Groupama et Premafin : divorce à l'italienne

La famille Ligresti a mis fin à l'accord avec Groupama portant sur la prise de participation du français dans son holding Premafin. En Italie, le groupe mutualiste se concentre désormais sur la croissance interne.

Quatre mois après l'annonce en fanfare de l'accord passé entre Groupama et la famille Ligresti, qui contrôle Fondiaria-Sai, le deuxième assureur italien, via son holding financier Premafin, le divorce est consommé entre les deux partenaires. Dans un communiqué de quelques lignes, Premafin a mis fin définitivement aux négociations avec le français.

Groupama s'est déclaré « disponible » pour examiner d'autres solutions pour relancer le projet, mais il ne semble plus guère y croire non plus, préférant se concentrer sur une croissance interne en Italie, son deuxième marché avec 1,4 Md€ de chiffre d'affaires.

L'entente prévoyait la montée à 17% dans le capital de Premafin de la part du mutualiste, intéressé aussi à monter jusqu'à 20% dans Fondiaria-Sai. Le projet a été freiné net par la Consob, le régulateur de la Bourse italienne, qui a posé comme condition à Groupama, pour réaliser cette opération, le lancement d'une offre publique d'achat (OPA) sur les deux sociétés. Le français a bien tenté de proposer un nouvel accord à son partenaire, mais il a encaissé une fin de non-recevoir.

Préférence pour un mariage dans la famille

Ce refus paraît d'autant plus surprenant qu'avec une dette nette consolidée de 1,9 Md€, Premafin et, en cascade, Fondiaria-Sai sont aux abois. Proche du pouvoir, à la tête d'un empire dans les secteurs immobiliers et de l'assurance, l'influent patriarche Salvatore Ligresti a-t-il joué de ses relations pour sauver son groupe en proposant une solution italienne ? Dans le jeu des participations croisées typique du système capitalistique italien, des intérêts supérieurs semblent en tout cas avoir pris le dessus.

Fondiaria-Sai et Premafin sont actionnaires de la banque d'affaires Mediobanca, clé de voûte du système financier transalpin, laquelle est elle-même premier actionnaire de Generali (13,45%). Cette dernière suit d'autant plus près le dossier qu'elle a accordé à Fondiaria-Sai des prêts subordonnés pour plus de 1 Md€... En attendant, selon des sources proches du dossier, les négociations se sont intensifiées avec la banque UniCredit, principal créancier de la galaxie Ligresti.

Chronologie

  • 29 octobre 2010 : accord entre Groupama et Premafin prévoyant une prise de participation de 17 % par le Français au capital du holding de la famille Ligresti.
  • 13 janvier : Groupama envisage aussi « une prise de participation éventuelle dans Fondiaria-Sai d'un maximum de 17 à 20 % ».
  • 5 janvier : Groupama dépose auprès de la Consob une demande d'exemption d'OPA sur Premafin et sur Fondiaria-Sai dans le cadre de sa prise de participation.
  • 4 mars : la Consob rend son verdict. Elle impose comme condition à la prise de participation de Groupama de lancer une OPA sur Premafin, ainsi que sur la compagnie Fondiaria-Sai.
  • 9 mars : Groupama décide d'étudier toutes les options possibles pour négocier un nouvel accord avec la famille Ligresti.
  • 11 mars : Premafin met fin aux négociations avec Groupama.

 

2 questions à

Giandomenico Piluso, professeur d'histoire économique à l'université de Sienne
  • Pourquoi le projet de Groupama a-t-il échoué ?

L'accord mis au point par Groupama avec la famille Ligresti aurait pu se réaliser il y a quelques années. Notre autorité de surveillance des marchés, Consob, s'est montrée beaucoup moins pointilleuse dans le passé sur des dossiers similaires. Ce n'est pas le cas dans les circonstances actuelles. Depuis la crise de 2008 et les interventions massives des États pour sauver les intermédiaires financiers, nous assistons à une fermeture des marchés contre la concurrence étrangère. Visiblement, il y a eu une crainte d'ouvrir le marché de l'assurance italien à un opérateur de la taille de Groupama en lui permettant d'accéder à tout le réseau de Fondiaria-Sai. Le Français a, par ailleurs, été pénalisé par l'arrivée d'un nouveau président à la tête de la Consob, Giuseppe Vegas, réputé pour sa forte personnalité.

  • Quelles sont, désormais, les perspectives des assureurs étrangers sur le marché italien ?

Les opérateurs étrangers, notamment les Français, pourront continuer à avoir des positions importantes sur le marché italien, mais pas prééminentes. En revanche, entrer en Italie en s'emparant de parts de marché, comme a voulu le faire Groupama avec Fondiaria-Sai, sera, à l'avenir, beaucoup plus difficile.

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