Albert Lautman (FNMF) : « Tous les grands acteurs développent aujourd'hui des pôles mutualistes ! »

Albert Lautman (FNMF) : « Tous les grands acteurs développent aujourd'hui des pôles mutualistes ! »
credit photo Albert Lautman, directeur général de la FNMF

C’est le premier entretien qu’il accorde depuis sa prise de fonctions. Albert Lautman, le nouveau directeur général de la Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF), revient pour L’Argus sur l’assemblée générale extraordinaire de la FNMF.

Argus de l'Assurance : Quels sont les principaux enjeux de l’assemblée générale extraordinaire (AGE) du 15 décembre ?

Albert Lautman : Cette AGE s’inscrit dans un contexte de réfor­me du code de la mutualité et d’évolutions majeures pour le secteur qui doivent s’accompa­gner d’une adaptation des statuts de la FNMF. Le gros enjeu pour nous, aujourd’­hui, est la représentation des peti­tes et moyennes mutuelles au sein de la Fédération. Notre volonté est de renforcer leur place via la création d’un collège ad hoc au sein de l’assemblée générale et donc du conseil d’administration de la FNMF.

Cette AGE sera également l’occasion d’aborder l’avenir de la protection sociale, au vu de la situation actuelle : forte hausse des dépenses en santé, baisse des marges, réglementation des contrats… Elle intègrera une réfle­xion sur la méthode de travail que la Mutualité peut mettre en place dans les prochains mois pour propo­ser des évolutions du systè­me de santé. Demain, la réfor­me du code devrait nous permet­tre de moderniser la gouver­nance démocratique des mutuelles, en adaptant le principe «un homme, une voix» au contexte actuel de développement des contrats collec­tifs.

Serait, ainsi, introduit un statut de «membre associé», qui permettrait aux salariés des entreprises couvertes par des contrats collectifs de faire enten­dre leur voix aux assemblées géné­rales des mutuelles.

AA : Où en est la recomposition du paysage mutualiste ?

AL : La FNMF est et doit rester le lieu de rassemblement de toutes les mutuelles, quelle que soit leur taille. Répondre aux besoins spécifiques des mutuelles de taille intermédiaire est un enjeu important pour la Mutualité, dans un contexte de concentration avec la constitution de grands groupes (comme Aesio ou MGEN-Istya-Harmonie).

Pour défendre les intérêts des peti­tes structures, nous avons mené un travail commun sur la notice fonctions-clés de l’ACPR et l’application du principe de propor­tionnalité. Ces dernières années, la FNMF a aidé les mutuelles intermédiaires à passer le cap de Solvabilité 2, en mettant à leur disposition, par exemple, l’outil technique Vega, consacré au repor­ting des données financières au régulateur.

Il n’y a désormais plus que 370 mutuelles de livre 2, selon nos derniers comptages, contre 5 000 il y a plus de dix ans. Certaines mutuelles se rapprochent de groupes de protection sociale et de sociétés d’assurance, dans un contexte de recomposition complète du paysage de la protec­tion sociale tel que nous le connaissons aujourd’hui. Tous les grands acteurs de l’assurance santé développent des pôles mutualistes, ce qui est un signe ! J’y vois une forme de reconnaissance du modèle mutualiste.

AA : Quel devrait être, selon vous, le futur modèle économique des mutuelles ?

AL : L’érosion du marché de la santé concerne tous les acteurs, les mutuelles de livre 2, comme celles de livre 3, qui sont centrées sur les services de soins et d’accompagnement… La spécialisation en santé pose question aujourd’hui pour les mutuelles : elles ne peuvent compen­ser les faibles marges du secteur avec d’autres activités, comme le font les autres familles d’assureurs. Les principaux grou­pes mutualistes mènent déjà des réflexions sur ces enjeux. La FNMF, de son côté, doit animer la réfle­xion collective. Il faut remettre de la solidarité et de la mutualisation dans l’assurance santé et cela passe par des évolutions structurelles de notre modèle. Aujourd’hui, les parcours professionnels sont de moins en moins linéaires. Un salarié peut devenir indépendant, traver­ser une période de chômage... Or, notre protection sociale est entièrement organisée autour du statut professionnel. Sa complé­mentaire santé n’est pas la même s’il est salarié, fonctionnaire, retrai­té ou chômeur : cette organisation montre ses limi­tes.

