 millions de Français qui possèdent une assurance dépendance, l’état n’ayant pas pris ses responsabilités dans ce domaine depuis 15 ou 20 ans. La moitié des Français décède sans être dépendant, donc finir ainsi n’est pas une fatalité. Cela nous paraît donc relever de l’assurance. Nous pensons qu’il existe un savoir-faire dans le domaine des assurances. Nous proposons qu’elle devienne obligatoire à partir de 40-45 ans, car il faut épargner aux jeunes générations une contribution supplémentaire. Au titre de l’équilibre entre les générations, il n’est pas souhaitable de le faire plus tôt. Le rapport Libault sur la dépendance n’a pas pris position, donc le problème reste entier. Mais je ne suis pas sûr que nous soyons davantage écoutés par les pouvoirs publics sur ce point. Reste qu’il va falloir dépenser 9 à 10 Md€ de plus qu’aujourd’hui d’ici à 2030 pour la dépendance.

* Alain Villemeur est docteur en économie, ingénieur, essayiste, et directeur scientifique de la chaire Transitions démographiques Transitions économiques (TDTE) de l’université Paris-Dauphine. Il est coauteur, avec Jean-Hervé Lorenzi et François Xavier Albouy de L'erreur de Faust, essai sur la Société du Vieillissement (Descartes & Cie).                

Le projet de réforme des retraites se précise…

Le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, a remis le 18 juillet ses recommandations au Premier ministre. L’entrée en vigueur de la réforme se fera de manière progressive – sur 15 ans – à partir du 1er janvier 2025. Elle prévoit un système de décote-surcote autour d’un âge pivot de 64 ans, fixe une valeur du point provisoire de 5,5 %, relève la retraite minimum à 85 % du Smic net, instaure une majoration de la pension de 5 % par enfant dès le premier enfant, modifie la règle de calcul de la pension de réversion pour garantir au survivant 70 % du total des retraites perçues par le couple, décrète la fin des régimes spéciaux, un taux de cotisation uniformisé à 28,12 %, et bascule le calcul de la pension sur l’ensemble de la carrière. La première génération concernée sera celle des personnes nées en 1963.

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