L’investissement durable et les assureurs : contraintes ou opportunités ?

L’investissement durable et les assureurs : contraintes ou opportunités ?

Notre planète est aujourd’hui confrontée à des défis environnementaux et sociétaux majeurs. Comme nous le rappelle le dernier rapport du GIEC, la lutte contre des risques tels que le changement climatique ou encore la perte de biodiversité est urgente et requiert que les flux de capitaux s’orientent vers des activités plus durables. Les assureurs sont appelés à jouer un rôle clé dans cette démarche à travers l’investissement de leur actif général et les fonds sous-jacents de leurs contrats en unités de compte. 

Ces enjeux surviennent après une décennie compliquée pour les assureurs en matière d’investissement, marquée par des taux d’intérêt faibles, des incertitudes géopolitiques et de nouvelles contraintes réglementaires et comptables. Dans cet environnement complexe, l’investissement durable représente-il une contrainte supplémentaire pour les assureurs et leurs portefeuilles ? Ou est-ce que la gestion durable peut, au contraire, devenir une source d’opportunités et donc de valeur ajoutée potentielle ?

Des exigences règlementaires en augmentation 

Les États et entités supranationales ont significativement renforcé les réglementations et lignes directrices visant à favoriser l’investissement durable incitant fortement les assureurs à adhérer au mouvement. Et même dans les cas où les lignes directrices en matière de durabilité ne sont pas encore juridiquement contraignantes, la volonté d’éviter d’éventuels chocs réglementaires futurs est une motivation importante.

À l’origine de bon nombre de ces exigences règlementaires se trouvent la COP21 de 2015 et l’Accord de Paris. Ce dernier fixe comme objectif de limiter le réchauffement climatique en deçà de 2°C par rapport à l’ère préindustrielle. Afin d’atteindre cet objectif, le Pacte vert de l’Union européenne (UE) définit trois cibles ambitieuses pour 2030 : réduire le niveau des gaz à effet de serre de moitié, au moins, par rapport à celui de 1990 ; accroître d’un tiers les économies d’énergie et augmenter la part des énergies renouvelables d’un tiers dans la consommation finale d’énergie. L’ambition de l’UE est par ailleurs d’atteindre in fine la neutralité climatique d’ici 2050.

Ce programme ambitieux nécessite une transformation des activités économiques ainsi que des investissements importants. Hors, même si la Commission européenne (CE) s’est engagée à consacrer une partie importante du budget de l’UE à l’action climatique, les fonds publics ne suffiront pas. C’est pourquoi le plan d’action de l’UE pour la finance durable et d’autres initiatives règlementaires soutiennent la réorientation des actifs institutionnels vers l’investissement durable. Parmi les éléments règlementaires qui aujourd’hui méritent une attention particulière de la part des assureurs se trouvent la taxonomie européenne des activités durables, la nouvelle version de la directive NFRD (Non-Financial Reporting Directive) ainsi que le règlement SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation).

La taxonomie fournit un système de classification des activités économiques et permet de déterminer si et à quelles conditions une activité est considérée durable. NFRD oblige les entreprises de l’UE à publier des informations sur leurs impacts social et environnemental. Et finalement, le règlement SFDR définit les divulgations obligatoires pour les acteurs des marchés financiers. Ces divulgations couvrent les risques de durabilité auxquels un acteur et ses produits sont sujets, ainsi que les impacts négatifs qu’un acteur peut avoir sur l’environnement et la société. Par ailleurs, SFDR instaure une classification des produits financiers selon leur degré de durabilité. Cette classification en produits dit article 9, 8 ou 6 pourra dans certains cas influencer leur distribution.

Les risques de durabilité et leurs potentielles conséquences 

Au-delà des exigences règlementaires en augmentation, d’autres facteurs incitent les assureurs à adopter l’investissement durable. Ainsi, il est de plus en plus évident que les assureurs et leurs actifs, y compris au sein de polices en unités de compte, s’exposent à des risques si la durabilité n’est pas pleinement prise en compte. En effet, ne pas soumettre les émetteurs, souverains ou entreprises, à une analyse qui intègre des facteurs environnementaux, sociétaux et de gouvernance risque d’exposer les investissements de l’assureur à des risques non souhaités.

Par exemple, les risques liés au changement climatique peuvent impacter les actifs des assureurs de deux manières :

  • Sous forme de risques physiques, c’est-à-dire de risques liés à des événements climatologiques spécifiques ou au réchauffement climatique sur le long terme qui causent des dommages significatifs aux actifs physiques ou aux chaînes d’approvisionnement.
  • Les portefeuilles peuvent être également touchés par des risques associés aux effets économiques et sociaux de la transition progressive vers une économie à faibles émissions de carbone. Les assureurs doivent ainsi savoir si et dans quelle mesure les entreprises et pays dans lesquels leur portefeuille est investi sont prêts pour la transition énergétique.

