Brexit : les assureurs britanniques font de la résistance

Brexit : les assureurs britanniques font de la résistance

Alors que les annonces de créations de filiales en Europe continentale se multiplient, l’impact du Brexit devrait rester modeste.

Le 24 juin 2016, après avoir fait campagne pour le maintien du Royaume-Uni (RU) dans l’Union européenne (UE), les assureurs britanniques sont sous le choc du résultat du référendum donnant le Brexit gagnant. Un an plus tard, la débâ­cle électorale de Theresa May aux élections législatives du 8 juin 2017 redonnait au secteur l’espoir de voir se matérialiser un soft Brexit. De fait, si la Première ministre britannique avait obtenu une majorité absolue à la Chambre des communes, le scénario d’un Brexit dur était quasiment entériné. Pour autant, les assureurs implantés au Royaume-Uni n’ont pas attendu le résultat de ces élections, ni même le début des négociations de sortie, pour ­parer au scénario du pire. Autrement dit, la perte du passeport européen, qui permet à une socié­té établie dans l’un des pays de l’Espace économique européen (EEE) de proposer ses ­services dans l’ensemble des pays mem­bres sans y être établie. « Les assureurs implantés au Royaume-Uni, souscrivant des risques Union Européenne, et ne disposant pas d’opérations en ­Europe continentale doivent faire en sorte d’éviter à leurs clients une interruption de servi­ce, fin mars 2019, quand le Royaume-Uni ­sortira de l’Union européen­ne » explique Catherine Thomas, ­directeur ­senior analytics au sein de l’agence de notation AM Best.

Sans surprise, les annonces de créations de filiales en Europe continentale, qui garantissent aux assureurs la poursuite de leurs activités dans l’UE post-Brexit, se sont donc multipliées ces derniers mois : « À l’heure actuelle, aucune implantation géographique n’a été favorisée », observe un analyste de l’agence AM Best, « et les choix ont été faits en fonction de considé­rations indi­vi­duelles ». Anglophone, fisca­le­ment attractive et dotée d’un système juridique ­similaire à celui de Londres, ­Dublin avait toutefois tous les atouts sur le papier pour s’attirer les faveurs des assureurs. Or, la capitale irlandaise a moins séduit que prévu : seuls Beazley, Aviva et Chaucer ont pris la décision d’upgrader leurs opérations existantes dans ce pays. Legal & General a, quant à lui, indiqué qu’il déménagerait « un certain nombre d’activités de gestion » en Irlande afin de continuer à servir ses clients dans un univers post-Brexit.

À l’inverse, l’Europe continentale a marqué de nombreux points : QBE et le marché de l’assurance londonien du Lloyd’s ont opté pour Bruxelles.

Le Luxembourg a le vent en poupe…

Grand gagnant de la géographie de l’assurance post-Brexit, le Luxembourg a fait carton plein : AIG, Hiscox, CNA Hardy, RSA, FM Global et Liberty Special Markets ont annoncé leur intention d’y implanter une filia­le : « D’autres sont encore dans le pipe­line », confie Tom Theobald, vice-directeur général de Luxembourg for Finance, l’agence pour le déve­loppement du centre finan­cier luxembourgeois.

Parmi toutes ces entreprises, une seule, AIG, avait une présence histo­rique au Luxembourg via une succursale londonienne. « Pour ces différentes compagnies d’assurance, il était important d’être situées à proximité de leurs marchés principaux et la présence d’équipes germanophones, francophones et anglophones a constitué un véritable atout », ajoute le vice-directeur général de Luxembourg for Finance. La présence d’un régulateur dédié au secteur de l’assurance et de la réassurance – le Commissariat aux assu­rances (CAA) – semble avoir été un des éléments clés : « Le Luxembourg a également donné des gages de réussite en matière de réglementation de gros groupes d’assurances, comme Swiss Re, et a la réputation d’adop­ter une approche réglementaire proportionnée conforme à Solvabilité 2 », ajoute Ashley Prebble, avocate associée au sein de Clifford Chance.%%HORSTEXTE:20%

… mais pas seulement

Destination post-Brexit privilégiée des grandes banques internationales non-européen­nes, Francfort n’a pas suscité le même engouement auprès des assureurs : « Nous sommes actuellement en discussions avec une demi-douzaine d’assureurs en provenance du Royaume-Uni », nuance cependant Hubertus Väth, directeur du Frankfurt Main Finance, l’organisme de promotion de la place financière allemande. « Un certain nombre d’assureurs supplémentaires se sont rapprochés du BaFin (ndlr : régulateur allemand) pour obtenir des informations sur les conditions d’obtention d’une licence en Allemagne. Aucune décision n’a encore été prise ».

