[DOSSIER] Supply chain 2/3

« Difficile d'avoir une photographie précise de la supply chain »

« Difficile d'avoir une photographie précise de la supply chain »

Le risque supply chain a été remis sur le devant la scène par les catastrophes japonaise et thaïlandaise de 2011. Mais deux ans après où en sommes-nous tant dans l'appréhension des risques qu'au niveau des solutions assurantielles ? Deux courtiers et deux assureurs ainsi qu'un risk-manager apportent des éléments de réponse à cette épineuse question.

En mars 2011, le monde a tremblé devant les images provenant de Fukushima et les inondations de Thaïlande, deux événements qui,

Qui sont-ils ?
Tristan Huon de Kermadec

Directeur souscription dommages chez Axa Corporate Solutions depuis 2011, et ce sur un périmètre monde. Il a également une expertise en RC ou encore en réassurance facultative.

Frédéric Jousse

Directeur du maritime et de la logistique au sein de la société de courtage Bessé. Il est également en charge de la coordination de la cellule énergie marine renouvelable du courtier nantais.

Loïc Le Dréau

Directeur de la souscription et de la clientèle de FM Global pour toute la zone Europe du Sud. Auparavant, il occupait la fonction de directeur de l’ingénierie, toujours pour le compte de FM Global.

Pascal Dupont-Rougier

Directeur dommages de Siaci Saint-Honoré. Présent chez le courtier parisien depuis 1998, il occupait précédemment le même poste au sein de la société de courtage nordiste, Verspieren.

 

par leur rapprochement, ont provoqué un arrêt de la chaîne d'approvisionnement de l'industrie automobile et électronique. Ces incidents ont mis en exergue les conséquences d'une mauvaise appréhension du risque supply chain et les manques assurantiels en la matière.

En effet, l'enquête Ferma dévoilée en octobre 2011 révélait que 46% des 153 risk-managers interrogés soulignaient l'insuffisance des capacités proposées par les assureurs pour couvrir les risques liés à la supply chain. Mais deux ans se sont écoulés pendant lesquels l'absence de sinistre majeur a remis au second plan médiatique cette typologie de risques.

Un retour à l'anonymat qui soulève ainsi bon nombre d'interrogations. Le marché a-t-il réellement connu un avant et un après Fukushima ? Les entreprises ont-elles changé fondamentalement leur manière d'appréhender ce risque ? Quelles sont les problématiques auxquelles sont confrontés courtiers et assureurs ? Pour répondre à toutes ces questions, L'Argus de l'assurance a fait réagir, lors d'une table ronde, deux assureurs - Tristan Huon de Kermadec, directeur souscription dommages d'Axa Corporate Solutions et Loïc Le Dréau, directeur de la souscription et de la clientèle de FM Global pour l'Europe du Sud - ainsi que deux courtiers - Frédéric Jousse, directeur du maritime et logistique du courtier Bessé et Pascal Dupont-Rougier, directeur dommages de Siaci Saint-Honoré.

Prévoir l'imprévisible

Assureurs, courtiers et risk-managers doivent faire face à une tension grandissante de la chaîne d'approvisionnement. Un constat renforcé par Fukushima et les inondations thaïlandaises. « L'internationalisation de la supply chain, notamment en direction de l'Asie, a eu comme conséquence de faire se rejoindre deux typologies de risques : les événements naturels et la chaîne d'approvisionnement. Ce qui rend encore plus difficile la manière de les appréhender. Ce ne sont pas des risques nouveaux mais ils sont de plus en plus critiques », estime Loïc Le Dréau, de FM Global.

Quels défis pour demain ?

  • « Il nous faut aider les risk-managers à mettre en place les structures d'analyses et de conseils nécessaires pour identifier les risques et remonter des informations qualifiées. » FRÉDÉRIC JOUSSE
  • « Le transfert vers l'assurance ne peut être la seule solution. Pour répondre aux attentes de nos clients nous devons développer une gestion proactive du risque fournisseur. » LOÏC LE DRÉAU
  • « Il nous faut savoir dégager des capacités adaptées aux besoins du client qui a réussi à appréhender les risques stratégiques. C'est aussi un des défis majeurs des risk-managers. » TRISTAN HUON DE KERMADEC
  • « On ne peut pas se substituer aux entreprises mais nous nous devons de leur donner des outils, et ce afin de leur permettre d'avoir une meilleure lecture de leurs risques. » PASCAL DUPONT-ROUGIER
Et Tristan Huon de Kermadec, d'Axa CS d'ajouter : « Avec le drame de Fukushima, il y a eu une piqûre de rappel sur le coût global et final de telles catastrophes notamment en termes de perte d'exploitation, et ce même au niveau des directions générales des compagnies d'assurance. Il y a, en effet, réellement un risque de cumul. » Pascal Dupont-Rougier, de Siaci Saint-Honoré de renchérir : « Le risque supply chain est principalement un sujet « Dommages », mais il est effectivement aujourd'hui transcendé par les catastrophes naturelles, les problématiques sociales et les risques politiques. »

Malgré tout, la prise de conscience tarde à se concrétiser par des demandes fermes. « La supply chain révèle des problèmes industriels, d'identification, de flux mais aussi d'image de marque qui ne sont pourtant pas encore forcément mesurés dans leur globalité par les entreprises », lance Frédéric Jousse, de Bessé.

