[DOSSIER] Les courtiers des cent principales entreprises françaises 9/12

Une rénovation complexe en plein coeur de Paris

Une rénovation complexe en plein coeur de Paris
« La ligne de métro génère des poussées très importantes sur les parois périmétriques. Pour répondre aux exigences de la RATP, nous avons dû instrumentaliser la ligne de métro, afin de détecter tout mouvement lié à nos travaux et prendre toutes les mesures adéquates en cas de déplacement », explique Jean-Pierre Paris, directeur de travaux chez Bouygues Construction.

Transformer un hôpital du XVIIe siècle classé monument historique en un ensemble moderne de logements et de bureaux fait figure de défi. Les risques étaient nombreux, techniques, humains, financiers, environnementaux, et ils continuent d'évoluer avec la progression des travaux.

150M€

Le montant total de l'aménagement (construction/réhabilitation) du site de l'ancien hôpital Laennec qui allie logements, bureaux et espaces verts.

Source : Bouygues Bâtiment

D'abord, le contexte : un bâtiment du XVIIe siècle, situé à l'époque hors les murs, mais aujourd'hui en plein coeur du 7e arrondissement de Paris. L'« hospice des incurables » -créé grâce aux donations, entre autres du cardinal François de La Rochefoucauld, rebaptisé en 1879 Hôpital Laennec du nom du médecin breton (1781-1826) inventeur du stéthoscope- subit de nombreuses transformations au cours des siècles.

Alors que les équipes médicales présentes à Laennec déménagent à l'hôpital Pompidou en 2001, c'est Allianz Real Estate qui se porte acquéreur des bâtiments en 2002 auprès de l'AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris). L'objectif du promoteur de l'assureur allemand : développer un programme de 17 000 m² de bureaux tout en restaurant la partie classée monument historique de l'hôpital Laennec, et ce en parallèle du projet de création d'un quartier résidentiel porté par Altarea Cogedim. Pour ce faire, il délègue la maîtrise d'ouvrage à une autre filiale du groupe, Allianz Vie.

600

Le nombre de personnes présententes en période de pointe sur le chantier.

Lorsque l'entreprise Bouygues Construction remporte l'appel d'offres lancé à la fin de l'année 2010, pour réaliser les travaux de restauration et de réhabilitation de l'ensemble, cela fait dix ans que les équipes médicales ont déménagé à l'hôpital Pompidou. Elle récupère donc des bâtiments usés, des pavillons en moellons pour certains en ruines et la plupart des murs gorgés d'infiltrations... Le challenge qu'elle s'apprête à relever est de taille : il s'agit de redonner au bâti sa configuration originelle, en utilisant les technologies modernes tout en préservant l'architecture historique. L'objectif : livrer la totalité du projet fin 2014, soit 200 logements modernes (familiaux, étudiants et gérontologiques), des bureaux, une salle polyvalente, un parking et un jardin.

Un ensemble urbain très dense

Les fouilles archéologiques préventives menées par l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) sont la première étape obligatoire. Elles constituent un vrai risque pour chaque chantier : celui de devoir retarder de plusieurs mois le début des travaux pour permettre aux archéologues de faire leur travail. Ce ne fut pas le cas, malgré la découverte d'ossuaires près de la chapelle.

Autre risque, la densité urbaine du site. « Gérer un chantier situé dans un ensemble urbain assez dense est déjà un risque en soi. Mais un chantier de 4 hectares en plein coeur de Paris, entouré d'habitations, de commerces et de ministères, nécessite une vigilance accrue », estime Jean-Pierre Paris, directeur de travaux chez Bouygues Construction. Impossible pour un chantier de cette ampleur de se retrouver à cours de matériaux. Or l'approvisionnement ne peut se faire que par deux accès pour l'ensemble du chantier : de face rue de Sèvres et de côté rue Vaneau. Pas question, bien sûr, de bloquer l'accès d'une rue régulièrement empruntée par le Premier ministre, ni de gêner la circulation des voitures... Il a donc fallu mettre en place une planification rigoureuse des flux de livraison, avec quatre « hommes trafic » affectés à l'organisation des approvisionnements, en contact en temps réel avec les chauffeurs des camions pour gérer au mieux l'arrivée des livraisons et mobiliser les effectifs nécessaires pour le déchargement. Heureusement, les deux maîtres d'ouvrage (Allianz pour la partie bureaux et Cogedim pour la partie logements) ont choisi la même entreprise générale tous corps d'état (en l'occurrence Bouygues Bâtiment) pour gérer le chantier « des fondations jusqu'aux clés » : un atout organisationnel qui a permis de prévoir dès le début un phasage rythmé des travaux et donc une fluidité et une régularité de l'approvisionnement.