La réalisation de ces risques, qu’ils soient de nature physique ou de transition, peut, à son tour, exposer les assureurs à d’importants risques financiers et de réputation. Ces dernières années, les entreprises qui ont commis de graves infractions d’ordre ESG n’ont pas été les seules à subir la critique publique. Les investisseurs institutionnels sont de plus en plus interpellés directement au sujet de la durabilité des émetteurs des titres détenus dans leurs portefeuilles.

En intégrant la durabilité à leur gestion d’actifs, les assureurs peuvent ainsi aboutir à une gestion des risques plus globale et holistique. Généralement, l’analyse financière et la gestion des risques traditionnelles n’évaluent pas en détail et de manière qualitative et quantitative les nombreux risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) inhérents aux entreprises et pays. Les conséquences financières de la réalisation de risques ESG sont de plus en plus importantes. Ainsi, par exemple, une grande proportion de la valeur de marché d’une entreprise repose sur ses actifs incorporels, tels que la marque ou la réputation. Cette valeur incorporelle peut-être exposée à une dépréciation considérable en cas de réalisation de risque ESG. Prenons l’exemple d’une entreprise qui doit fermer une usine à cause d’un problème de gouvernance, comme la violation de règles locales en matière de lobbying. Sa valeur de marché pourrait être affectée par la baisse des capacités de production, mais aussi par l’atteinte à la réputation. Dans un contexte où les rendements sans risque sont minimes voire négatifs, l’identification et le choix des risques à prendre sciemment sont d’autant plus importants.

L’investissement durable en tant que source d’opportunités

Limiter la durabilité à son angle réglementaire et de gestion des risques peut parfois sembler représenter uniquement une contrainte pour les assureurs et leurs investissements. Mais la clé pour les assureurs face au défi de l’investissement durable est de comprendre qu’une telle approche peut aussi offrir des opportunités.

En intégrant les facteurs ESG à la gestion de leurs investissements, les assureurs peuvent potentiellement identifier de nouvelles opportunités. Dans la plupart des régions, les réglementations soutiennent de plus en plus les tendances structurelles à la durabilité comme la transition vers une économie neutre en carbone et plus circulaire. Ces tendances entrainent des changements importants au niveau des activités économiques. La réduction des émissions de CO2 par exemple requiert entre autre la transition vers les énergies renouvelables et des gains d’efficacité dans les processus de production. Les entreprises qui innovent dans ces domaines peuvent offrir aux assureurs des opportunités d’investissement attrayantes tant dans de nouveaux secteurs de croissance que dans de nouveaux instruments.

La pratique et la recherche universitaire montrent que l’intégration des facteurs ESG au processus d’investissement est loin d’avoir un impact négatif sur le profil risque/rendement. Au contraire ! De nombreux investisseurs et études estiment son incidence neutre, voire positive, sur le rendement. Raison pour laquelle de nombreux assureurs se tournent vers l’investissement durable. Cependant, les stratégies d’investissement durables sont diverses et ne dégagent pas toujours une surperformance. De même, les notations ESG d’un même titre peuvent varier d’un fournisseur à un autre. Il est donc important pour les assureurs de faire particulièrement attention au processus, à la donnée et à l’expertise sur lesquels sont fondées différentes stratégies durables et notations ESG.

Les assureurs peuvent aussi réfléchir à d’éventuelles opportunités commerciales que la durabilité peut leur offrir dans la mise en marché de leurs unités de compte. Des études indiquent que les investisseurs particuliers prennent de plus en plus en compte la durabilité parmi les critères pour choisir leurs produits financiers.

La durabilité, facteur important de la viabilité financière, règlementaire et commerciale des investissements des assureurs

Au-delà de l’urgence de réagir rapidement aux problèmes environnementaux et sociétaux et des contraintes règlementaires qui en découlent, que ce soit du côté de leurs actifs ou de leur passif, les assureurs sont clairement incités à se tourner vers l’investissement durable.

L’investissement durable devient ainsi de plus en plus un facteur important de la viabilité financière, règlementaire et commerciale des investissements des assureurs. L’élément fondamental est dès lors de mettre en œuvre l’investissement durable de manière experte et adaptée au portefeuille, afin d’en faire une source d’opportunités.

Contenu proposé par Candriam

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