En attendant Solvabilité 2, les assureurs affûtent leurs messages (étude Mazars)

Outre la persistance de points d'attention sur les dérivés et les goodwills, l'étude annuelle de Mazars relève l'accent croissant mis sur les cash-flows et la gestion du capital. L'embedded value risque de faire double emploi à l'avenir.


L'assurance mériterait-elle encore sa réputation de « boîte noire » ? Hétérogénéité, complexité, attentisme, sur fond, toutefois, de messages plus positifs : voilà ce qui ressort, à grands traits, de l'analyse de la communication financière de seize grands groupes d'assurances européens (1) que Mazars a réalisée sur la base des comptes 2013. Comme chaque année depuis six ans, le premier constat est le même. « Le problème de fond demeure : les comptes des assureurs sont peu comparables, puisque la norme IFRS 4 phase 1 sur les passifs d'assurance renvoie aux normes locales. On est donc loin de l'homogénéité souhaitée par les normes internationales, qui, de surcroît, renvoient une image complexe et peu adaptée du secteur de l'assurance », résume Gilles Magnan, associé chez Mazars. Les négociations en cours sur IFRS 4 phase 2 butent aussi sur la difficulté à faire coïncider prise en compte adéquate du modèle économique de l'assurance, simplicité et transparence.

Malgré la persistance de très faibles taux d'intérêt, le contexte financier resort en nette amélioration depuis fin 2011. Les marchés d'actions ont rebondi, et, avec eux, les cours des assureurs... et leurs messages. « Ils sont sortis de la phase de crise financière. Dans leur communication, il est question de développement, de gestion du capital, de digital et de big data, et nettement moins de réduction de coûts et de restructuration », relève Gilles Magnan. Sur le plan chiffré, la bonne tenue des marchés se traduit par une nette baisse du niveau de dotations aux provisions sur actions (1,3 Md€ constatés sur le panel en 2013, contre 4,4 Md€ en 2012 et 6,5 Md€ en 2011) et sur obligations (0,4 Md€ en 2013, contre 1 Md€ en 2012 et 11,5 Md€ en 2011).

Dérivés et incorporels surveillés

Même si la crise est passée, certains sujets font l'objet d'une vigilance particulière. C'est notamment le cas du recours aux dérivés, dont les volumes notionnels (un peu plus de 1 000 Md€) bien que stables, restent significatifs, reflet d'une certaine sophistication dans la gestion des risques. Une tendance qui risque de s'amplifier avec Solvabilité 2. « Pour le superviseur, ces volumes sont synonymes de zone de risque, alors qu'en pratique, les assureurs utilisent majoritairement les dérivés dans le cadre d'opérations de couverture - et non à des fins spéculatives -et ils font le plus souvent l'objet de collatéraux, ce qui limite considérablement le risque de contrepartie », commente Sébastien Arnault, senior manager chez Mazars. L'enjeu se situe donc surtout en matière de communication financière - inégale selon les acteurs - sachant que « les normes sont très peu prescriptives en matière d'information à fournir sur les dérivés », précise Sébastien Arnault.

Autre sujet sensible : les écarts d'acquisition (goodwills), et plus généralement les actifs incorporels. En dépit d'un contexte plus favorable, leur poids reste élevé. Mazars relève ainsi, dans les bilans des seize assureurs passés au crible, que le stock de goodwills rapporté aux fonds propres reste stable par rapport à 2012, à 23%, tandis que le stock de dépréciations représente 11% des écarts d'acquisition. « Quoi que l'on en dise, c'est une épée de Damoclès pour les assureurs : les goodwills n'étant pas amortis en IFRS, tout scénario catastrophe obligerait à une dépréciation brutale et massive », note Gilles Magnan, non sans déplorer que les normes IFRS s'éloignent du sacro-saint principe de prudence.

Priorité au cash

Quant aux incorporels au sens large (incluant aussi les frais d'acquisition différés, la valeur de portefeuille, la participation aux bénéfices différée active et les accords de distribution), ils comptent pour 68% des fonds propres en 2013. Or, ces charges reportées et ces profits anticipés supposent que les plans de marche des assureurs se déroulent sans encombre. « Dans des pays où les taux d'intérêt sont devenus très bas, la capacité à dégager des marges futures devient plus faible, d'où le risque, en cas de maintien des taux bas à moyen terme, de devoir passer à la trappe une partie de ces incorporels », prévient Gilles Magnan.

Du côté des indicateurs de performance, une tendance semble se confirmer : la priorité donnée à la capacité à générer de la trésorerie pour investir ou verser des dividendes. « Cette inflexion dans la communication reflète la volonté des assureurs de revenir à des notions simples, compréhensibles et comparables, comme les cash flows et le rendement des fonds propres (ROE), et de démontrer leur agilité dans la gestion de leur capital », expose Gilles Magnan.

À cet égard, avec Solvabilité 2, l'accent va être de plus en plus mis sur la capacité des assureurs à faire remonter de la trésorerie depuis les filiales vers la maison mère. « Les investisseurs s'étonnaient, à juste titre, de l'écart entre les résultats globaux et le niveau de dividendes distribués », poursuit-il. Ce qui augure de quelques débats à venir entre le superviseur groupe et les superviseurs locaux des filiales.

