« Il faut que les dispositifs d'épargne retraite collective deviennent obligatoires dans les petites entreprises »

Le président de l'Afpen milite pour l'instauration obligatoire du Perco ou de l'« article 83 » dans les TPE et PME, afin de réduire les inégalités face à l'épargne retraite entre les différentes catégories de salariés.

Êtes-vous satisfait de la place accordée à l'épargne dans le texte sur la réforme des retraites ?

C'est vrai que lorsque nous avons réfléchi à la réforme des retraites au printemps, réflexion qui a débouché sur la présentation, en juillet, de trente et une propositions pour favoriser l'épargne retraite, nous ne pensions pas que le texte allait consacrer un chapitre entier [NDLR : le titre V ter] à la question. Compte tenu de la manière dont la réforme des retraites a été engagée, en se focalisant essentiellement sur l'évolution de la retraite par répartition, on pouvait craindre que le sujet de la retraite par capitalisation ne soit oublié. C'est important que l'épargne retraite soit non seulement citée, mais occupe une vraie place dans le projet de loi, alors qu'elle n'avait pas été prévue au départ. De ce point de vue, nous sommes plutôt contents. Notre travail auprès des députés et des sénateurs semble avoir payé.

Qu'est ce qui a, selon vous, convaincu les parlementaires ?

D'abord, ils ont compris qu'il ne fallait pas opposer retraite par répartition et retraite par capitalisation. Les deux dispositifs sont complémentaires. Ensuite, si l'on prend les projections du Conseil d'orientation des retraites et celles des actuaires de notre association, on voit bien que si rien n'est fait, notamment pour les bas salaires, le niveau des retraites dans vingt à trente ans sera quasiment insuffisant pour faire face aux besoins des futurs retraités. Donc, soit on augmente le coût de la répartition, soit on favorise le développement des dispositifs d'épargne retraite pour pallier la baisse du montant des pensions. Les parlementaires se sont rangés en faveur de la seconde solution.

Vous militez pour la création d'une prime incitant les faibles revenus à se constituer une épargne retraite. Êtes-vous déçu qu'elle ne figure pas dans le projet de loi ?

Il est, en effet, compliqué de demander à une personne qui gagne le Smic de mettre 30 euros par mois pour se constituer une épargne en prévision de sa retraite. La « prime pour l'épargne retraite » proposée par notre association s'inspire de la prime « Riester » [NDLR : ancien ministre des Finances allemand] en vigueur en Allemagne, qui consiste en une incitation de l'État à épargner pour la retraite à titre individuel. Sur le même modèle, on pourrait imaginer qu'en dessous d'un certain niveau de revenus, l'État français abonde l'argent placé de manière individuelle sur un support d'épargne retraite, quel qu'il soit. Mais nous sommes conscients qu'avec la crise, la situation financière des États en général, et de la France en particulier, ne permet pas de mettre en place, pour l'heure, ce genre d'incitation. Il est toujours difficile de mettre de l'argent sur la table quand les caisses sont vides.

Votre idée d'obliger les PME à proposer à leurs salariés un dispositif d'épargne retraite n'a pas non plus été retenue...

En vérité, la question du niveau des retraites concerne non seulement les faibles revenus, mais aussi les salariés des TPE et PME. Ils sont souvent moins bien payés que les salariés des grands groupes. En plus, ils ne disposent pas, comme eux, d'un plan d'aprgne retraite collectif (Perco) ou d'un « article 83 ». Très peu de PME ont mis en place des dispositifs d'épargne retraite collective. Or, tant que l'on ne se sera pas occupé de cette question, on ne fera qu'amplifier les écarts entre les différentes populations de salariés. Ce serait d'autant plus dommage que le principe même de la retraite initiée après-guerre était de permettre à tous les Français de vivre dignement jusqu'à la fin de leur vie. Ensuite, toute la question est de savoir s'il faut obliger ou non les TPE et PME à proposer de l'épargne retraite collective. Il y a eu un vrai débat au sein de notre association, laquelle, je le rappelle, regroupe des acteurs aussi différents que des banques, des assurances, des gestionnaires de fonds, des groupes mutualistes, des instituts de prévoyance et des grandes entreprises. Certains adhérents étaient favorables au laisser-aller, arguant que l'épargne retraite relevait du choix individuel. D'autres ont rappelé que tout le monde n'avait pas les moyens d'épargner. Nous avons conclu qu'il fallait que les dispositifs d'épargne retraite collective deviennent obligatoires dans les TPE et PME, sous peine qu'ils ne soient jamais mis en place et qu'une frange importante de la population n'y ait jamais accès. Il ne faut pas oublier que la majorité des actifs en France travaillent dans des petites et moyennes entreprises.

Selon un récent sondage, la retraite de leurs collaborateurs n'est pas un enjeu prioritaire pour 77 % des dirigeants de PME. Que faut-il faire pour les convaincre de sauter le pas ?

On part effectivement de loin. Nous avons d'ailleurs noué des contacts avec la CGPME, et nous prévoyons de travailler ensemble sur ce problème. Mais attention : les TPE et PME sont très diverses. Une petite entreprise de mécanique soumise à des baisses de prix imposées par ses donneurs d'ordres ne dispose pas des mêmes marges de manoeuvre qu'une jeune pousse de l'Internet en pleine croissance. Sans compter qu'une entreprise de cinquante salariés ne possède pas forcément les compétences en interne pour traiter d'un sujet aussi compliqué que celui de l'épargne retraite collective. En fait, il faudrait arriver à montrer aux patrons des très petites à moyennes entreprises qu'il est de leur intérêt de développer de tels dispositifs. Les gens se soucient de plus en plus tôt et de plus en plus jeunes de leur retraite. C'est particulièrement vrai des jeunes diplômés, qui sont très sensibles aux avantages offerts par leur employeur. L'épargne retraite collective va faire partie des outils pour recruter et fidéliser les talents. Il en va de la compétitivité même des entreprises. D'ailleurs, ce sont celles dans lesquelles les salariés se sentent bien et sont motivés qui enregistrent les meilleurs résultats.

Les entreprises et les salariés ont tendance à confondre épargne salariale et épargne retraite. Ce flou ne nuit-il pas à l'épargne retraite collective ?

Il faudra réfléchir un jour à la convergence de l'épargne salariale et de l'épargne retraite, parce que, sinon, tout cela va devenir trop compliqué pour le salarié. S'il dispose d'une participation, d'un intéressement, d'un Perco, d'une retraite supplémentaire et s'il a souscrit à un plan d'épargne retraite populaire (Perp) à titre individuel, il est difficile pour lui d'avoir une vision globale sur le montant futur de sa retraite. Les Français veulent de la transparence et de la simplicité. Mais la convergence entre les dispositifs est un sujet très technique et très compliqué à mettre en oeuvre. Sans compter que l'on se heurte aux divergences d'acteurs différents et en forte concurrence entre eux.

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