[DOSSIER] Les courtiers des principales entreprises françaises [...] 9/14

Étude de cas : Les carences fournisseurs au centre du sinistre japonais de Danone

Étude de cas : Les carences fournisseurs au centre du sinistre japonais de Danone
Carine Habay-Bony, directeur des Assurances de Danone © DR

Suite au séisme japonais, l'usine Tatebayashi de Danone a connu des dommages matériels mais surtout des pertes d'exploitations non négligeables. Pour gérer son sinistre, Danone s'est notamment appuyé sur le courtier Aon France, l'assureur Axa Corporate Solutions et les experts de Cunningham.

De 35 à 40 Md$ assurés sur les 210 Md$ de dommages, tel est le bilan estimé de la catastrophe qui s'est déroulée au Japon le 11 mars 2011. Les entreprises françaises présentes sur place n'ont pas échappé aux impacts infligés par le séisme et le tsunami ainsi qu'à la menace nucléaire qui planait sur le pays pendant plusieurs semaines. Dans le cas de l'usine Tatebayashi de Danone, au nord-ouest de Tokyo, le coût total du sinistre s'est élevé à environ 10 M€. « Nous avons été affectés comme tous les acteurs industriels présents sur le territoire. Les dégâts matériels se sont limités à quelques fissures sur le bâtiment et à certaines lignes de production qui ont bougé, nous obligeant à opérer des réglages. C'est notamment aussi pour cela que la production a été interrompue », explique Carine Habay-Bony, directeur des assurances pour le groupe Danone.

Limiter l'impact

Outre les dégâts matériels pris en charge par l'assureur Axa Corporate Solutions, l'autre problématique de l'industriel résidait dans les carences fournisseurs et clients survenues à cause des sinistres qu'ils ont subis lors des secousses. « Nous nous sommes trouvés en carence de matières premières et d'électricité. Il nous fallait pourtant limiter l'impact sur le business. » Et le directeur commercial comptes globaux d'Aon, Shereen Akad, d'ajouter : « La difficulté majeure était d'identifier au plus vite les carences fournisseurs et clients assurables et de déterminer si elles étaient dues à un dommage matériel garanti par le prestataire ou à un dysfonctionnement du pays, ou même à un problème lié à la radioactivité. » Les garanties appliquées ont ainsi concerné les dégâts matériels et les pertes d'exploitation liés aux dommages, aux carences fournisseurs et clients ainsi qu'aux problématiques d'accès.

Autre point majeur relevé par ce cas japonais, l'époque dans laquelle s'inscrit le sinistre. Au Japon, le lancement d'un produit peut se faire durant deux périodes clés : mars-avril ou septembre-octobre. « Si vous ratez ce créneau, vous devez attendre la prochaine campagne de lancement. C'est un manque à gagner au niveau promotionnel, considère Dominique Debray, inspecteur dommages d'Axa CS en charge du dossier de Danone. Nous avons ainsi pris en considération la perte du budget publicitaire qui avait été engagé. Tous les ans, Danone progresse sur le marché japonais, il était nécessaire de prendre en compte cette problématique. »

LA GESTION DU SINISTRE EN DATES

- 11 mars 2011 Tremblement de terre suivi d'un tsunami destructeur.

- 15 mars 2011 Première conférence téléphonique entre Danone et le courtier Aon avec les interlocuteurs locaux.

- Du 15 au 26 mars 2011 Évacuation de l'usine suite à la menace nucléaire.

- 30 juin 2011 Versement de l'acompte de 1,5 M€ par Axa Corporate Solutions.

- 7 Novembre 2011 Conclusion finale déposée par l'expert.

- 18 novembre 2011 Accord de toutes les parties sur l'indemnisation proposée par l'assureur.

- 26 décembre 2011 Versement par Axa CS de l'indemnité finale.

 

ÉTUDE DE CAS

Production interrompue

Rien de simple à première vue pour la gestion de ce sinistre. « Nous avons eu une superposition d'accidents à bien identifier : le tremblement de terre avec le risque de répliques, le risque nucléaire avec des impossibilités d'accès et l'évacuation des entreprises. Cette situation a forcément rendu la gestion plus complexe », estime Sarah Mauric, spécialiste sinistres dommages d'Aon.