Les effets de Solvabilité 2

Si l'embedded value (valeur intrinsèque) reste utilisée pour mesurer la capacité bénéficiaire des activités vie, l'hétérogénéité des référentiels utilisés demeure. Mazars anticipe assez peu d'évolutions sur le sujet d'ici à 2016, et s'interroge sur l'avenir de cet indicateur avec la bascule à Solvabilité 2. « Les groupes d'assurances s'interrogent sur la pertinence de conserver deux référentiels assez proches. La notion d'embedded value pourrait ainsi céder la place à une communication autour des capitaux propres économiques issus du bilan Solvabilité 2, dont on peut espérer qu'elle apportera plus d'homogénéité. Mais les messages restent à construire », indique Sébastien Arnault.

En attendant, les groupes étudiés restent assez frileux pour projeter leur solidité financière en mode Solvabilité 2, même si presque tous disposent d'un modèle interne, total (12 sur 16) ou partiel (3 sur 16). La grande majorité (13 sur 16) communique encore sur la base du ratio de solvabilité en vigueur selon la réglementation actuelle. Seuls deux se risquent à communiquer un véritable ratio Solvabilité 2, et une petite moitié (7) s'en approche avec un ratio économique, que chacun calcule à son idée.

Reste un point sur lequel Solvabilité 2 semble avoir d'ores et déjà joué de son influence : l'allocation d'actifs. « La structure de l'allocation en 2013 intègre déjà les contraintes de Solvabilité 2, et le repositionnement vers des actifs moins chargés en capital, comme les obligations d'État », pointe Mazars. La plupart des groupes auraient ainsi déjà atteint leur allocation cible, correspondant à leur appétit au risque. Soit en moyenne 37% d'obligations d'État, 12% d'obligations structurées et 9% d'actions en 2013, à comparer respectivement aux 33%, 15% et 11% de 2010.

1. Aegon, Ageas, Allianz, Aviva, Axa, CNP Assurances, Generali, Groupama, Legal et General, Mapfre, Munich Re, Old Mutual, Prudential, Scor, Swiss Life, Zurich. Analyse basée sur les rapports annuels et autres supports de présentation des résultats.

Malgré un contexte plus favorable, les goodwills rapportés aux fonds propres restent élevés. la solvabilité calculée sous solvabilité 2 ou avec un ratio économique s’améliore, mais la majorité des acteurs communique encore sur la base de la réglementation locale actuelle.
la progression de leur cours offre un contexte plus détendu aux assureurs du panel de Mazars, et facilite leur communication.
En prévision des scr de solvabilité 2, les obligations d’état ont pris le pas sur des actifs plus exigeants en capital, comme les actions.

ÊTRE SYSTÉMIQUE EST POUR L'INSTANT SANS INCIDENCE

La désignation comme assureur systémique, il y a un an, n'a pas encore eu d'incidence sur la communication financière des acteurs concernés, relève Mazars. Les effets se verront sans doute davantage dans les années qui viennent, quand les implications concrètes de cette désignation - nouvelles exigences de fonds propres, supervision renforcée et mise en place d'un plan de résolution de crise - seront effectives. Depuis juillet 2013, figurent parmi les groupes « systémiques », au sens du Conseil de stabilité financière (FSB) Allianz, Aviva, Axa, Generali, Prudential pour les Européens. S'ajoutent à la liste trois Américains (Prudential Financial, Metlife et AIG) et un chinois (PingAn), qui ne rentrent pas dans le champ de l'étude de Mazars.

LOTFI ELBARHDADI, Responsable analytique assurance France et Europe du Sud, Standard et Poor's.« En général, l'information publique n'est pas suffisante »

« Nous ne nous contentons pas de l'information publique délivrée par les groupes d'assurances pour élaborer nos notes. Elle n'est en général pas suffisante. Il nous manque, par exemple, des éléments importants comme la qualité de crédit des actifs, le détail des provisions techniques par lignes d'activité, ou le cadre de la gestion des risques, exprimé en limites et tolérances aux risques. Certains groupes ne détaillent pas leur plan stratégique. Ensuite, l'information est rarement comparable d'un groupe à l'autre, ce qui rend nécessaires des ajustements, notamment en matière de ratio combiné, d'embedded value ou de ratio de solvabilité. Enfin, l'information nous donne une image de la richesse acquise, sans caractère prospectif. Or, pour bien comprendre un ratio de solvabilité, il faut comprendre comment il est calculé, et quelles sont sa sensibilité et sa volatilité en cas de scénario défavorable. Dans l'absolu, Solvabilité 2 devrait améliorer les choses, grâce aux exigences de reporting du pilier 3 et au travail de gestion des risques effectué dans le pilier 2. Reste une incertitude sur ce qui relèvera de l'information réservée au superviseur et de l'information publique. »

Les assureurs parlent de développement, de gestion du capital, de digital et de big data, et nettement moins de réduction de coûts.

Gilles Magnan, associé chez Mazars

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En attendant Solvabilité 2, les assureurs affûtent leurs messages (étude Mazars)

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