Avec le livre III, la Mutualité veut réaffirmer sa différence

Avec le livre III, la Mutualité veut réaffirmer sa différence
Georges Rivoire / l’Essor Affiches

Le rôle des assureurs complémentaires santé est contesté par un certain nombre de candidats à l’élection présidentielle. La Mutualité française, par la voix de son président Thierry Beaudet, entend bien riposter en axant sur ses spécificités d’opérateurs de soins.

«Non, les mutuelles ne sont pas des complémentaires santé comme les autres !» Le message de Thierry Beaudet est limpide : le président de la Fédération natio­nale de la Mutualité française (FNMF) compte bien sur la campagne présidentielle pour se différencier des institutions de prévoyance et des sociétés d’assu­rance, alors que plusieurs candidats à l’Élysée ont questionné le rôle même des complé­mentaires dans le système de santé. Cette ligne directrice a été réaffirmée lors d’un déplacement à Saint-Étien­ne, sur les terres de la quatrième mu­tuelle nationale Eovi MCD. La Mutualité française Loire–Haute-Loire y a présenté son plan de développement (voir encadré), illustration ­pratique des liens unissant les mutuelles et unions de livre II (activités d’assu­rance) et celles de livre III (prévention, action sociale et réalisations sanitaires). «Le livre III reste le bien commun des mutua­listes, alors que les mutuel­les sont de plus en plus concurrencées sur le livre II», note Thierry Beaudet.

Si les différentes réformes sur la complémentaire santé (ANI, contrats responsables, référencements fonction publique…) ont accéléré à la fois la concurrence et la concentration au sein du monde mutualiste, le livre III n’est pas exempt de difficultés. Le modèle économique des Servi­ces de soins et d’accompagnement mutualistes (Ssam) est en effet sujet à questions depuis de nombreuses années, tant et si bien que la FNMF réfléchit à un système d’alerte en cas de difficultés économiques de certaines Ssam.

Le système de santé de demain se construira dans les territoires, avec les partenaires des territoires : cette relation se tisse notamment entre les mutuelles, les politiques et les agences régionales de santé.

Thierry Beaudet, président de la Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF)

Illustration de cet équilibre comple­xe, durant ce déplace­ment stéphanois, avec des mem­bres de la clinique de ser­vi­ces et soins mutualistes (CSSM) de la rue du 11 novembre. L’établis­sement parvient à se maintenir à l’équilibre parce que les prestations rentables (dentaire, opti­que…) compensent celles qui ne le sont pas. De même, si la clini­que mutualiste chirurgicale a pu pren­dre le vira­ge de ­l’ambu­latoire, c’est notam­ment à la suite de la participation des mutuelles Eovi et Harmonie (4,5 M€ sur quinze ans). Plus généralement, le soutien du livre II au livre III permet à ces centres de financer des politi­ques d’innovation : déve­lop­­pe­ment de la télémédecine, nouvel­les thérapies non-mé­di­­ca­menteuses, lancement d’un centre de l’hypnose, mais aussi inclusion d’activités physi­ques dans les programmes de soins…

Le livre III en chiffres

  • 2 500 services de soins et d’accompagnement mutualistes (Ssam), gérés par les mutuelles et unions de livre III.
  • 3,3 Md€ chiffre d’affaires annuel.
    Source : FNMF 2014

La santé, un enjeu de société

Le livre III n’en reste pas moins un vecteur de différenciation fondamental, «la fierté des mutua­listes» pour reprendre une expression du président d’Eovi MCD Maurice Ronat. Il constitue aussi un vecteur d’unité au sein du mouvement mutualiste, le Fonds national de solidarité et d’action mutualistes (FNSAM) pour le développement des Ssam étant financé par une ­partie de la cotisation fédérale.

Ce focus placé sur les actions concrètes des mutuelles a une au­tre intention : orienter de ma­niè­re différente, dans le cadre de la campagne présidentielle, le débat actuel sur la santé. Ce dernier ­serait, selon Thierry Beaudet, trop centré sur le financement du système de santé : «Les vraies préoccupations sont ailleurs : déserts médicaux, délais d’attente, inégalités d’accès, pénuries de professionnels de santé…». Les dernières semaines avant l’élection feront-elles évoluer ce rapport de forces en faveur de ces préoccupations d’ordre local ?

Comment le livre II aide au financement du livre III

Le plan de développement de la Mutualité française Loire–Haute-Loire (42/43) est une bonne illustration des relations financières liant mutuelles et unions de livre II et de livre III. Ce plan de près de 13 M€ (médico-social, sanitaire, biens et services) est financé par des prêts, à la fois issus des mutuelles partenaires – Eovi MCD Mutuelle (5,4 M€) et Existence, désormais fondue dans Harmonie Mutuelle (600 K€) – et des établissements bancaires – Caisse d’épargne (3 M€), Crédit coopératif (1,9 M€) et Banque populaire (2 M€). Mais pour ces derniers, les mutuelles se portent caution : « Sans elles, les prêts n’auraient jamais été réalisés » souligne le DG de la Mutualité française 42/43, Rémi Bouvier.

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