Pour Loïc Le Dréau de FM Global, même si les risk-managers mettent de plus en plus de processus en place, il n'en demeure pas moins que « les entreprises essaient de gérer leur risque fournisseur sans réelle notion du profil de risque associé à leur chaîne d'approvisionnement puisque le critère économique reste omniprésent ». Pour appuyer ces propos, le directeur de la souscription de FM Global pour l'Europe du Sud évoque l'exemple d'une zone exposée : « La zone industrielle de la Pearl River (Chine), qui équivaut en termes économiques au 15e PIB mondial, en est un exemple frappant. Cette zone est en dessous du niveau de la mer et exposée aux typhons, et malgré ça l'industrie automobile y est fortement présente et continue à y investir. »

Les entreprises qui ont regardé de très loin la gestion de leur supply chain en paient encore le prix aujourd’hui, ou ont alors vu leurs cours boursiers très fortement chuter

Loïc Le Dréau, FM Global

Les intervenants restent dans l'ensemble mesurés quant à un réel changement opérationnel sur le terrain. « Nous sommes sur des problématiques de sourcing, des travaux d'identification qui demandent un temps et des investissements considérables », concède Pascal Dupont-Rougier de Siaci Saint-Honoré. « À la décharge du risk-manager, alors qu'il y a dix ou quinze ans, il était assez aisé de calculer et d'identifier la chaîne d'approvisionnement, aujourd'hui il est quasiment impossible d'avoir une photographie complète et précise en matière d'identification des acteurs de la supply chain. Cette dernière ne cessant d'évoluer chaque jour », estime Tristan Huon de Kermadec d'Axa CS.

La prise de conscience s'amorce

Pour autant dans une étude récente réalisée par Ernst et Young, 70% des directeurs financiers et 63% des responsables supply chain affirment que leur collaboration s'est améliorée au cours des trois dernières années. Une preuve que le travail de sensibilisation des risk-managers commence à porter ses fruits. « C'est, selon moi, un des effets de Fukushima. Pendant ce sinistre, nous avons vu les entreprises qui avaient géré ou non ce risque. Certaines ont ainsi profité de leur connaissance et de leur bonne réactivité au niveau du risque de la supply chain pour prendre réellement des parts de marché. En revanche celles qui ont regardé de très loin cette problématique en payent encore le prix aujourd'hui, ou ont alors vu leurs cours de bourse très fortement chuter », appuie Loïc Le Dréau de FM Global.

Et Frédéric Jousse de Bessé de préciser : « En cherchant à créer d'autres centres de fournisseurs, certaines entreprises mettent ainsi en place des ponts entre les différents services : direction financière, service des achats, gestion des risques ou encore direction technique de la supply chain. Elles commencent à prendre le problème en amont. » Des propos qui viennent aussi confirmer l'observation de Pascal Dupont-Rougier de Siaci Saint-Honoré : « Depuis quelques temps, nous étudions des projets en matière de supply chain toujours avec le risk-manager, mais qui cette fois-ci travaille de concert avec une personne de la direction achat. »

En termes d'offres assurantielles cette fois-ci, les assureurs ont deux leitmotivs : la transparence et la proactivité. « La supply chain dans son ensemble est très compliquée à couvrir. Car nous couvrons ce que l'on comprend et ce que l'on peut mesurer. Chaque compagnie a ainsi sa réponse. Nous avons pour notre part des spécialistes qui nous permettent de soutenir les gestionnaires pour analyser les risques de la supply chain. Pour autant, il faut avouer qu'il n'y a, sur le marché, pas plus de capacité qu'avant, en outre les wording ainsi que les garanties se sont un peu resserrés. Nous acceptons la position de certains risk-managers qui souhaitent davantage de prise de risques émanant des assureurs. Pour autant nous nous devons aussi d'être précautionneux en matière de risque supply chain afin de construire une relation durable avec les entreprises que nous accompagnons », explique Tristan Huon de Kermadec d'Axa CS.

