Retraite : « L'âge de départ est le levier le plus juste et le plus efficace », selon Claude Tendil

Retraite : « L'âge de départ est le levier le plus juste et le plus efficace », selon Claude Tendil

Les consultations du Monsieur Retraite du gouvernement, Jean-Paul Delevoye, sont closes ; l’ambition est de présenter un projet de loi à la rentrée. Claude Tendil, président de la commission Protection sociale du Medef, explique les interrogations de l’organisation patronale sur la réforme voulue par Emmanuel Macron. Propos recueillis par Raphaële Karayan et François Limoge.

L’Argus de l’assurance : Comment percevez-vous cette réforme des retraites alors que son calendrier se précise ?

Claude Tendil : Jean-Paul Delevoye doit remettre sa copie courant juin. Normalement, nous devrions avoir un texte de loi en octobre ou novembre pour un vote prévu en début d’année prochaine. La réforme prendra effet à partir de 2025, avec une période de transition dont la durée n’est pas encore définie. En fait, nous n’en savons guère plus qu’il y a un an ! Et mon sentiment est que le projet de loi n’en dira pas beaucoup plus, compte tenu de la sensibilité politique de ce dossier.

Quelles sont les pièces manquantes de la réforme ?

Cette réforme répond à un engagement présidentiel et n’a pas été demandée par les partenaires sociaux. Elle va aboutir à un système universel, par répartition, à points, avec un âge légal de départ à 62 ans. Au-delà, nous ignorons tout : l’avenir des régimes spéciaux, la manière de passer d’un système par annuités à un système à points dans la fonction publique, le pilotage du système, sa capacité de résistance aux chocs, quels seront l’assiette et le taux de cotisations selon le statut des futurs retraités. À ce titre, on peut s’interroger sur le respect du principe « un euro cotisé donne les mêmes droits à chacun quel que soit son statut », dans la mesure où n’est pas clairement précisé ce qui relève de la solidarité et ce qui relève du contributif. Pour nous, la solidarité doit être financée par un impôt à base large et non par des cotisations salariales et patronales.

Enfin, on annonce cette réforme comme la réforme définitive qui supprimera la nécessité de réformes paramétriques, mais c’est un leurre. Tous les ans, il y aura en fait un ajustement paramétrique pour fixer la valeur d’achat et de service du point de retraite.

Les bornes actuelles

  • L’âge d’ouverture des droits 62 ans (génération 1955)
  • Durée de cotisations pour une pension complète 41,5 ans (génération 1955, 56, 57), puis hausse progressive jusqu’à 43 ans pour les générations 1973 et suivantes
  • Âge du taux plein 67 ans (âge auquel il n’y a plus de décote en cas de durée de cotisation incomplète) (génération 1955)

NB : données pour le régime général de base

 

Pourquoi le Medef défend-il un passage progressif de l’âge légal à 64 ans ?

La retraite, c’est simple : l’équilibre du dispositif passe par trois leviers. Un, les ressources, c’est-à-dire les cotisations. Nous sommes déjà aujourd’hui à un financement à hauteur de 14 % du PIB, soit près de 320 Md€, contre 10 % du PIB en Allemagne. Aller au-delà est exclu si l’on veut maintenir la compétitivité de la France. Deux, les dépenses. Il n’est pas envisageable, ni socialement ni économiquement, de diminuer les pensions, surtout dans le contexte social actuel. Trois, l’âge de départ. C’est pour nous le levier le plus juste et le plus efficace. L’âge d’équilibre des régimes suppose que les gens partent aujourd’hui vers 64 ans afin de tenir compte de l’évolution de l’espérance de vie.

Mais la réforme Macron devrait inciter à travailler plus longtemps…

Nous ne croyons pas à l’efficacité du seul bonus évoqué par le haut-commissaire. La retraite moyenne étant de l’ordre de 1 400 €, une surcote de 3 % représenterait de l’ordre de 40 € par mois. Est-ce que ces salariés vont travailler un an de plus pour voir leur pension mensuelle augmenter d’une telle somme ? À défaut d’une modification de l’âge légal de départ à la retraite, qui serait la solution la plus efficace, nous croyons en revanche à un système de décote, récemment évoqué par le président de la République, comme celui négocié à l’Agirc-Arrco, décote qui, pour être totalement efficace, doit être viagère.

N’y a-t-il pas un risque de déplacer le coût vers l’assurance chômage ?

Non. Le passage de l’âge légal de 60 à 62 ans l’a démontré. Les retraites pèsent 320 Md€, le déficit de l’assurance chômage, moins de 1 milliard. Les sommes ne sont pas comparables ! Il y a des métiers et des situations d’usure professionnelle qui justifient que l’on parte plus tôt ou que l’on aménage les fins de carrière. Le Medef a fait des propositions dans ce sens. Le gouvernement semble vouloir y réfléchir afin de proposer davantage d’options pour la transition entre la vie active et la retraite.

Mais le recul de l’âge de la retraite est jugé injuste…

Ceux qui défendent la retraite à 62 ans sont les mêmes qui la combattaient lors de son instauration. L’espérance de vie à la retraite était de treize ans en 1981, elle est de vingt-sept ans aujourd’hui ! Le Medef a toujours dit que le recul de l’âge légal de la retraite est le levier le plus efficace tant d’un point de vue économique que social : il permet de créer de la richesse et donc d’améliorer le niveau des pensions, sans altérer la croissance, la compétitivité et l’emploi. Par ailleurs, la retraite n’a pas vocation à jouer le rôle de voiture-balai pour régler tout ce qui ne l’a pas été en amont : politique familiale, égalité salariale hommes-femmes…

Quel avenir pour l’Agirc-Arrco ?

Pour éviter d’avoir à créer un régime complémentaire pour la Fonction publique, il est prévu de fusionner dans une « grande marmite », appelée France retraite, tous les régimes de base et les régimes complémentaires, dont l’Agirc-Arrco. On aura donc un régime universel allant jusqu’à trois plafonds de la Sécurité sociale, ce qui, de fait, entraînera la dispa­rition de l’Agirc-Arrco. Cela pose la question de l’avenir de ses réserves : nous ne voudrions pas qu’elles servent à compenser l’absence d’efforts des régimes les moins vertueux.

Quelle place pour les partenaires sociaux dans la gouvernance du futur système ?

On peut craindre d’avoir affaire à un paritarisme de figuration, à l’instar de ce qui se passe pour l’Assurance maladie. Le seul domaine de responsabilité du paritarisme était la retraite complémentaire. Demain, l’État va tout piloter. Or, depuis 1996, l’Agirc-Arrco a accumulé 70 Md€ de réserves là où, dans le même temps, la Caisse nationale d’assurance vieillesse créait 100 Md€ de dettes ! Pour éviter de telles dérives, il faudra donc instaurer des règles de pilotage claires, avec notamment la nécessité d’une trésorerie toujours positive.

On n’entend plus parler de la capitalisation. Le sujet est-il à ce point tabou ?

Il faut le croire. Il faut savoir ce que l’on veut. On se plaint de la sous-capitalisation des entreprises françaises, mais ce sont les fonds de pension norvégiens, américains ou asiatiques qui investissent dans notre économie. Le Medef aurait souhaité une autre architecture du système de retraite, avec une base solidaire financée par l’impôt, puis des systèmes de retraites complémentaires différents pour les salariés du privé, les fonctionnaires et les indépendants, et enfin un étage de retraite par capitalisation facultatif. Un produit retraite, c’est un produit avec une sortie en rente. Avec une possibilité de sortie en capital, on n’est plus sur de l’épargne retraite mais sur de l’épargne longue.

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