AA : Justement, l’enjeu des seniors…

AL : Plus de 70 % des retraités sont couverts en santé par des mutuelles. Même si leurs pratiques tarifaires sont moins solidaires qu’il y a dix ans, elles le sont nettement plus qu’ailleurs ! Certaines offres lancées par des mutuelles, ciblées sur les seniors, sont dotées de services spécifi­ques : prévention, action sociale, perte d’autonomie, retour au domicile après une hospitalisation… Cette adaptation ne me choque pas dans un univers hyper­concurrentiel. Elle n’a rien à voir avec le projet de «label seniors» qui ne convenait pas : les tarifs n’étaient pas adaptés à la réalité du marché et les offres n’incluaient aucun service particulier. Toutes les familles de l’assurance se sont accordées sur ce point… et même l’ACPR !

AA : Et celui de la fonction publique d’État ?

AL : Les mutuelles n’ont pas de raison d’avoir peur de la concurrence quant aux référencements ! Elles ont de réels atouts à faire valoir (connaissance de ces métiers, de ce secteur…) face aux autres (NDLR : seul l’Office national des forêts n’avait, en 2009, pas fait le choix d’une mutuelle de la fonction publi­que). Les pouvoirs publics ont encouragé l’essor de la concurrence via un critère prépondérant : le prix. Mais il faut également regarder le niveau de garanties et les services proposés. C’est dans l’intérêt des fonctionnaires et, au-delà, du grand public ! Je suis convaincu que les mutuelles historiques apporteront les meilleu­res réponses aux appels d’offres des ministères.

AA : Quelles relations les mutuelles entretiennent-elles avec les pouvoirs publics… et le politique ?

AL : Des rapports qui font l’objet d’une forme d’injonction paradoxale. D’un côté, les résultats techniques des mutuelles au 31 décembre 2015 sont strictement à l’équilibre et le régulateur, contrôlant nos marges de solvabilité, nous incite à augmen­ter nos tarifs. D’un autre côté, les nouveaux dispositifs règle­mentaires lancés par les pouvoirs publics sont dans une logi­que de fixation de tarifs administrés en dessous des résultats techniques. Et rappelons aussi que les négociations conventionnelles avec les professionnels de santé prévoient une augmentation conséquente des remboursements des complémentaires santés…

Le bilan des deux derniers quinquennats est paradoxal pour la mutualité. Si celui de Nicolas Sarkozy a été celui de la hausse exponentielle des taxes sur la complémentaire santé, celui de François Hollande s’est transformé en hyper-réglementation du secteur, alors même qu’il poursuivait un objectif soute­nu par la FNMF, de généralisation de la complémentaire santé. Les réformes des dernières années ont segmenté l’accès à la complémentaire santé, au détriment de la solidarité intergénérationnelle… Cette avalanche de réfor­mes a toutefois prouvé la très forte résilience de la mutualité : avec l’ANI, elle est devenue le premier acteur en santé collective. Et si notre part de marché s’érode légèrement, la Mutualité reste le leader de la complémentaire santé avec 53 % de parts de marché.

AA : Comment se positionne la FNMF vis-à-vis de la présidentielle 2017 ?

AL : Les sujets de santé sont extrêmement complexes. Mais cela peut-il justifier leur absence lors des deux dernières élections présidentielles ? Le site Place de la Santé, lancé le 1er décembre avec nos think tanks partenaires (la Fondapol, la Fondation Jean-Jaurès et Terra Nova), a pour mission de replacer ce thème au cœur de la campagne. Il a d’abord pour but d’explorer les différents enjeux, de décrypter les programmes des candidats, avant de les interpeller et travailler avec eux.

Propos recueillis par Gwendal Perrin

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Commentaires

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