Bernard Spitz, président de la FFSA : « Le bilan 2011 du secteur sera forcément en demi-teinte »

Bernard Spitz, président de la FFSA : « Le bilan 2011 du secteur sera forcément en demi-teinte »
© LAETITIA DUARTE
Réélu pour trois ans à la présidence de la FFSA, Bernard Spitz livre une analyse de la situation économique, financière et boursière actuelle et évoque les grands chantiers de son futur mandat.

La crise obligataire et boursière menace-t-elle la solidité du secteur ?

Non. Cette crise est lourde d'instabilité pour l'ensemble des économies, mais notre secteur y apparaît comme l'un des pôles essentiels de stabilité. Le modèle même de l'assurance n'est pas remis en cause, bien au contraire. Cela dit, le bilan du secteur sera forcément en demi-teinte, car la crise pèsera sur les résultats des compagnies. Les assureurs s'en sont sortis très honorablement jusqu'à présent, mais personne ne peut dire que 2011 est une année facile...

L'assurance vie paraît bien fragilisée...

Il faut nuancer les choses. Juillet est le huitième mois consécutif de baisse de la collecte, et nous prévoyons sur l'année un recul compris entre 5 et 10%. C'est exceptionnel. Pour autant, 2011 ne sera pas une année de décollecte, et cela, c'est majeur. Nous n'avons pas constaté de mouvements particuliers sur les rachats. Dans le contexte de nervosité ambiant, c'est le signe que l'assurance vie conserve tout son attrait, en matière de sécurité, de souplesse et de rendement. Le contrat de confiance avec les Français est solide.

Pourtant, le livret A ne progresse-t-il pas fortement ?

Naturellement. Dans une telle période, la tentation du court terme existe, surtout quand elle est encouragée par un relèvement des taux. Cependant, comparons ce qui est comparable. Le livret A ne répond pas aux mêmes objectifs que l'assurance vie, il n'a pas la même utilité économique et sociale, et les sommes collectées ne sont pas du même ordre.

La violence de la crise ne justifie-t-elle pas de revoir le statu quo fiscal sur l'assurance vie obtenu au printemps ?

L'assurance et les épargnants n'ont pas cessé d'être sollicités. L'an dernier, le secteur a déjà contribué bien au-delà de son poids dans l'économie. Au printemps 2011, après trois mois de débat sur la fiscalité du patrimoine, l'État a pris l'engagement de ne pas toucher à l'assurance vie cette année. Pourquoi ? Parce que tout le monde a compris que son rapport coût-avantages servait l'intérêt général, et que rien n'est pire pour l'épargne de long terme que la bougeotte fiscale. Changer d'avis aujourd'hui serait d'une gravité extrême pour la confiance des épargnants.

Les raisons qui étaient alors avancées par le secteur sont-elles toujours valables ?

Plus que jamais. Dans la situation actuelle, le risque serait que les Français s'écartent des placements à long terme. Cela freinerait les investissements des entreprises et pénaliserait le financement domestique de la dette souveraine. Nous sommes là face à un enjeu national suivi de près par les agences de notation. En France, le fait que cette part soit de 30%, dont la moitié via le secteur de l'assurance, contribue de façon décisive à la préservation de notre triple A.

Comment réagissez-vous au plan de rigueur annoncé par le Premier ministre ?

D'abord, avec humilité. Gouverner en période de crise n'est pas chose aisée, et les arbitrages sont très difficiles. Toutefois, à ce stade, je ne peux que m'inquiéter des orientations en matière de complémentaires santé et de retraites complémentaires. Le débat au Parlement permettra, je l'espère, d'améliorer les choses.

Comment les acteurs peuvent-ils contrer la baisse des résultats financiers ?

Par les leviers que sont la rigueur de gestion, la fidélisation des clients, mais aussi l'innovation. Les assureurs optimiseront leur valeur ajoutée, c'est-à-dire la sécurité qu'ils apportent à la mise en oeuvre des projets personnels et professionnels de leurs clients. J'ai toujours dit que la gestion du risque sera la grande affaire du XXIe siècle. La crise actuelle le souligne crûment.

Faut-il craindre des suppressions d'effectifs et s'attendre à une rentrée sociale « chaude » dans l'assurance ?