En parallèle, pour gêner le moins possible les riverains, différentes actions ont été mises en place : tout d'abord un système de mesure acoustique permettant de surveiller en permanence que le niveau sonore reste dans les normes. Ensuite, et c'est peut-être le plus important, une politique de communication ouverte, avec des communiqués d'information réguliers et un interlocuteur unique pour recevoir les doléances éventuelles. « L'important est d'instaurer un climat de dialogue dès le début, en transmettant les informations sur les nuisances à venir en toute transparence », estime Jean-Pierre Paris.

Des bâtiments classés

L'autre grand défi du chantier a été la préservation des bâtiments classés monuments historiques, à savoir la porterie, la chapelle de l'hôpital et les deux bâtiments en forme de croix de Jérusalem, destinés à être utilisés comme bureaux. Qui dit monument historique dit architectes des bâtiments de France : sous leur contrôle, les travaux de restauration doivent respecter des règles précises quant aux matériaux utilisés et aux artisans compagnons travaillant les pierres, la couverture, la charpente et les escaliers... Chaque pierre découverte sous la peinture doit être répertoriée, les fenêtres doivent être refaites à l'identique : le moindre détail compte pour redonner au bâti sa configuration originelle. « La partie historique existante a été entièrement rénovée. Les bâtiments qui existaient initialement, détruits au fil des années, ont été reconstruits avec des techniques modernes tout en respectant leur enveloppe historique. Ainsi, une fois les ouvrages achevés, l'oeil ne fait plus la différence entre le bâtiment rénové et les bâtiments restitués », explique Jean-Pierre Paris.

Creuser sans s'effondrer

Enfin, il a fallu assurer la stabilité de l'ensemble pendant et bien sûr après les travaux, en tenant compte de la présence d'une ligne de métro mitoyenne aux infrastructures (station Vaneau ligne 10). Pour la construction des logements neufs, l'entrepreneur a monté une superstructure avant de creuser, afin d'avoir une masse suffisante pour assurer la stabilité nécessaire. Et pour les parties historiques, il a fallu clouter les bâtiments sur la rue de Sèvres : un processus assez fréquent dans Paris, mais risqué. « Là aussi, nous avons mis en place un processus de surveillance instrumentalisé car il s'agissait d'un risque majeur pour la structure. » Enfin, pour les réserver des vibrations environnantes (métro et voitures), l'ensemble des bâtiments ont été posés sur d'innovantes « boîtes à ressorts ».

Un suivi minutieux des risques

Parallélement à ces principaux risques, de nombreux autres éléments ont dû être pris en compte sur le chantier, notamment la sécurité des hommes, au nombre de 600 présents en période de pointe sur l'ensemble du site.

Afin d'éviter les intrusions (vols de matériaux, dégradations, incendie, accidents), la sécurité du chantier était assurée par deux gardiens de nuit et deux gardiens de jour, épaulés par un système de vidéosurveillance. Et Jean-Pierre Paris de préciser : « Afin d'avoir une gestion efficace de l'ensemble des risques du chantier, nous avons listé lors d'un brainstorming collectif tous les risques possibles, puis nous les avons hiérarchisés dans un tableau par ordre d'importance et probabilité d'occurrence. En face de chaque risque, nous avons inscrit le nom d'un responsable, chargé de trouver des solutions pour le réduire et de suivre son évolution sur toute la durée du chantier. Les sous-traitants sont également responsabilisés et réunis régulièrement pour les accompagner dans leurs recherches de solutions. C'est un vrai process de contrôle permanent, dans lequel nous associons le coordinateur sécurit et de protection de la santé. »

Pas de risk-manager dédié sur le chantier donc, mais des opérationnels qui se répartissent la prise en charge des différents risques, pour une vision finalement très globale de l'ensemble. Fin du chantier prévue pour 2014...