Nous nous devons aussi d’être précautionneux en matière de risque supply chain afin de construire une relation durable avec les entreprises que nous accompagnons.

Tristan Huon de Kermadec, Axa Corporate Solutions

 

Nous nous devons aussi d’être précautionneux en matière de risque supply chain afin de construire une relation durable avec les entreprises que nous accompagnons.

Tristan Huon de Kermadec, Axa Corporate Solutions

 

Le conseil, toujours un atout

Et Loïc Le Dréau de FM Global de compléter : « Nous pouvons aider nos clients à aborder ce risque différemment de l'habituel identification site par site. Nous pouvons, en effet, effectuer une approche par ligne de produits ou de revenus. Dans le cadre de notre couverture supply chain de rang N, nous allons jusqu'à visiter des sites des fournisseurs de fournisseurs qui ne sont pas nos clients afin de mieux comprendre le risque de la supply chain et offrir des garanties plus étendues. » Pour autant, selon lui, il ne faut pas oublier que la relation avec l'assureur doit être la plus transparente possible car ce dernier est en effet « amené à déployer des montants très importants dans ce type de relation ».

En cherchant à créer d’autres centres de fournisseurs, certaines entreprises mettent en place des ponts entre les différents services.

Frédéric Jousse, société de courtage Bessé

Ce sont ceux qui identifieront de mieux en mieux les risques qui auront les meilleures conditions et seront les plus compétitifs demain.

Pascal Dupont-Rougier, Siaci Saint-Honoré

Du côté des courtiers, le son de cloche n'est pas exactement le même que celui des compagnies d'assurance. Selon Frédéric Jousse de Bessé, « dans un schéma de préservation des risques, notamment situés en première ligne, on remarque que certains assureurs souhaitent davantage se placer en deuxième rideau assurantiel », affirme-t-il avant de tempérer : « Cependant, les assureurs sont confrontés au fait qu'il n'y a pas une supply chain qui ressemble à une autre. C'est donc un risque difficilement appréhendable. Le courtier est aussi là pour prendre en main ce problème et aider le risk-manager à identifier les fournisseurs critiques et les risques transférables. C'est là que sera située notre valeur ajoutée de demain. » Enfin Pascal Dupont-Rougier de Siaci Saint-Honoré estime que le courtier conserve une position stratégique pour trouver des capacités. « Nous sommes au milieu du gué. Mais force est de constater que la capacité demeure faible au niveau du marché. Ainsi, ce sont ceux qui identifieront de mieux en mieux les risques qui auront les meilleures conditions et seront les plus compétitifs demain. »

L'avis du risk-manager SOPHIE MAUVIEUX, Risk-manager et administratrice de l'Amrae « La capacité déployée n'est pas forcément suffisante par rapport aux besoins réels »

Y a-t-il eu un avant et un après Fukushima ?

Indéniablement, ces événements ont mis un coup de projecteur sur les risques liés à la supply chain. Il s'agit aujourd'hui de mettre en place des processus d'identification des fournisseurs critiques, d'analyser leur niveau d'exposition et de les cartographier afin d'évaluer les risques qu'ils font courir à l'entreprise. Le but : développer des solutions de prévention ou de protection. Dans certains cas, l'exposition est presque inévitable. Pragmatisme oblige, certains industriels n'ont pas d'autres choix que de s'approvisionner depuis certaines zones géographiques, exposées certes, mais trustant un pan d'activité entier.

Comment le risk-manager appréhende-t-il aujourd'hui la supply chain ?

Mesurer le niveau de dépendance de l'entreprise vis-à-vis de leurs fournisseurs requiert de la partdes gestionnaires de risques qu'ils interagissent avec différentes directions de l'entreprise. Cette démarche transversale permet ainsi de reconsidérer les processus d'achat depuis la sélection et la qualification des nouveaux fournisseurs et d'y intégrer des critères d'analyse de risques allant au-delà du simple critère économique.

Estimez-vous que les capacités présentes sont suffisantes ? Non, la capacité déployée n'est pas forcément suffisante par rapport aux besoins réels de la demande (conditions d'assurances en carences fournisseurs trop restrictives et limites trop restreintes). En revanche, les assureurs ont besoin de connaître les risques qu'ils couvrent ; d'où la nécessité pour les entreprises de les rassurer via la robustesse de leur gestion du risque supply. De plus, les risques sans dommages ou les risques de réputation viennent aussi provoquer des pertes d'exploitation et peser sur la supply chain. Les conséquences de ces risques étant difficilement transférables à l'assurance, gestionnaires de risques, assureurs et courtiers ont tout intérêt à développer leur collaboration amont.

PROPOS RECUEILLIS PAR T. B.

 

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Commentaires

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