[DOSSIER] Les courtiers des cent principales entreprises françaises 5/12

Des assureurs vigilants, mais à l'appétit grandissant

Des assureurs vigilants, mais à l'appétit grandissant

Longtemps dans le viseur des assureurs, les industriels de l'agroalimentaire connaissent un retour en grâce à la faveur d'une réelle prise en main de la protection de leurs outils de production, venant limiter leur exposition au risque.

Depuis plusieurs années, les agro-industriels français ont fourni les efforts nécessaires pour améliorer la prévention de leurs risques. Résultat, ils redeviennent au goût du jour pour les assureurs, qui restent cependant très vigilants, malgré le retour de capacités tant sur la branche dommages que sur le segment de la responsabilité civile. « Cela reste une industrie délicate, confie Laurent Belhout, directeur général d'Aon Risk Solutions. En assurance dommages, les assureurs étudient les dossiers avec précaution. Néanmoins, une fois leurs analyses effectuées et l'exposition bien identifiée, ils n'hésitent plus à investir dans ce secteur. »

Cette précaution s'explique notamment par la complexité de la chaîne d'approvisionnement en elle-même, qui court de la culture à la distribution en passant par la transformation et la production. « Dans l'agro-industrie, le produit va du champ à l'assiette. Avec une exposition aux aléas climatiques, aux cours de matières premières, aux incertitudes réglementaires ou encore à des bris de machine traditionnels et aux risques de supply chain, de contamination et de réputation, cette industrie est forcément complexe à appréhender en termes de gestion de risques », développe Gildas Tual, directeur de Bessé AssurAgri.

Autre particularisme de cette industrie, certains dégâts matériels marginaux peuvent avoir de lourdes conséquences sur la marge de l'entreprise. « Les bris de machine, les coupures d'électricité ou les incendies peuvent provoquer des dommages matériels de faible ampleur, mais avoir un impact important pour l'activité économique de l'entreprise. Nous sommes en plein coeur d'une interruption de la chaîne d'approvisionnement où l'assureur se doit de proposer des couvertures larges et d'être efficace et rapide dans la gestion des sinistres », explique Loïc Le Dréau, directeur de la souscription et de la clientèle de FM Global Europe du Sud.

Par ailleurs, les entreprises, qui s'internationalisent de plus en plus, affichent une exposition grandissante aux risques politiques et aux catastrophes naturelles, sans oublier le risque de conformité aux différentes réglementations en vigueur au niveau local. Cette situation fait dire notamment à des courtiers comme Laurent Belhout (Aon Risk Solutions) qu'« il faut être capable de les accompagner avec un réseau d'experts de qualité à l'international et de les aider à répondre aux différents enjeux réglementaires ».

Touchant directement les consommateurs, les agro-industriels ne doivent laisser planer aucun doute sur la provenance et sur la qualité de leur produit. Le risque de contamination reste notamment « celui pour lequel il faut prévoir une couverture large et pertinente, car, en cas de forte intensité, il peut mettre à mal l'activité de l'entreprise », selon Claude Dewyndt, risk-manager d'un groupe agroalimentaire français. Il s'étonne qu'au vu de certaines affaires retentissantes survenues en 2013 la garantie risque de contamination n'ait pas été davantage plébiscitée par les entreprises du secteur. « En termes d'offres, ce risque est sensible : il y a un nombre limité d'acteurs et la capacité s'est réduite au cours des dernières années », confirme Jean-François Gérard, directeur de la direction innovation et solutions du courtier Verlingue.

Il suffit qu’un doute subsiste sur la provenance ou la qualité d’un produit pour que cela puisse toucher la santé même de l’entreprise.

Loïc Le Dréau, directeur de la souscription et de la clientèle de FM Global Europe du Sud

Une réactivité importante sur les dossiers

Il faut dire que l'affaire de la viande de cheval, l'an dernier, a montré que du risque de contamination à celui de réputation il n'y a qu'un pas ! En effet, « il suffit qu'un doute subsiste sur la provenance ou la qualité d'un produit pour que cela puisse toucher à la santé même de l'entreprise », lance Loïc Le Dréau (FM Global). Et Jean-François Gérard d'ajouter : « La sinistralité de cette industrie s'est améliorée en dommages aux biens, car les entreprises ont largement investi en matière de prévention. Concernant les incidents sur les produits, leur médiatisation immédiate a un impact fort sur la notoriété de l'entreprise touchée. Cela nécessite chez le courtier une expertise en gestion de crise et une réactivité importante dans le pilotage des dossiers. »

Certains courtiers, tel Bessé, essaient ainsi de trouver des solutions consacrées à la « perte d'image de marque ». Ces dernières pourraient permettre, notamment, de compenser des pertes de marge brute suite à un sinistre mettant en cause l'image de l'entreprise concernée et ce, sur une durée de vingt-quatre mois. « Pour autant, il nous faut encore arriver chez les assureurs avec notre bâton de pèlerin pour les convaincre du bien-fondé d'un tel dispositif », tempère Gildas Tual (Bessé AssurAgri). « Nous pouvons également accompagner dans leur communication et leur gestion de crise les entreprises ayant leur réputation engagée », conclut Laurent Belhout (Aon France).

UNE FRONTIÈRE FLOUE ENTRE LES RISQUES DE CONTAMINATION ET DE RÉPUTATION

Destinée aux fabricants notamment de produits agroalimentaires, la police contamination se propose de couvrir l'entreprise dans le cas où ses produits seraient contaminés de manière accidentelle ou criminelle. Elle prend en charge les frais de retrait, les pertes engendrées par un tel rappel ou encore les dépenses liées à la communication de crise. L'objectif est certes d'indemniser l'entreprise, mais aussi de relancer son image de marque en proposant des services pour limiter les impacts « réputationnels » d'un sinistre avéré.

CLAUDE DEWYNDT, RISK-MANAGER D'UN GROUPE AGROALIMENTAIRE FRANÇAIS « Le risque de contamination est une priorité »

Comment se sont déroulés vos renouvellements du 1er janvier 2014 ?

Au niveau de la branche dommages, nous avons observé une certaine stabilité des primes d'assurance et un appétit retrouvé par les assureurs. Néanmoins, ces derniers restent très vigilants et experts en matière de prévention mise en place par les entreprises agroalimentaires. En responsabilité civile, le marché s'inscrit à la baisse, comme tous les secteurs.

Selon vous, quel est le risque à prendre le plus au sérieux ?

Sans hésiter, le risque de contamination. Les entreprises devraient toutes être réellement couvertes contre ce risque. Ce n'est pas le cas. Malgré les affaires qui ont rythmé l'année 2013, il n'y a pas une plus grande prise de conscience tant au niveau des gestionnaires de risques que des assureurs. Je ne connais que trois fournisseurs à s'être positionnés avec des capacités suffisantes. Je pense qu'avant de parler de solution pour le risque de réputation, il faudrait surtout intensifier les efforts sur la garantie contamination.

PROPOS RECUEILLIS PAR T. B.

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