Chaque entreprise est un cas spécifique sur lequel je n'ai pas à me prononcer. Globalement, chaque année, le secteur recrute plus d'une douzaine de milliers de personnes pour des emplois stables et pérennes. Quand les pouvoirs publics disent qu'il faut sanctuariser les créateurs d'emplois, les assureurs méritent donc de figurer dans les premiers rangs.

Avec cette nouvelle crise, faut-il remettre en chantier Solvabilité 2 ?

Depuis mon arrivée, j'ai souhaité que la FFSA soit en mesure de fédérer la diversité des points de vue français et de proposer, dans l'union avec nos partenaires européens, des améliorations à la directive. Nous avons ainsi souligné les avantages des nouvelles règles prudentielles, et contesté des éléments qui nous paraissent dangereux. D'où la plate-forme commune avec nos homologues allemands, rejointe par les Espagnols, les Italiens, les Polonais, soutenue devant la Commission et par nos gouvernements respectifs. Aujourd'hui, la balle est dans le camp de Bruxelles, et les deux mois qui viennent seront cruciaux. Michel Barnier nous fait l'honneur de participer à notre grand colloque annuel sur Solvabilité 2, le 29 novembre à la FFSA, avec la plupart des grands acteurs européens de ce dossier. Ce sera l'heure des choix.

Vous avez été réélu à l'unanimité président de la FFSA. Quels sont les grands enjeux de votre nouveau mandat ?

J'en avancerai quatre. D'abord, poursuivre la modernisation et la rénovation de cette maison. Puis renforcer et densifier notre présence à Bruxelles. Ensuite, travailler à l'union de toutes les familles de l'assurance dans la défense des intérêts de la profession, en particulier dans les tumultes liés à la crise. Et puis, j'ajouterai un enjeu d'une autre nature, essentiel à mes yeux, qui est d'ordre culturel : c'est la place de l'assurance dans la société française. La gestion du risque va être la question centrale de la vie économique, politique, médiatique, sociale et sociétale de la cité dans les prochaines années. C'est le métier des assureurs. Les partenariats entre public et privé vont se multiplier pour répondre aux besoins de sécurité des Français et des entreprises françaises. L'assurance doit donc être mieux comprise, mieux débattue, mieux considérée, mieux enseignée. D'où l'importance par exemple de notre Université de l'assurance, qui reçoit un accueil extraordinaire des enseignants et étudiants, ou encore des Journées de l'assurance en régions, dont la prochaine édition se tiendra à Lille en février 2012.

Justement, dans ce registre, que devient le Conseil d'orientation et de réflexion de l'assurance, dont vous avez initié la création ?

Il trace son chemin, et sa notoriété grandit, à tel point que d'autres professions souhaitent s'en inspirer. Je suis très reconnaissant à tous ses membres et à son président, Jean Pierre Boisivon, pour la qualité de leurs contributions, dont beaucoup, écrites ou en vidéo, sont accessibles sur notre site. Par ailleurs, en 2011, nous avons créé le Conseil d'orientation scientifique d'Assureurs prévention (Cosap), qui est son équivalent. Il est présidé par le professeur Philippe Gabriel Steg, à qui je renouvelle ma gratitude pour son implication et son niveau d'exigence.

Et concernant l'Association française de l'assurance (Afa), dont vous quittez la présidence au profit du président du Gema, Gérard Andreck ?

La présidence tournante, prévue dans les statuts, est intervenue cet été. Tous mes voeux accompagnent Gérard Andreck, que j'épaulerai de mon mieux comme vice-président de l'Afa, afin de poursuivre la dynamique d'union déjà engagée dans de nombreux domaines, et qui ne demande qu'à s'amplifier.

Cela fait beaucoup d'objectifs de long terme...

Oui. Mais j'ai appris de Michel Rocard, quand je travaillais à ses côtés à Matignon, que l'on s'occupe toujours du court terme, alors que le long terme, on a tendance à le renvoyer à plus tard, c'est-à-dire, parfois, à jamais. Voilà pourquoi l'urgence, c'est le long terme. Et cela, nulle profession ne le sait mieux que l'assurance, qui trouve dans le long terme les fondements de son modèle économique et sa raison d'être.

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