  • 2000 Désaffection des locaux
  • 2000-2010 Site inoccupé suite à de nombreux recours
  • 24 déc. 2010 Lancement de l'appel d'offres
  • 9 mai 2011 Bouygues Bâtiment est désigné comme entreprise générale pour réaliser le dossier marché (délai de livraison 27 mois)
  • 11 déc. 2012 Effondrement partiel d'un bâtiment historique dû à un défaut de manutention d'une entreprise sous-traitante
  • 20 juin 2013 Levée des scellées de l'enquête de six mois déclenchée suite au sinistre du 11 décembre 2012 ayant blessé trois personnes
  • Début 2014 Fin des travaux pour la partie logements et livraison des appartements
  • Fin 2014 Achèvement des travaux pour la partie historique et livraison des bureaux

CHRISTOPHE PAGES, DIRECTEUR DU DÉPARTEMENT CONSTRUCTION, IMMOBILIER ET RISQUES SPÉCIAUX MARSH FRANCE « La proximité du Bon Marché »

Deux chantiers en un

« Il y avait au départ deux maîtres d'ouvrage. Ce qui signifie que l'on devait gérer deux marchés distincts, deux permis de construire et donc deux chantiers en parallèle. En termes juridiques cette situation a aussi engendré des montages spécifiques. Il nous fallait en effet trouver une solution pour supprimer toute éventualité de recours croisés entre maîtres d'ouvrage, entreprises et assureurs des deux chantiers, notamment dans le cadre des garanties Tous risques chantier et Responsabilité civile. »

Rénovation lourde

« Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une rénovation lourde d'un monument historique classé datant du XVIe et du XVIIe siècle. Il fallait donc réaliser une estimation des existants indivisibles et des existants dissociables. Le projet dure déjà depuis plus de 15ans et implique plusieurs corps de métiers. Il y a ainsi eu bon nombre de travaux de pierreux. Toutes ces problématiques de rénovation lourde effraient certains assureurs. »

Travaux en plein coeur de ville

« Sur un tel chantier de centre-ville, il y a aussi des problématiques liées à la proximité de certaines habitations. De plus, les travaux jouxtent un commerce attirant bon nombre de consommateurs qui n'est autre que le Bon Marché. Là aussi, il y a eu des études en termes d'exposition et d'impact potentiel sur la marge du magasin. Enfin, cette réalisation est située aux abords d'une ligne de métro. Des réunions régulières ont été ainsi menées avec les autorités compétentes de la RATP. »

PIERRE SAUSSURE , responsable courtage à l'Auxiliaire « Alerter les constructeurs sur des points précis »

Quel est le rôle des assureurs dans un tel projet ?

Les assureurs ont un rôle essentiel d'accompagnement auprès des constructeurs et des maîtres d'ouvrages. Pour des chantiers complexes de cette nature, nécessitant l'intervention d'un grand nombre d'entreprises, ils doivent procéder à une analyse complète des ouvrages à construire. L'assureur, en collaboration avec le courtier, doit également maîtriser les différents liens contractuels entre les intervenants pour optimiser les montages de contrats d'assurances qui interviendront aussi bien en cours de chantier, qu'après réception.

Et en termes d'évaluation des risques ?

Là encore, nous travaillons avec les différentes parties prenantes non seulement en matière de prévention mais aussi lors de l'élaboration du plan de suivi des risques. Nous disposons d'ingénieurs spécialisés, capables de comprendre les problématiques techniques et d'alerter les constructeurs sur des points précis, à l'aune de l'expérience accumulée sur des chantiers similaires.

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