Toutes capitales européennes confondues, les ­effectifs délocalisés dans le secteur de l’assurance restent modestes – entre 10 et 100 par entreprise concernée. Soit une goutte d’eau comparée aux transferts de milliers d’emplois attendus dans le secteur bancaire : « À ce stade, les compagnies d’assurance n’ont pas nécessairement déterminé leurs besoins », souligne Catherine Thomas, « elles doivent assurer un juste équilibre entre la rétention de leurs clients et le désir de limiter des investissements superflus lors de la création d’une nouvelle ­entité avant d’en savoir plus sur les contours que prendra un éventuel accord transitoire ».%

Peu de conséquences

Une approche mesurée qui se justifie par l’absence d’impact réel du Brexit à ce jour. Certes, les négociations viennent à peine de commencer et le Royaume-Uni fait encore partie de l’Union ­européenne. Mais sur le moyen terme, la situation ne devrait guère évoluer. L’agence de notation Moody’s a ainsi relevé en juin la perspective du secteur de l’assurance vie britannique de négative à stable. Selon elle, les conséquences du Brexit sur le secteur seront modérées et les risques opérationnels gérables au cours des 12 à 18 prochains mois : « Nous nous basons sur un scénario selon lequel le Royaume-Uni va imiter les accords commerciaux les plus importants qu’elle détient à l’heure actuelle et que les négociations aboutiront à la signa­ture d’un accord », explique Antonello Aquino, associate ­managing director chez Moody’s.

L’agence de notation croit aussi beaucoup à la solidité des modè­les opérationnels des assureurs vie et à la capacité d’adaptation du secteur : « Les grandes compagnies d’assurance vie ont été ­capa­bles d’identifier des oppor­tunités de croissance et de faire évoluer leur mix de produits et leur modè­le opérationnel afin de compen­ser un déclin possible », étaye Antonello Aquino. « Par exemple, le déclin des ventes de rentes viagères (annuities) a été compensé par une inflexion plus importante donnée aux bulk annuities (ndlr : rentes trans­férées directement des régimes de ­pension à prestations définies des entrepri­ses dans les compagnies d’assurance, afin de réduire leurs risques). Plus dépendante des conditions économiques, l’assurance non-vie pourrait souffrir davantage. » Dans une étude trimestrielle consacrée aux services financiers, le cabinet d’études Ernst & Young Item Club craint que le mélange d’une forte inflation et d’une faible croissance des salai­res ait des répercussions négatives sur les gros achats.

Par ricochets, cette situation pourrait faire fléchir la vente de produits d’assurances associés : « Les immatriculations de voitures devraient décliner de 2,69 millions en 2016 à 2,58 millions cette année et à 2,42 millions en 2018, tandis que la croissance des transactions annuelles dans le secteur immobilier devrait attein­dre une moyenne de 2,6 % entre 2017 et 2019, comparé à une moyenne de 7 % au cours des cinq années précédentes », écrit ainsi le cabinet.

Interrogations post-Brexit

Dans l’intervalle, l’ABI, l’association de représentation des assureurs, soutenue par la PRA, l’auto­rité de supervision prudentielle du pays, espère négocier une période de transition durant laquelle les assureurs pourront continuer à honorer les contrats existants avec leurs clients après mars 2019, date officielle de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne : « à l’approche de l’échéance du Brexit, la plus grosse crainte des assureurs est d’être confrontés au choix difficile de rompre leurs promesses envers leurs clients ou de risquer de contrevenir à la loi, si la question des contrats existants n’est pas résolue », estime Huw Evans, direc­teur général de l’ABI. L’autre grande interrogation concerne le volet réglementaire : au cours des derniers mois, des assureurs se sont mobilisés outre-Manche pour demander un assouplissement de l’interprétation des règles relatives à Solvabilité 2 dans un environnement post-Brexit : « Les assureurs vie purement britanniques qui n’ont aucu­ne opération dans l’Union européenne ont fait montre d’un appétit plus important en faveur d’une divergence réglementaire, ce qui n’est pas le cas des assureurs britanniques possédant des opéra­tions en Europe » estime Catherine Thomas.

Au cœur des enjeux : la marge de risque, jugée trop importante sous les critères de la directive ainsi que l’ajustement égalisateur (matching adjustment) dont l’inter­prétation est également jugée trop restrictive par les assureurs vie britanniques. Or, la Banque d’Angleterre se refuse à tout changement. Selon David Rule, responsable de la supervision du secteur de l’assurance au sein de la BoE, la mise en œuvre de Solvabilité 2 est « robuste, mais proportionnée ». Signe donc que le bûcher réglementaire post-Brexit n’aura pas lieu.

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