Dans le cadre du risque nucléaire, l'industriel français a notamment dû évacuer tous ses salariés de l'usine Tatebayashi, laissant son outil de production en inactivité pendant une dizaine de jours supplémentaires. « Nous avons néanmoins réussi à reprendre progressivement la production en à peine trois semaines », se rappelle Carine Habay-Bony de Danone. Pour cela, tous les protagonistes du dossier ont dû être les plus transparents possibles afin de décharger les équipes locales de Danone de toute la partie assurantielle du dossier. « Nous leur avons donné l'ensemble des garanties qu'ils avaient à disposition et nous leur avons fait comprendre qu'elles seraient bien mises en oeuvre », complète le directeur assurance de l'industriel français. Ne pouvant se déplacer ni envoyer d'experts en vertu du principe de précaution appliqué par les autorités concernant la menace nucléaire sur le territoire japonais, toutes les équipes, de celles du courtier Aon à celles d'Axa Corporate Solutions et des experts de Cunningham, ont dû organiser des flux d'informations réguliers.

DEUX QUESTIONS À...

Carine Habay-Bony, directeur des Assurances de Danone

« Les assureurs ne sont pas nos ennemis »

Quelles leçons tirez-vous de ce sinistre et de sa gestion ? Au départ, nous avons très certainement minimisé l'impact que pouvaient avoir les différences culturelles avec les Japonais. Nous avons eu des difficultés à faire la liaison entre la compagnie d'assurance japonaise que nous avions en fronting en local et AXA CS en central. Cependant, grâce au partenariat établi avec l'assureur, les experts et notre courtier et l'implication de leur top management, tout est entré dans l'ordre. Nous avons réussi à reprendre la production progressivement en à peine trois semaines et la production normale en moins de trois mois. Selon vous, que devez-vous améliorer dans vos relations avec le courtier, l'assureur et l'expert ? Très honnêtement je ne vois pas ce qui n'a pas fonctionné dans notre partenariat. La communication a été très bonne. Nous nous sommes parlé pratiquement toutes les semaines. C'était très transparent. Le résultat est là. Le règlement du sinistre est survenu avant la fin de l'année. Les assureurs ne sont pas nos ennemis et sont surtout là pour nous accompagner. Notre département a fait passer ces messages en interne et je pense aussi que cela a joué dans la rapidité de transmission des documents fournis et de traitement du sinistre.

 

Une communication bien encadrée

Pour cela et afin de laisser réellement les responsables de l'usine et de la filiale japonaise se concentrer sur les affaires, une véritable équipe s'est constituée en moins de quarante-huit heures. « Tous nos partenaires ont été immédiatement prévenus. Très vite, nous avons ainsi pu organiser des conférences téléphoniques afin de donner des directives précises aux interlocuteurs que nous avions au sein de la filiale locale », lance Carine Habay-Bony. Et Sarah Mauric, d'Aon, d'ajouter : « Nous appuyant sur des experts locaux qui étaient complètement débordés face à l'ampleur de la catastrophe, nous nous devions d'avoir cette organisation. Nous avons donc eu un lourd travail de collecte d'informations, rendu complexe par la distance qui nous empêchait de nous rendre sur place au démarrage du dossier. »

Une fois la communication bien encadrée, restait à règler le fait que la compagnie d'assurance japonaise intervenant en « fronting » pour Axa Corporate Solutions ne soit pas maître du dossier. « Culturellement, les Japonais acceptent difficilement que des choses puissent leur échapper. Résultat, un certain nombre de freins ont été mis dans l'état d'avancement du dossier : remise en cause et contestation de certaines garanties pourtant réassurées à 100%, ralentissement de l'acompte et du règlement final », note Carine Habay-Bony de Danone. Axa Corporate Solutions et le courtier Aon ont fait jouer leurs réseaux internationaux et leur top management pour débloquer certaines procédures. « Le déplacement effectué en septembre, nous a permis de nous familiariser avec la culture et les contraintes du pays. La rencontre avec les gens facilite le dialogue », confie Shereen Akad, directeur Commercial Comptes Globaux d'Aon. « Nous avons en effet effectué un gros travail sur place. Les Japonais ont fait preuve d'une efficacité énorme. Quand nous sommes repartis, nous disposions de près de 95 % des éléments pour boucler le dossier », ajoute Sarah Mauricn d'Aon.

Malgré les difficultés de déplacement, c'est « clairement une gestion de crise réussie avec un règlement total opéré seulement neuf mois après, le 26 décembre 2011 », selon le directeur des assurances de Danone, Carine Habay-Bony. Et cette dernière de conclure : « Même si jamais rien est gagné d'avance, c'est notamment grâce au partenariat avec notre courtier et notre assureur que nous n'avons pas eu à déplorer de mauvaises surprises dans cette gestion. »

À RETENIR

- L'usine Tatebayashi de Danone située au nord ouest de Tokyo emploie près de 300 personnes et représente environ 80 tonnes de yaourts par an et une activité près de 300 M€.

- Le coût global assuré s'élève au total à 7,55 M€ (franchise déduite et carences comprises).

- Dommages matériel (franchise déduite) : 2,85 M€. - Perte d'exploitation (Carences comprises et franchise déduite) : 4,7 M€.

 

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